Rapport de la troisième journée du colloque sur les 150 ans d’évangélisation au Bénin

Après deux jours d’activités intenses sous le contrôle de nos Evêques Antoine GANYE, Archevêque de Cotonou, René Marie EHOUZOU, Evêque de Porto-Novo et Pascal N’KOUE, Evêque de Natitingou, la Providence avait bien voulu nous faire la joie d’accueillir Son Excellence Monseigneur Michael August BLUME, Nonce Apostolique au Bénin. C’était donc sous ses hospices que la troisième et dernière journée du colloque a démarré avec la prière du Jubilé.

Le modérateur, le Père Raymond SOBAKIN, Professeur d’Ecriture Sainte au Gand Séminaire Saint Gall de Ouidah, a invité ensuite le Père Serge GBEGAN, à livrer son rapport de la deuxième journée. Puis, trois communicateurs, à savoir M. Mathias HOUNKPE, les Pères Alphonse QUENUM et Julien PENOUKOU, ont pris successivement la parole pour nous aider à explorer le thème : « Le regard de l’Eglise sur la Politique et les relations Eglise-Etat d’hier à aujourd’hui. »

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M. Mathias HOUNKPE, Politologue de son état, a convergé d’emblée nos réflexions sur ce que les relations Eglise-Etat devraient être. Pour planter le décor, il nous a fait passer à travers les labyrinthes de la Constitution béninoise pour y déceler la place accordée aux religions en général. Cet exercice lui a permis de nous faire remarquer que seuls les articles 2, 14 et 26 de cette Constitution ont abordé cette question. Dans une démarche en trois moments, il a relevé les limites des rapports Eglise-Etat avant de démontrer leur nécessité pour une complémentarité efficace. Poursuivant sa réflexion, M. Mathias HOUNKPE a souligné en quatre points les défis de l’Eglise dans notre société actuelle :
*Raviver les valeurs nécessaires à savoir charité, justice, solidarité. *Amener l’homme à appréhender les relations entre ses actes et l’aide de Dieu
*Etre un véritable témoin et défenseur des valeurs nécessaires dans la société en vue du salut de tous.
*Etablir un mécanisme d’alerte pour une crédibilité avérée.
Ayant pris la parole à son tour, le Père Alphonse QUENUM, en tant qu’Historien, a orienté la réflexion sur l’Eglise et la gestion politique de notre pays. Il a d’abord expliqué à tous les participants que l’héritage de l’Eglise en matière de politique est calqué sur l’expérience française. En effet, jusqu’au XIXe siècle, les relations Eglise-Etats étaient au beau fixe. Il a fallu la Révolution française pour que la séparation advînt en 1905. Depuis lors un climat de méfiance s’est développé entre l’Eglise et les Etats.
Ensuite, il a réussi à interroger le passé de notre Eglise locale pour nous faire remarquer que bien que le climat fût tendu, par moments, l’Eglise a fait une gestion remarquable de la politique. A partir des exemples de Mgr STEINMETZ qui a eu droit aux honneurs nationaux à sa mort et de Mgr Bernardin GANTIN qui a été accueilli par tout le peuple dahoméen après son sacre, il essayé de donner des preuves d’engagement ecclésial. Dans cette même ligne, une mention particulière a été faite d’un homme, un homme d’Eglise, un intrépide missionnaire, le Père Aupiais, qui a été le premier député élu de notre pays et par conséquent le premier acteur ecclésial à s’investir réellement dans la politique.

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Enfin, Il a démontré que malgré ces signaux positifs, l’Eglise au Bénin n’a pas souvent poussé les nationaux à s’impliquer dans la vie politique de notre pays. L’Eglise au Bénin devrait réussir à se départir de la conception selon laquelle il faudrait se méfier de la politique. Elle devrait encourager les chrétiens à s’investir dans la politique. Ceci éviterait l’absolutisation du mensonge comme norme par nos hommes politiques.
Le constat auquel nous sommes parvenus de nos jours est que « la politique a investi toutes les couches de notre société et nous sommes donc confrontés à une politique politicide…L’Eglise en est soucieuse puisque sa mission est de sauver l’homme et tout l’homme. » a souligné le Père Efoé -Jullien PENOUKOU. Pour mener sa réflexion, il a fait remarquer que « l’Eglise au Bénin se présente dans sa dimension englobante de communauté…, sa finalité n’est pas terrestre ». Elle vit dans le temps tout en étant ouverte sur l’au-delà du temps. En conséquence, « l’Eglise ne doit s’inféoder à aucun parti politique » puisqu’elle est témoin du Christ et demeure un exemple à suivre dans l’accomplissement de son ministère prophétique. Mais comment la hiérarchie ecclésiale a-t-elle joué son rôle d’éclaireur après l’indépendance de notre pays ?
Du 03 févier 1963 au 1er octobre 2010, les Evêques du Bénin ont publié près d’une trentaine de lettres en général qui ont abordé des thèmes tels que :
*L’engagement du fidèle
*La corruption
*La famille
*Le respect de la vie
*La conscience professionnelle etc.

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Par ce creuset, les Evêques du Bénin ont souvent interpelé la conscience des croyants, des hommes de bonne volonté et des hommes politiques. Ils ont également servi de médiations, souvent discrètes, à travers des rencontres qui ont eu un impact réel sur les citoyens et les chrétiens. Mais sont-ils écoutés ? Il est remarqué, en tout cas, que dans plusieurs circonstances, les Béninois attendent impatiemment la réaction des Evêques, preuve de leur crédibilité caractérisée par l’objectivité, l’impartialité, la forte personnalité, l’influence multidécennale de l’Eglise au Bénin, le sens et le respect du sacré. A coup sûr, c’est notre crédibilité qui fait notre efficacité. Voilà pourquoi nous devrions y travailler sans relâche. Il nous faudrait également enseigner la politique dans toutes nos structures, redynamiser nos rapports avec les autres confessions religieuses, inciter les laïcs à investir le domaine politique puisqu’ils y ont brillé jusque-là par une timidité coupable.
Plusieurs participants ont plutôt noté qu’il s’agissait de la peur puisque les armes occultes ont fini par prendre d’assaut la politique dans notre pays. Un appel est donc lancé aux chrétiens en vue de les inviter à compter sur Jésus-Christ en toutes circonstances. Les aumôneries, les réseaux d’écoute, en un mot, les mécanismes d’accompagnement devraient aider les fidèles dans ce combat, sous le contrôle de Jésus-Christ qui a vécu dans le monde et qui a vaincu le monde. Les ressources humaines existent mais tant que la foi ne serait pas ravivée, aucun résultat probant ne pourrait être attendu. De ce fait, nous aurions porté un coup à notre témoignage d’espérance ; l’espérance vécue, l’espérance communiquée.
C’était d’ailleurs dans le but de faire le point sur le témoignage rendu par l’Eglise de son espérance à travers les moyens de communications que le Père Serge BIDOUZO était venu représenter le Père André QUENUM. Sa communication avait pour titre : L’Eglise du Bénin et le « Nouvel Aréopage ». Après des clarifications terminologiques, le Père Serge BIDOUZO a procédé à l’analyse du rapport entre l’Eglise et les médias. Mais il nous a fait remarquer avant toute explication qu’ « à l’occasion des 150 ans d’évangélisation au Bénin, s’il s’agissait de se contenter de faire le point sur les médias d’Eglise, il n’y aurait pas beaucoup de matière à discuter ». La raison était que : « l’Eglise a ses médias, on peut les lister, faire le point sur leur fonctionnement et voir comment les redynamiser davantage. Mais dès lors qu’on pense les médias comme lieux et qu’on utilise le concept de présence pour demander comment l’Eglise a été et est présente dans les médias et présente aux populations, la question devient plus intéressante ». De la presse écrite à l’audio-visuel en passant par la radio, le Père Serge BIDOUZO s’est employé à souligner les forces et les faiblesses de cette présence des médias d’Eglise, présence qui constituerait pourtant une forme de pastorale dans l’univers communicationnel actuel.

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L’histoire retient que dans la première moitié du XXe siècle, la revue « Reconnaissance africaine »(1925) et le journal « Croix au Dahomey » (1946) ont vu le jour. Par la suite, plusieurs travaux de traduction et d’édition en langues locales ont été faits pour nourrir et raviver la foi. Mais pour atteindre une plus grande population, l’urgence de la création d’une radio s’est imposée. « Tout le monde peut reconnaître l’impact de Radio Immaculée Conception dans le ministère pastoral de l’Eglise ». Mais en matière d’audio-visuel, l’Eglise a toujours été quasi-absente et devrait donc s’ajuster pour relever les nombreux défis actuels en matière de communications.
L’Eglise devrait continuer de dynamiser et d’améliorer ses prestations médiatiques en allant au-delà de la typologie ordinaire des médias « pour parler de façon plus englobante des lieux de médiation de sens et de culture dans notre société ». Tout ceci devrait interpeler notre sens d’organisation et d’inventivité pour que nous rendions pastoralement et efficacement compte de notre espérance grâce aux moyens de communications sociales.

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Après le rapport général du colloque dont s’est chargé M. Barnabé VIGAN, M. Pierre METINHOUE, en union avec tous les participants au colloque, a fait quelques recommandations aux Evêques du Bénin au sujet de la foi, l’éducation, la santé, la place des laïcs dans l’Eglise et le clergé. Le Père Efoé Julien PENOUKOU, quant à lui, a remercié tous les acteurs qui ont contribué à la réussite de ce colloque en particulier le Père André CHAUVIN (SMA), cheville ouvrière de l’organisation. Pour finir, il a exprimé toute sa reconnaissance à Son Excellence Mgr Michael August BLUME, Nonce Apostolique au Bénin et à tous les Evêques du Bénin. Suite à la prière finale, nous avons participé à la Messe de clôture du colloque présidée par le Nonce Apostolique. L’homélie a été assurée par Son Exc. Mgr René Marie EHOUZOU. Avec l’« Ite missa est », nous étions effectivement sortis pour rendre compte de notre espérance dans nos divers lieux de provenance.
Ce rapport modeste n’a aucune prétention d’avoir fidèlement rendu compte de toutes les réflexions qui ont meublé le dernier jour du colloque. Il reste donc ouvert à tout amendement. Merci pour vos contributions.

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Père Auguste YENOU

Publié le 13 octobre 2010.

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