Prêtre pour la fraternité

26ième émission

Dans le seul et unique sacerdoce de Jésus-Christ, sacerdoce ministériel, hiérarchique des prêtres et sacerdoce commun des fidèles, bien qu’essentiellement différents, sont ordonnés l’un à l’autre. Le sacerdoce commun des fidèles est de l’ordre de la finalité alors que le sacerdoce ministériel est de l’ordre des moyens. Les moyens ne sont pas la fin, ils servent la fin. La fin ici, c’est la sainteté. Loin d’être acteur ou auteur d’une scène de discrimination, fût-elle appelée positive, le prêtre, en vertu de son sacerdoce qui est de l’ordre des moyens, sert le fidèle ; le prêtre devient serviteur de ses sœurs et de ses frères en Jésus-Christ. Pour accomplir de grandes choses dit-on, il ne faut pas être au-dessus des hommes, il faut être avec eux. Pour le prêtre, il s’agit de devenir frère de la femme et de l’homme en se mettant à leur service, en les servant et non en se servant d’eux. Servir en se plaçant non pas au-dessus de celui que l’on a vocation de servir, mais en se mettant à ses pieds dans la parfaite succession du geste diaconal du lavement des pieds. L’amour témoigné pour le prochain est à la fois signe et preuve de l’amour pour Dieu. Dans sa toute première Lettre, Jean nous apprend que « si quelqu’un dit : j’aime Dieu et qu’il déteste son frère, il est un menteur ; celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, ne saurait aimer Dieu qu’il ne voit pas. » La fraternité du prêtre envers les fidèles du Seigneur lui est journellement signifiée à chaque célébration eucharistique. Par l’appel à la prière caractérisé par le pluriel Prions, par la prière dominicale Notre Père qui es aux Cieux, par l’Orate fratres, mauvaisement traduit en Français par un léger Prions ensemble au moment d’offrir, l’Eglise aide le prêtre à se pénétrer de son devoir de fraternité en lui rappelant que la vie sacerdotale n’est pas une échappée de la fraternité commune des enfants, filles et fils de Dieu. Toute crise du sacerdoce doublée de la crise de confiance qui l’accompagne en règle générale trouve entre autres sa source et sa racine dans le mépris et dans la méprise de la fraternité baptismale. On demeure prêtre en restant frère ! Frère de tout homme ! Frère de toute femme ! Mais frère selon la volonté de Jésus, Prêtre par excellence ! A l’instar des douze, le prêtre entre réellement en fraternité si et seulement s’il consent jour après jour, chaque instant du jour, s’il consent toujours à devenir disciple de Jésus-Christ dont l’intimité fait accéder à la charité fraternelle. Le prêtre n’est meilleur à personne ; Mgr Dominique Rey précise : « le ministère du prêtre rencontre ses propres limites affectives, psychologiques, relationnelles (…). Sa vie n’est pas [toujours] en rapport avec ce qu’il annonce. Il se reconnaît pécheur, débiteur de la grâce de Dieu. Sa mission le relie à ceux auprès desquels il est envoyé sans qu’il les ait choisis. Dépendant du Christ, mais relatif à eux ; l’attention au frère justifie ses efforts, mobilise toutes ses énergies. Et si, par le Seigneur, il a été mis à part, ce n’est pas pour être séparé ou distingué, mais pour se faire encore plus proche. » La prise de conscience d’une évidence comme celle-là devrait gonfler le prêtre d’humilité, l’emplir d’humanité et le remplir de fraternité ! Mais attention aux dérives et aux semblants de fraternité, telle forme de fraternité peut n’être qu’exploitation de l’homme par le prêtre ; derrière une apparence de fraternité, peut se profiler une volonté de dominer, d’embrigader et de garder pour soi ! L’homme humilié de l’homme n’est pas voulu de Dieu, l’homme humilié du prêtre n’est pas digne du Grand Prêtre ! La joie est dans une saine fraternité qui n’étouffe jamais.

Abbé Frédéric Serge KOGUE

Publié le 14 avril 2010.

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