Un prêtre, ça sert à quoi ?

Le Christ est Tête de l’Eglise et Seigneur de la création. Il continue d’agir au milieu de ses frères et sœurs en humanité. Et c’est précisément dans le cadre de son action que le sacerdoce ministériel trouve sa place, sa juste place, une place nécessaire, indispensable et irremplaçable. Pour attirer tous les hommes à lui (cf. Jn 12, 32), le Christ requiert la participation spéciale de ses prêtres. Aborder le rôle du prêtre, c’est évoquer sans le vouloir le dessein même de Dieu ; à la différence de tous les autres corps constitués, le sacerdoce naît de la volonté personnelle de Dieu d’impliquer l’Eglise et ses ministres dans l’œuvre de la rédemption. Il est important de le souligner à cet âge où beaucoup, ici et ailleurs, contestent la médiation sacramentelle ainsi que la structure hiérarchique de l’Eglise ; des femmes et des hommes s’interrogent sur la nécessité de l’existence du prêtre. Mais qui pourrait primordialement avoir besoin du prêtre si ce n’est déjà celui qui lui dénie le droit même d’exister !

L’homme est malade, malade à un tel niveau que seul le Christ, par son ministre, peut lui proposer la guérison, celle qui échappe, ou non, au visible. Les pasteurs de l’Eglise de Jésus-Christ remplissent un rôle évangélisateur absolument irremplaçable : par la célébration des différents sacrements où la réconciliation et l’eucharistie ont une place de premier ordre, par l’accompagnement des cœurs, par leur assistance et soutien spirituel, par le témoignage de leur présence… L’exigence des nouveaux défis rend plus pressante la nécessité de trouver une approche de l’exercice du ministère sacerdotal qui corresponde à la situation actuelle, qui l’imprègne de dynamisme et le rende capable de répondre d’une manière adéquate aux circonstances dans lesquelles il s’accomplit. Tâche qui se réalisera les yeux fixés sur le Christ, Unique modèle. A l’instar de la vie du Christ, la vie du prêtre reste consacrée à l’annonce autorisée de la volonté aimante du Père (cf. Jn 17, 4 ; He 10, 7-10). L’autorité de Jésus lui venait à la fois de sa condition divine et de sa façon d’agir sincère, sainte et parfaite. De même, le prêtre, à son tour, à sa manière, doit associer à l’autorité spirituelle objective que confère l’ordination sacrée, l’autorité subjective provenant de sa vie sincère et sanctifiée, de sa charité pastorale, épiphanie vivante de la charité du Christ. Saint Grégoire le Grand peut y aider, lui qui adressait à ses prêtres l’invitation suivante : " Il faut que le prêtre soit pur de pensée, exemplaire dans l’action, discret dans son silence, utile dans sa parole ; qu’il soit proche de chacun par sa compassion et qu’il soit, plus que tous, dédié à la contemplation ; qu’il soit l’humble allié de qui fait le bien mais, par son zèle pour la justice, qu’il soit inflexible contre les vices des pécheurs ; qu’il ne délaisse pas le soin de sa vie intérieure dans ses occupations extérieures, ni ne néglige de pourvoir aux nécessités extérieures pour la sollicitude du bien intérieur. " Plus que l’Eglise, c’est le monde qui a besoin des prêtres, véritables hérauts de l’Evangile, experts en humanité, connaissant à fond le cœur de l’homme d’aujourd’hui, partageant ses joies et ses espoirs, ses angoisses et ses tristesses et qui soient, en même temps, des contemplatifs épris de Dieu. Il faut se souvenir que c’est à travers les ministres sacrés que beaucoup de nos contemporains se font une idée du Christ et de son Eglise. Le témoignage authentiquement évangélique des pasteurs devient alors plus urgent comme " image vivante et transparente du Christ prêtre ".

Abbé Frédéric KOGUE

Publié le 20 mars 2010.

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