« Le prêtre "pont" entre Dieu et le monde » : ainsi titrait L’Osservatore Romano dans sa livraison du 2 mars, publiant l’intégralité de la Lectio divina de Benoît XVI sur la mission du prêtre au cours de sa rencontre avec le clergé de Rome. Le prêtre est un pont, pont entre Dieu et les hommes, pont entre Dieu et le monde, pont en vertu de sa double appartenance ! Pour mener à bien la mission que le Père lui a déposée entre les mains, le Fils éternel du Père, tout Dieu qu’il est, descendit du ciel et prit chair de la Vierge Marie. Il devint Homme, semblable en tout aux hommes, excepté le péché des hommes ! Le Seigneur Jésus, ce faisant, signe sa double appartenance à la sphère divine et à la sphère humaine. Appelé par le Christ à la suite du Christ, le prêtre devient un pont, partageant l’heureux destin du Christ Médiateur. Le prêtre, en Jésus-Christ, est médiateur entre Dieu et l’homme. Mais être médiateur requiert l’absolue appartenance aux deux sphères, appartenir à la sphère de Dieu, appartenir à la sphère de l’homme. C’est la condition sine qua non pour être un pont de relation entre Dieu et l’Homme que Dieu tient à sauver en lui communiquant sa propre vie, la vie même de Dieu. Jésus-Christ est le prototype du Médiateur véritable ; et c’est en lui que se réalise pleinement toute situation véritable. Convoqué à vivre et à agir dans le Christ, par le Christ, avec le Christ, le prêtre est un homme que Dieu a mis part, un homme que Dieu s’est mis à part, Dieu se l’est épargné en le mettant de son côté. Par l’ordination sacrée, un homme se surprend de voir son être introduit dans l’être du Christ, dans l’être divin. Il agit désormais dans le Moi de Jésus-Christ. Mission impossible en dehors de ce sacrement unique, cet acte divin unique, créateur de cet événement unique qui devient avènement unique, en la vie du prêtre ; l’avènement est bien d’être créé prêtre dans le sacerdoce de Jésus-Christ dans la communion de l’Esprit Saint. Seul Dieu peut attirer, peut autoriser, peut introduire dans la participation au mystère de son Christ. C’est pourquoi, le prêtre doit être l’ami de Dieu au plus haut point, au plus fort du vocable. Si Dieu ne peut être connu que par Dieu, le prêtre, homme introduit par Dieu dans le secret de Dieu, peut s’enorgueillir d’approcher le mystère du Dieu insondable, le prêtre peut s’enorgueillir de toucher Dieu, le prêtre peut s’enorgueillir de donner et de redonner Dieu à qui veut Le prendre. L’être et le paraître du prêtre, le cœur et le labeur du prêtre… doivent être orientés vers Dieu afin que le prêtre puisse se doter de la capacité intrinsèque d’orienter les autres, sœurs et frères en humanité vers Dieu, le Dieu de Jésus-Christ. Benoît XVI, dans son audience du 24 Juin 2009, exprimait : « Le prêtre est en Christ, pour le Christ et avec le Christ au service des hommes. Précisément parce qu’il appartient au Christ, le prêtre est radicalement au service des hommes. » Homme à tous points de vue, le prêtre doit être véritablement humain ; le prêtre doit allier vertus humaines et sens de l’humain. Homme de générosité et de vérité, homme de bonté et de charité, homme de sagesse et de largesse, le prêtre est ancré dans une racine humaine profonde. Rien de ce qui relève de l’humain ne lui est étranger. Barthélémy Adoukonou aime à rappeler que l’essentiel est d’être Homme, car soutient-il, Dieu ne s’est pas fait prêtre, Dieu s’est fait homme. Et tout est gagné si le prêtre comprend que, pour être vraiment prêtre, il faut être vraiment homme, homme de compassion et d’attention, qui ne regarde pas la misère humaine du haut de sa richesse et de sa suffisance. Beaucoup de prêtres en effet manquent d’humanité, beaucoup de prêtres restent prêtres sans être jamais devenus humains, sans descendre dans la pâte des femmes et des hommes à qui Jésus veut bien les envoyer ! Beaucoup de prêtres côtoient la misère humaine sans un clin d’œil d’attention à l’homme qui souffre, sans un regard envers l’âme en détresse, sans un sourire au cœur angoissé. Un prêtre sans humanité est une angoisse, une calamité sans nom ! La médiation n’est possible que si et seulement si le prêtre, choisi pour être médiateur à la suite de Jésus-Christ, s’efforce de maintenir réelle et forte son appartenance à la sphère divine et à la sphère humaine. L’Unique Médiateur entre Dieu et les hommes lui en donne les moyens. Amen !
Abbé Frédéric Serge KOGUE