Accueil > 20. Repères > 30. Homélies > Vin nouveau et vielles outres – Luc 5, 33-39 . Méditation du 04 Septembre 2009

Pour entrer dans l’intelligence de l’Ancien et du Nouveau dont Jésus nous parle aujourd’hui, il faut bien se représenter le contexte de ces deux paraboles. Jésus a appelé Lévi, un collecteur d’impôt, un pécheur public pour en faire son apôtre. Ce dernier a organisé un grand festin pour fêter l’évènement avec ses amis. Les pharisiens sont scandalisés de voir Jésus manger avec ceux-ci, et pactiser avec des pécheurs. C’est l’occasion pour Jésus de les ouvrir aux enjeux des temps nouveaux à partir du bon sens commun.
Même si l’on en prend soin, vient le moment où ils s’usent, se trouent, puis se délitent. On ne peut le raccommoder indéfiniment. Il serait risqué de tailler des pièces dans un vêtement neuf pour les recoudre sur un vieux : à la première lessive, les déchirures seraient irrémédiables.
C’est pourquoi ni Jésus ni sa communauté n’ont tenté de découper des morceaux d’évangile pour rajeunir et sauver des interprétations de la Loi totalement incompatibles avec l’alliance nouvelle.
De même, ne peut-il être question, dans les communautés chrétiennes, de sacrifier des forces de renouveau pour prolonger artificiellement des expériences qui ont fait leur temps ou des formules d’action que la vie a désertées ; sinon les communautés iront de tensions en déchirures, et l’on aura hypothéqué gravement l’avenir de la mission.
La même sagesse spirituelle doit prévaloir dans la vie spirituelle de chacun. Il faut savoir jeter, éliminer, remplacer des réflexes qui nous sclérosent, des options qui nous fixent sur la médiocrité, des structures mentales qui nous détournent de l’Évangile, car dans ces domaines les compromis arrachent toujours le tissu de la fidélité.
Plus il est vieux, meilleur il est. On sait toujours quoi faire du vin vieux, et le conserver n’est pas un problème. Les problèmes apparaissent, au contraire, tous les ans, avec le vin nouveau. Les vieilles outres ne résisteraient pas à la pression : si l’on veut garder du vin nouveau, il faut investir dans des outres nouvelles. Et quand on a à la fois vin nouveau et outres neuves, on n’a encore qu’une espérance de bon vin, car c’est le vin vieux qui est bon, et il y faut du temps, de la patience et de l’amour.
Une double sagesse est donc requise du vigneron : ne pas minimiser la force du vin nouveau ; savoir attendre qu’il tienne ses promesses.
Quant à nous, qui recueillons directement de Jésus le vin nouveau de l’Evangile, un discernement plus délicat encore nous est demandé. Quelles outres allons-nous présenter au Seigneur ? Si les outres de nos vendanges passées ont pris de l’âge, n’est-ce pas lui seul qui pourra nous fournir des outres nouvelles, dignes de son vin ? Et maintenant que l’Epoux nous donne à la fois son Evangile et un cœur nouveau, rajeuni par sa miséricorde, saurons-nous, comme Dieu, travailler avec le temps ? Certes l’Évangile, est "force de salut pour tout croyant" (Rm 1,16) ; mais le bon vin, au goût de Dieu, c’est l’Évangile qui a vieilli dans un cœur.
Serge GOUGBEMON, sscc