Prêtre pour le témoignage

22ième émission

Le sacerdoce est un don de Dieu et ne saurait donc être exigé comme un droit. Au cœur de l’Année sacerdotale, Mgr Mauro Piacenza a envoyé à tous les prêtres du monde un message les invitant à réfléchir à la prière de consécration que l’évêque a prononcée à l’intention de chacun d’eux à l’occasion de son ordination. Le même évêque rappelle à cette occasion que le sacerdoce est essentiellement un don, un don de Dieu, un don qui renvoie à une dignité que tous, fidèles laïcs et clergé, sont toujours appelés à reconnaître. Mais cette dignité ne vient pas des hommes, il est un pur don de la grâce, l’homme y est appelé. S’il est vrai que personne ne peut revendiquer comme un droit le sacerdoce, ce même sacerdoce exige de ceux à qui il est conféré un devoir de témoignage. Le prêtre est ordonné pour ce que Joseph Ratzinger appelle le service du témoin. Ratzinger rappelle opportunément que : « un témoignage [fait] de seules paroles n’a pas grande valeur ; ce peut même être un faux témoignage ; mais lorsqu’au témoignage verbal s’ajoute celui de la vie même, les choses prennent un tout autre poids. » Une telle réflexion correspond éminemment à ce qu’est le prêtre et à ce qui est attendu du prêtre. Mutatis mutandis, le témoignage verbal, dans la vie du prêtre, est immédiat, immédiat du fait de la célébration des sacrements, immédiat du fait de la proclamation de la Parole, immédiat du fait de la célébration des sacramentaux. Mais il faut empêcher le témoignage verbal de devenir témoignage verbeux, parce que témoignage creux, témoignage sonore amplifié par l’acoustique du microphone. Le témoignage du prêtre doit être actif, visible et saisissable : « ce ne sont pas ceux qui disent ‘Seigneur, Seigneur’ qui hériteront du Royaume des cieux ». Le prêtre est témoin, témoin dans la suite de Jésus, témoin à la suite de Jésus. C’est la marche avec Jésus qui l’introduit au rang de témoin. Suivre Jésus, ce ne plus rechercher tout seul son chemin ; suivre Jésus, c’est faire don de sa propre volonté pour adopter la volonté de Jésus, suivre Jésus, c’est lui céder vraiment le pas. Etre témoin de Jésus, c’est avoir le courage d’emprunter une direction opposée à la pesanteur naturelle, une direction opposée à la pesanteur habituelle, une direction opposée à la tendance du moi. Ratzinger rappelle que le prêtre ne suit pas seulement un homme, Jésus ; le prêtre suit le Christ, le Fils du Dieu Vivant. Engagé et embarqué pour le témoignage, la seule pesanteur qui vaille pour le prêtre, c’est la pesanteur de la grâce La dignité du sacerdoce doit transparaître dans la vie des prêtres : dans leur sainteté, dans leur humanité accueillante, dans leur vie remplie de courage et de charité, dans la lumière de leur fidélité à l’Evangile et à la doctrine de l’Eglise, dans la sobriété et la solennité de la célébration des divins mystères. Là est le lieu de l’expression et du déploiement du témoignage qui n’est point témoignage d’un temps, mais témoignage de tous les temps. Dès lors que l’on s’applique à incarner un réel témoignage sacerdotal, la fidélité attendue du prêtre est approchée comme merveilleuse rencontre entre la liberté fidèle de Dieu et la liberté créée et blessée de l’homme. C’est aussi la condition expresse pour se rendre sacramentellement capable de guider femmes et hommes vers une vie faite de toute beauté et de tout éclat.

Abbé Frédéric Serge KOGUE

Publié le 7 avril 2010.

20. Repères