Le Saint Curé d’Ars, Jean-Marie Vianney nous apprend que le Sacerdoce, c’est l’amour du cœur de Jésus. Mais le Sacerdoce, c’est aussi l’amour qui naît du cœur de Jésus, c’est aussi l’amour qui nous vient du cœur de Jésus. Cet amour incorpore l’homme au Sacerdoce du Christ pour lui faire aimer le Sacerdoce. Ainsi le prêtre accomplit des actes, prononce des paroles, assume des tâches, réalise des œuvres dont la capacité intrinsèque du prêtre ne pourra jamais être la mesure. Le prêtre a des raisons inouïes d’aimer le Sacerdoce en aimant ce qu’il fait :
Le prêtre pardonne alors même qu’il se sait et se découvre pécheur !
Dans sa Parole, le prêtre proclame et annonce le Christ alors même que, bien souvent, il se voit et se surprend dans l’accomplissement de l’exact contraire de ce qu’il prêche !
Le prêtre convie les femmes et les hommes à faire communauté et à se constituer Eglise alors que rien de son tempérament ne l’y prédispose !
Le prêtre dit « Ceci est mon Corps. Ceci est mon Sang ». Il le dit en élevant l’Hostie et la Coupe alors même qu’il a conscience que son corps et son sang sont soumis à la fragilité et à la faiblesse les plus ignominieuses, au don et à l’abandon les plus vils, à la lâcheté et à la complicité les plus abjectes, au découragement et aux épuisements les moins glorieux.
De ses mains étendues, le prêtre bénit au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit alors qu’il n’ignore point l’indignité de ses deux mains !
De sa bouche, le prêtre répand, au nom du Seigneur, la Parole du Seigneur, alors même qu’il sait combien ses lèvres sont les moins indiquées et les moins idoines !
Dans son livre intitulé Dieu écrit droit avec des lignes courbes, le père Stan Rougier émet une réflexion des plus heureuses, réflexion qui s’applique au plus haut degré à la vie et à la réalité de la vie du prêtre. S. Rougier trouve en effet que : « Ce qui est intéressant dans la vie d’un homme, c’est la disproportion entre ses capacités et sa vocation ! Avec le plus petit d’entre les siens, Dieu peut réaliser son projet. Dieu est un bricoleur étonnant. Avec un couple stérile (Abraham et Sarah), il fait un peuple. Avec un bègue (Moïse), il fait le médiateur de son peuple et de sa parole. Avec un lâche (Jonas), il fait un missionnaire. Avec un bourreau (Saul de Tarse), il fait un apôtre. Avec un renégat (Pierre), il fait un Pape. » Le Seigneur pourvoit ses serviteurs des qualités, des capacités et des talents ordonnés à la mission. Quand Dieu ordonne, dit-on, il donne toujours !
Cela étant, il faut aimer le Sacerdoce pour ne point le dénigrer, l’aimer pour ne point le haïr, l’aimer pour ne point en contester ni les fondamentaux ni les valeurs essentielles. J’ai croisé ces jours derniers, un prêtre qui m’avoua ne croire qu’aux choses humainement visibles ! Oh ! Quelle barbarie et quelle myopie sacerdotales ! Quelle dérive de foi en effet qu’un prêtre qui hésite à confesser la présence du Seigneur Jésus dans les Saintes espèces consacrées ! Quelle tristesse qu’un prêtre qui remet en cause l’efficacité de l’absolution sacramentelle ! Quelle misère qu’un prêtre qui tient pour rien l’onction sacerdotale qui l’a marqué et qui l’a constitué prêtre ! Aimer le Sacerdoce, c’est s’obliger à l’examen de conscience que requiert cet amour ; aimer le Sacerdoce, c’est s’obliger à poser un acte de foi ; aimer le Sacerdoce, c’est payer le prix de la cohérence entre son être et ce que célèbre son être ! Beaucoup nous observent ! Beaucoup nous y attendent ! Beaucoup demandent à être rassurés de notre amour pour le Sacerdoce, le Sacerdoce de Jésus-Christ.
Abbé Frédéric Serge KOGUE