Accueil > Actualités > Église du Bénin > Informations > Témoignage sur Son Excellence Monseigneur Vincent MENSAH, Evêque Emérite de Porto-Novo

Pour introduire mon témoignage sur l’homme de Dieu, tel que je l’ai connu progressivement depuis à peu près 45 ans, il me plaît d’affirmer qu’il est de ces anciens, qui même mort « parlent encore ». Lui seyent bien ces mots du Livre de Siracide : « Voici des hommes de bien dont les bienfaits n’ont pas été oubliés. Dans leur descendance ils trouvent un riche héritage, leur postérité. Leur descendance reste fidèle aux commandements et aussi, grâce à eux, leurs enfants. Leur descendance demeurera à jamais, leur gloire ne ternira point. Leurs corps ont été ensevelis dans la paix et leur nom est vivant pour des générations. Les peuples proclameront leur sagesse, l’assemblée célébrera leurs louanges » (Si 44,10-15).
C’était un HOMME ; s’il ne l’était pas, il n’aurait pas pu tenir à la tête du Diocèse de Porto-Novo, en cette période. Lui-même l’a dit : « Mon prédécesseur est resté dix ans, je me disais que si j’arrivais à en faire autant, je serais un homme, et maintenant, je célèbre mon jubilé d’argent épiscopal » ; c’était en 1995-1996.
Homme simple, calme, mesuré, observateur, qui prend le temps nécessaire à la décision, comme d’ailleurs saint Vincent de Paul. Il voulait faire la volonté de Dieu. Il savait prendre conseil. Son entourage lui reconnaît le sens de l’ordre, de la rigueur, de la discipline. C’est un homme de principe, accueillant, disponible, aime la discrétion. Il s’est formé. Homme sage, de bon conseil, il est demeuré une référence. Travailleur jusqu’à la mort, sans le vouloir, il a marqué son temps.
Homme de Dieu, il ne se comprend que sous ce regard. Il réalise bien ce qu’exprime le mot de saint François de Sales : Dieu l’a arraché à lui-même pour le mettre au service entier de son Eglise. Tout pour Dieu et pour son Eglise semble être sa devise, ou comme on peut le lire sur ses premières images d’ordination presbytérale : « Faire ce que Jésus aurait fait s’il était à ma place ». Sur ces images sont mentionnées toutes les dates des ordres mineurs et majeurs jusqu’à la prêtrise, pour s’en souvenir et rendre grâces.
Il a donné le témoignage d’un homme de foi et de prière, selon le verset qu’il reprend volontiers pour partager sa conviction et sa confiance : « Mieux vaut compter sur le Seigneur que sur les hommes ». Oui, il avait confiance en Dieu, en sa Providence et en sa miséricorde. Il est l’homme du bréviaire, comme prière de l’Eglise, et pour ce faire, il préfère réciter l’office avec la communauté de sa maison. Colonne de prière, il a fait de sa maison (évêché ou résidence) une école de prière. Il est fidèle à l’oraison. Il est aussi un homme marial, fidèle au chapelet quotidien avec sa maisonnée. Sa dévotion mariale s’est exprimée surtout dans la participation active au pèlerinage marial. Il avait une confiance filiale profonde en Marie. Sans se plaindre de quoi que ce soit ni de qui que ce soit, dans le silence confiant en Dieu qui peut tout, il allait sa route. Sans se prendre pour une victime, il a accepté sa croix, il l’a portée pour s’unir à celui en qui il a mis sa foi. Le témoin de cette foi, c‘est ce projet grandiose bâti avec le concours de la famille diocésaine d’ériger à Gbodjè un Sanctuaire de la Croix Glorieuse, Centre de convergence de tous les cœurs affligés, malades ou fatigués du Diocèse et d’ailleurs. Ce projet auquel il tenait beaucoup n’a connu qu’un timide début de réalisation.
Pasteur soucieux de toutes les composantes du Diocèse, il a voulu, bien conscient de ses limites, être le « modèle du troupeau », « forma gregis », comme l’entendait l’apôtre Pierre (1 Pier 5, 1-3). Il s’est dépensé pour assurer la visite pastorale des paroisses à temps réguliers. Pour préparer toute la Famille de Dieu qui est à Porto-Novo à entrer, il a fait vivre au Diocèse un synode diocésain riche et inoubliable, dont les Actes et les décrets d’application ont été publiés(1998-1999). Il connaissait ses brebis et ses brebis le connaissaient. Il était proche de tous, et particulièrement des agents pastoraux, dans les moments de deuil. Il y tenait et assurait la formation spirituelle des prêtres, des religieux et religieuses et des laïcs. C’est lui qui a vraiment développé les retraites fermées pour les associations de laïcs au Centre Pastorale de WANDO. Tous les groupements de laïcs y ont gagné, mais particulièrement l’ACF, les associations Notre Dame du Sacré-Cœur, Saint-Enfant Jésus, Notre Dame de Montligeon, la Légion de Marie, la Milice de Jésus-Christ. Son souci de la formation des laïcs s’est penché aussi beaucoup sur les Chorales en langues locales, surtout Yoruba et Adjogan. Le plus souvent, il était très proche d’eux, autant qu’il le pouvait durant les sessions. L’enracinement de la Parole de Dieu porte le fruit de naissance d’institut religieux. C’est ainsi que sans avoir d’abord cherché à devenir fondateur, il se trouve après un long discernement Fondateur de l’Association Publique des Servantes de l’Amour Rédempteur du Christ. Jusqu’à sa mort, il a veillé sur la formation et sur la croissance de ses Filles. Il voulait en faire des filles enracinées dans leur culture et suffisamment industrieuses pour arriver à la sueur de leur front à l’auto-suffisance matérielle… La naissance de cet Institut est très liée à la publication de l’Encyclique Redemporis Mater. Il tenait à la formation, à tous les niveaux, de la femme africaine !
Il y a un héritage de Monseigneur Vincent MENSAH, qui risque de passer dans l’oubli : c’est le Monastère de la souffrance, qui accompagnait de ses prières et de l’offrande de ses souffrances la vie et les œuvres non seulement du Diocèse mais aussi de l’évêque. Il croyait beaucoup à la communion des saints, et dans l’Eglise, il a su et a enseigné qu’il n’y a mission que dans la communion, communion avec le Pape, avec les évêques, avec les prêtres et avec le peuple des fidèles. Cette communion se traduit en solidarité agissante qui comprend que les joies et les tristesses des hommes sont aussi celles des fils de l’Eglise. Les hommes n’ont pris conscience de son souci des jeunes, qui l’a amené à concevoir bien des projets et à prendre bien des initiatives comme la mise sur pied des fermes diocésaines (Oké-Awo, Sodji…) comme fermes de démonstration pour les jeunes désoeuvrés, qui ne veulent pas vivre au crochet d’autrui.
On ne peut pas tout dire. Mais on ne peut s’arrêter, sans rappeler –et ce n’est pas le moindre de ses soucis- que pour lui, comme le dit Ecclesia in Africa, n° 78 « La synthèse entre foi et culture n’est pas seulement une exigence de la culture mais aussi de la foi » parce que « une foi qui ne devient pas culture est une foi qui n’est pas pleinement accueillie, entièrement pensée et fidèlement vécue » ; et l’Assemblée spéciale pour l’Afrique du Synode des évêques considère l’inculturation comme une priorité et une urgence dans la vie des Eglises particulières en Afrique : c’est surtout par là que l’Evangile pourra s’enraciner solidement dans les communautés chrétiennes du continent. » Dans ce sens, à sa façon, dans la ligne du Père Francis AUPIAIS, il a accompagné sagement et redressé le Groupement de l’Epiphanie.
Ses trente ans de service épiscopal ont profondément marqué le Diocèse de Porto-Novo. Nous n’avons pas fini de découvrir le bien qu’il a fait ; l’avenir en donnera l’opportunité. Que Dieu soit béni pour l’œuvre immense de son serviteur Monseigneur Vincent MENSAH !
Père Charles WHANNOU.