
(Luc 9, 43b-45)
« Tout le monde est dans l’admiration ! » Dans les chapitres précédents de Saint Luc, on a vu Jésus calmer la tempête, guérir des lépreux, des paralysés, ressusciter un jeune homme, une fillette, chasser des démons. Comment ne pas être dans l’admiration devant ces merveilles ? Oui, mais l’admiration risque de faire croire que Jésus est tout puissant et que nous n’avons plus rien à faire, sinon l’admirer et espérer qu’il va aussi faire des merveilles pour nous dès que nous aurons un problème dans notre vie. Ce serait trop facile. C’est pourquoi Jésus met en garde ses apôtres : « Mettez-vous bien en tête ce que je vous dis là : le Fils de l’homme va être livré aux mains des hommes ! » Le péché, notre péché, symbolisé par ces maladies, ces possessions, par ces morts, ne peut disparaître d’un coup de baguette magique. Il est une atteinte à l’amour, une destruction de notre être créé par Dieu à son image, une mort spirituelle qui nous sépare définitivement de Dieu. Nous mériterions la mort, l’enfer. Mais Jésus va détruire la mort comme le rappelle le verset de l’alléluia. Et il va le faire par sa propre souffrance et par sa propre mort sur la croix. Alors, si nous regardons sa pitié pour nous, sa souffrance sur la Croix, si nous reconnaissons notre péché et si nous nous tournons vers lui, il nous accueille comme l’enfant prodigue et il nous redonne cette amitié qui nous fait entrer dans son bonheur. Alors aujourd’hui revivons tout ce que le Seigneur a fait pour nous depuis notre naissance. Que de grâces reçues, que de merveilles à travers les sacrements où il vient et revient sans cesse en nous, dans le baptême, la confirmation, l’eucharistie, la réconciliation. Oui, alors, soyons dans l’admiration devant l’amour de Jésus pour nous, mais surtout mettons le Christ au centre de toutes nos activités de ce jour. Qu’il soit présent pour transformer notre vie en une vie de foi, d’amour, de témoignage devant nos frères. Soyons le ferment dans la pâte, la lumière qui guide et éclaire, le sel qui donne goût à la vie. Reprenons ce verset du psaume 89 qui nous est proposé en ce jour : « Rassasie-nous de ton amour au matin, que nous passions nos jours dans la joie et les chants ! » Si nous passons par bien des épreuves, comme le Christ, comme les apôtres, nous savons qu’un jour, ce sera la récompense et le bonheur qui l’emporteront sur la souffrance avec la joie de vivre pour toujours avec Dieu.
Jésus avait coutume de raconter des paraboles à ses auditeurs pour leur parler d’eux-mêmes, de leurs préoccupations et de leurs angoisses.
Le récit que Luc nous a transmis de ce « pauvre Lazare » et de cet homme riche est de la sorte une tentative de réponse à des questions bien concrètes, très existentielles.
Le débat est d’actualité cette semaine aux Nations Unies avec les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD).
Le problème du riche n’était pas d’être riche ! Notre problème n’est pas d’être ceci ou cela, de faire ceci ou cela. Notre problème c’est d’être concerné par ce qui arrive à l’autre, à notre prochain, à notre frère. Une action bonne qui n’aurait pour but que de nous approcher du « sein d’Abraham » n’en serait pas moins indifférente à l’autre, coupable elle aussi d’égoïsme, d’indifférence. C’est le résumé de la Loi et des prophètes que de se préoccuper de ce qui arrive à l’autre. Non pour le contrôler, le juger, le reprendre mais pour l’aider, le soutenir, le nourrir.
Le désintérêt doit être notre règle ! S’intéresser aux personnes en se désintéressant de nous-mêmes, aux situations dans lesquelles elles se trouvent réellement, concrètement, à la porte de l’existence parfois. Se rendre compte que l’accomplissement de la vie, la satisfaction intellectuelle ou spirituelle ne s’obtient pas quand on se regarde dans un miroir mais seulement quand on en vient à panser les blessés de la vie, de nombreuses manières.
Combien de Lazare aux portails de nos vies ? Malades, sans abri, sans pain, sans parole, sans papiers, sans droits ! Couverts des ulcères modernes, ceux qui brisent l’âme plus encore que le corps, qui n’attendent rien de plus que les miettes de notre tranquillité ? Aujourd’hui nous nous retrouvons pour un repas mais ce qui compte ce n’est pas tellement cela. Bien sûr que nous donnons de notre bien, de notre superflu. Mais ce qui compte c’est bien plus que cela corresponde à une véritable préoccupation du destin de l’autre, à une véritable motivation au bien de l’autre, au bien de Lazare.
Que l’on ait vécu dans le lin et la pourpre, ou couvert d’ulcères, mendiant à la porte des autres, un moment vient toujours où les choses prennent leur vraie valeur. Et dans la pensée de Jésus, ce moment-là doit éclairer toute la vie d’un croyant. La mort, qui totalise toutes les fidélités d’une existence, fixe aussi l’homme définitivement dans ses choix.