Prêtre pour la fraternité sacerdotale

25ième émission

Un sacerdoce fraternel pour une Eglise de frères ! Le prêtre est ordonné prêtre pour exercer et vivre la fraternité. La fraternité que vit le prêtre est un signe prophétiquement évangélisateur au cœur de notre monde livré à l’individualisme, au cœur de notre monde livré à l’intérêt du soi pour soi, au cœur de notre monde livré à la vie du chacun pour soi. C’est à la suite de Jésus qui nous appelle ‘mes frères’, Jésus qui nous enseigne que nous n’avons ‘qu’un seul Père’, c’est à la suite de ce ‘Jésus, Premier-né d’une multitude de frères’ que le prêtre devient frère, embarqué dans une histoire et dans une tradition de fraternité. Dans son décret consacré au sacerdoce, le Concile Vatican II précise : « tous les prêtres, en union avec les évêques, participent à l’unique sacerdoce et à l’unique ministère du Christ… Du fait de leur ordination qui les fait entrer dans l’ordre du presbytérat, les prêtres sont tous liés par une fraternité sacramentelle. » La fraternité est fraternité avec l’évêque : Jean-Paul II, grand Pape s’il en fut, écrivait : « l’évêque cherchera toujours à se comporter avec ses prêtres comme un père et un frère qui les écoute, les accueille, les réconforte, les aide… » Une telle fraternité, née à l’heure de l’ordination, est faite d’unité, d’ouverture et de collaboration réciproque. L’évêque est principe d’unité de tout le presbyterium. Il ne saurait y avoir une unité réellement véridique des prêtres entre eux au sein du presbyterium si les prêtres ne sont unis à l’évêque. Unité sacramentelle, unité ministérielle, unité christique qui trouve son expression dans la célébration du sacrifice eucharistique. Unité que l’évêque cherchera à sauvegarder à tout prix en y mettant au besoin le prix à payer ! La fraternité est fraternité entre confrères prêtres : Jean-Paul II prenait plaisir à dire : « la physionomie du presbyterium est celle d’une vraie famille et d’une fraternité dont les liens ne sont ni de chair ni de sang, mais de la grâce de l’Ordre. Cette grâce, renchérit le Pape, assume et élève les rapports humains, psychologiques, affectifs et fraternels entre prêtres dans une fraternité sacerdotale qui n’exclut personne. » Belle déclaration, beau texte, heureuse synthèse de Jean-Paul II qui pourrait contraster fort amèrement, contraster bien douloureusement avec la vérité de la réalité. Beaucoup de confrères pour des raisons qui leur sont propres en sont arrivés, du haut de leurs expériences, à conclure que la fraternité sacerdotale est une chimère, un leurre, une utopie. En tout cas, nul ne niera les méfiances et les médisances supposées ou réelles entre prêtres, les rivalités et les atrocités supposées ou réelles entre prêtres, les suspicions et les divisions supposées ou réelles entre prêtres, les intrigues et les basses manœuvres supposées ou réelles entre prêtres, les jalousies et les fantaisies supposées ou réelles des coups bas entre prêtres, les dénigrements et les traitements supposés entre prêtres, les mensonges et les menteries supposés ou réels, à tout vent au compte des confrères prêtres. La liste en est longue et large des agissements insoupçonnables et insoupçonnés de la part du prêtre, de la part du prêtre envers le prêtre. Là réside d’ailleurs l’une des grosses désillusions des lendemains immédiats du Séminaire. On peut être expert doctrinal es charité, et ne point la remuer d’un doigt dans son existence ; on peut être meilleur exégète de l’amour envers Dieu et envers le prochain, et vivre une vie en exacte contradiction avec ce dont on gargarise le peuple de Dieu ; on peut être chantre parfait et exquis de la consonance des accords nécessaires à l’harmonie des couples, des communautés et des ensembles humains, et avoir un quotidien tissé de gabegie et d’actes de séparation. Daigne le Dieu de Jésus-Christ remettre dans le cœur des prêtres, la grâce d’une fraternité à toute épreuve ! Amen !

Abbé Frédéric Serge KOGUE

Publié le 12 avril 2010.

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