Prêtre pour l’amour du monde

19ième émission

Le prêtre est prêtre pour aimer le monde, pour aimer le monde où il vit, pour aimer le monde qu’il côtoie, pour aimer le monde que Dieu aime ! Dieu ne faisant acception de personne, le prêtre est appelé à aimer le monde dans toute son humanité et dans toute son inhumanité ! « Allez donc dans le monde entier ! De toutes les nations, faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde. » Du Christ, le prêtre a reçu une mission précise, une vocation spécifique envers les femmes et les hommes que Dieu a daigné façonner à sa propre image : la tâche est de les conduire à Christ, de les mener dans le salut qui vient du Dieu de qui vient tout don parfait. Le monde, ce n’est guère le bout du monde, ce n’est guère l’autre bout du monde ! Le monde, c’est avant tout ce monde à la portée du prêtre, à la portée de la parole du prêtre, à la portée de l’évangile que répand le prêtre ! Le monde est ici, tout de suite et maintenant, qui attend une parole, la parole qui parle au cœur, la parole qui sort du gouffre, la parole qui sort du trou du désespoir ! Le monde, c’est l’être humain dans sa complexité et sa perplexité, l’être humain dans ses retours et ses retournements, l’être humain dans sa dualité et sa duplicité, son appétit et son anorexie. Le monde n’est pas le monde du rêve ; le monde, c’est le monde de l’homme, le monde de la concrétude du concret. C’est ce monde aimé de Jésus-Christ qui attend d’être aimé de l’amour de Jésus-Christ. Le monde attend que le prêtre lui consacre l’amour de Jésus-Christ, le même amour que celui de Jésus. Le monde a l’expérience d’autres amours, il sait que seul l’amour véritable lui fait défaut. Le monde se fourvoie par manque et par défaut d’amour. Le monde languit après le véritable amour parce qu’il est le monde que Dieu a créé de ses propres mains, le monde que Dieu a habité de sa propre Chair, ce monde que Dieu a rédimé de son propre sang, le monde que Dieu vivifie de son Esprit Saint. De ce monde, tant de voix dénoncent la corruption ; de ce monde, tant de voix fustigent la gabegie ; de ce monde, tant de voix prédisent la perte. Le prêtre a mission de lui donner Jésus-Christ, simplement Jésus-Christ, rien que Jésus-Christ. Le prophète n’a que Jésus-Christ pour le monde. Le prêtre est envoyé pour transformer ce qui peut être transformé dans le monde ; le drame serait que le prêtre, envoyé pour transformer le monde, se laisse plutôt transformer par le monde, par ce monde auquel il est envoyé. Il n’est point rare que le prophète remballe sans délai la conversion qu’il propose, la troquant contre les vilenies du monde. Retournant à ses propres vomissures, le prêtre tombe en décadence, le prêtre tombe en déliquescence, le prêtre tombe en disqualification. La fécondité du ministère du prêtre se mesure aussi à sa capacité à transformer son entourage, à former le Christ en son entourage. Aimer le monde, c’est ne point se désarmer face aux attitudes du monde ; aimer le monde, c’est ne point faiblir d’ardeur dans la prière pour le monde ; aimer le monde, c’est ne point désespérer du monde, au risque de le désespérer : désespérer de quelqu’un, c’est le désespérer. Aimer le monde, c’est travailler à son mieux-être, à son bien-être, à son épanouissement. Seul le prêtre, prophète du Dieu Très Haut, peut indiquer la direction, la véritable direction en laquelle le monde doit s’engager. Le prêtre est prêtre pour l’amour du monde, l’amour sans contrefaçon, l’amour sans compromission. Au nom de son amour pour Dieu ! Au nom du Dieu dont le nom est Amour.

Frédéric Serge KOGUE

Publié le 31 mars 2010.

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