Tu portes la joie

Un enfant ? Dieu nous aime et son Cœur de Père saigne de chacune de nos souffrances, de nos blessures qu’Il embrasse tendrement. Il nous accompagne partout, à tout moment. En réalisant cela, nous découvrirons Dieu au fond de nos souffrances car, dans la partie la plus pure de nous-mêmes, ce que nous ressentons est peu de chose par rapport à ce qu’Il ressent à notre sujet. Quand une mère, devant son enfant malade, dit : Que fait le Bon Dieu ? Elle le rencontrerait bien davantage si elle comprenait que sa souffrance de mère est, en petit, l’icône de celle, infinie, de Dieu par rapport à nos blessures. Mais Dieu en lui-même est joie, joie parfaite, joie totale.

Je choisis la joie

À trois reprises dans l’évangile de Jean, il est question de joie parfaite : « Telle est ma joie et elle est parfaite » (Jn 3,30) ; « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite » (Jn 15,11) ; « Je dis ces paroles dans le monde pour qu’ils aient en eux ma joie dans sa plénitude » (Jn 17,13). Il est question de la joie tout au long du Nouveau Testament ; par exemple : « Soyez toujours dans la joie, priez sans cesse, rendez grâce en toute circonstance, car c’est la volonté de Dieu à votre égard dans le Christ Jésus » (1 Th 5,16) ou « Tressaillez d’une joie ineffable et glorieuse » (1 P 1, 8-9) (1). Ai-je conscience de cette joie qui est en moi ? Ai-je conscience que Dieu m’habite et qu’il est ma joie profonde, mais que je l’occulte par mes habitudes de pensée, mes rouspétances, mes dénigrements, mes insatisfactions, mes culpabilités lancinantes ? Alors, chaque jour, en me levant, je choisis la joie. Pour cela, avec tous mes sens en éveil, je vais entendre, voir, sentir, goûter ce qu’il y a de beau dans cette vie qui s’anime autour de moi pour laisser jaillir ma joie intérieure. Je vais m’exercer - et c’est un apprentissage - à chanter, danser, louer, bénir, remercier. Je vais m’émerveiller de tout ce que j’ai et que je pourrais ne pas avoir, plutôt que de me plaindre de ce que je n’ai pas. Et le soir, je vais repasser dans ma tête et dans mon coeur les moments forts et beaux de la journée et remercier Dieu pour cela.

Dix minutes de bonheur

Même si je n’ai repéré qu’une seule belle minute dans ma journée, je porterai ma conscience sur elle pour l’amplifier. Demain, ce ne sera pas une minute de joie, mais deux ou trois minutes que je vais à nouveau amplifier en y fixant mon attention. Et le surlendemain, j’aurai peut-être cinq à dix minutes de bonheur. La joie s’apprend ou plutôt, la joie profonde qui m’habite a besoin que je la découvre un peu plus chaque jour : je retire les différentes couches négatives dans lesquelles je l’ai enfermée. Découvrir, c’est retirer ce qui couvre. Or, comme les oignons, nous avons en nous quantité de couches protectrices et réactionnelles. Comme le dit le langage commun : il en tient une couche ! Alors je vais réapprendre à laisser jaillir cette source intérieure. Quand je regarde le ciel et que je me plains des nuages - alors qu’ils répondent au souhait des agriculteurs ou d’artistes qui s’émerveilleront devant de tels dégradés de gris - je ne me contente pas de les observer, je trouve en plus qu’ils sont "vilains", qu’il fait un sale temps et que je n’ai pas de chance d’être dans cette région "pourrie" alors que d’autres qui n’ont rien à faire se dorent au soleil. Est-ce que je me rends compte que c’est moi et moi seul qui occulte ma joie profonde et en rajoute une couche ?

Le soleil derrière les nuages

Retrouver la joie qui m’habite, c’est aussi apprendre à voir autrement : au lieu de me fixer sur ces horribles nuages, j’aurais pu penser que si je les vois, c’est que la lumière du soleil filtre à travers eux et que j’ai la chance d’avoir des yeux. Quel retournement si je peux ainsi m’exprimer : Je te remercie, Dieu de ma vie, pour les yeux que tu m’as donnés et pour la lumière du soleil qui me permet de contempler les nuages. Ce sont les mêmes nuages, mais pas la même attitude intérieure. Le soleil n’arrête jamais de briller, même quand je ne le vois pas, et je réalise cette évidence : le soleil luit toujours, sinon toute vie s’arrêterait ; or, centré sur moi, j’en oublie que quand il fait nuit ici, il fait jour ailleurs, que quand il y a des nuages, quelle que soit leur épaisseur, l’avion qui les traverse trouve toujours au-delà le même ciel éclatant. Je m’enferme moi-même dans ce réduit très sombre, sans fenêtre, de ma maison pour ressasser et ruminer, alors que dans la pièce voisine, une grande fenêtre laisse passer la lumière. Il en est de même quand je refuse certains éléments de mon passé, que je mets un cadenas sur mes blessures et que je me ferme. Jésus, le charpentier de Nazareth, me propose avec beaucoup de douceur et de tendresse de les rouvrir pour qu’elles deviennent fécondes et me permettent de comprendre les autres. Si je le veux bien, il vient mettre des fenêtres, voire des baies vitrées dans mes blessures pour qu’elles soient traversées par la Lumière divine. D’ailleurs, quand Jésus apparaît, ne le fait-il pas le plus souvent avec une Lumière traversant ses stigmates ? Ainsi, au fond de moi est le Soleil divin, Il brille et il n’y a pas d’éclipse en Lui. Ce qui le recouvre : les nuages, la lune qui passe devant Lui…, ce sont toutes les couches de mon inconscient lourd que je continue d’alimenter.

Un petit chameau !

Nous sommes tous des petits chameaux ! On peut reprendre avec humour cette image, car le chameau a reçu une portion d’eau au départ et il va la faire remonter tout au long de la traversée du désert. Grâce à cela, il aidera les voyageurs à le traverser. Es-tu heureux d’être un petit chameau, une petite chamelle ? Veux-tu aider d’autres à traverser leur désert ? Es-tu prêt comme le chameau à te mettre à genoux pour transporter quelqu’un ? Pour cela, il te faudra périodiquement te ressourcer, boire l’eau vive et rester dans la conscience de cette joie qui t’habite en profondeur et qui ne t’abandonnera jamais. Certains ne jurent que par la souffrance et oublient de partager la joie de Dieu. D’autres ne veulent vivre que dans la joie et oublient l’apprentissage par le creuset de la souffrance. Pourrais-je me souvenir que je suis porteur de joie, être comblé par elle et ainsi mieux traverser les difficultés de la vie en aidant les autres à le faire ? Si Jésus a connu la Passion, il a d’abord vécu la joie de Noël. N’oublions pas que la Semaine Sainte vécue parfois de façon si douloureuse dans l’Église commence et se termine par un “pôle de lumière” comme disent les orthodoxes : l’entrée triomphale dans Jérusalem et la Résurrection glorieuse.

Je prends mon téléphone

Et que dire des souffrances de l’Agonie de Jésus ? Il a choisi de donner sa vie pour sauver l’humanité. Quel émerveillement quand j’y pense ! Lui ailleurs reconnaissant ? Quand je souffre, je peux me refermer sur moi. Je peux aussi penser qu’en ce moment, d’autres souffrent également. C’est le repliement sur mon psychisme souffrant qui va occulter ma joie profonde et je ne sentirai plus l’Amour et la Présence de Dieu. Mais si je prends mon téléphone pour appeler, même brièvement si je ne peux faire plus, une autre personne en souffrance, lui disant tout simplement Tu sais, je pense à toi en ce moment, sois béni, je me décentre alors de moi-même, j’ouvre le canal divin qui va me traverser pour elle et je vais me sentir un peu mieux. C’est en donnant que l’on reçoit. Ce sont les choix que je vais faire à chaque instant qui va ouvrir ou refermer les écluses de ma joie intérieure. Alors, pour moi comme pour les autres, je choisis la joie !

Publié le 21 janvier 2010.

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