Prêtre pour aimer l’Eglise

20 ième émission

Le prêtre, à l’instar de tous les baptisés, est enfant de l’Eglise. A un titre absolument particulier, le prêtre est fils et homme de l’Eglise ; le prêtre engendre dans l’Eglise, le prêtre engendre en Eglise, le prêtre engendre pour l’Eglise tant d’hommes et tant de femmes. Eu égard à ce pouvoir d’engendrement, le prêtre est père, père pour et par l’Eglise, père de l’Eglise parce que père selon l’Eglise, selon les dispositions de l’Eglise. C’est alors de bonne guerre et à juste titre que le prêtre à tort ou à raison est identifié à l’Eglise à un point tel que parler du prêtre, c’est parler de l’Eglise, à un point tel que toute diatribe contre le prêtre devient diatribe qui atteint et blesse l’Eglise. Le prêtre souffre des blessures de l’Eglise, l’Eglise souffre des blessures du prêtre, ne restant jamais de marbre face à rien qui touche, qui affecte, qui ruine. Telle une épouse, l’Eglise a fini de conquérir le cœur du prêtre. L’Eglise, véritable épouse, a conquis le cœur du prêtre ; en retour, le prêtre lui voue et lui dévoue sa vie, lui donne et lui redonne sa vie comme le Christ a pu le faire pour son Corps. Dominique Rey, Evêque de Fréjus-Toulon en France depuis l’an 2000, raconte avoir vécu un certain jour à Paris, le drame d’un confrère ami, prêtre, universitaire de haut vol, qui lui avait annoncé qu’il quittait le ministère sacerdotal et qu’il prenait dès lors ses distances vis-à-vis de l’Eglise. L’Evêque, visiblement atteint, raconte qu’au soir de son départ, le confrère lui avouait : « Désormais, je ne suis plus qu’un professeur c’est-à-dire un homme seul… » . Réflexion douloureuse et pathétique, s’il en fût, d’un homme qui venait de craquer la porte de sa maison, de sa Famille, de sa Raison d’être ; réflexion pathétique d’un homme en situation d’exil, d’errance, de conflit intérieur. Tel un poisson dont la tête pourrit en dehors de l’eau, le prêtre se meurt en dehors de l’Eglise ; le prêtre n’est heureux que dans l’Eglise, le prêtre n’est heureux qu’avec l’Eglise, car l’Eglise est le lieu et l’espace d’épanouissement du prêtre. La joie de l’enfant réside en effet auprès de sa mère. Seule l’Eglise peut étancher la soif de son prêtre ! Ainsi le prêtre devient riche de toutes les richesses de l’Eglise, triste de toutes les tristesses de l’Eglise, angoissé des angoisses de l’Eglise, angoisses d’hier et d’aujourd’hui, angoisses d’aujourd’hui et de demain, angoisses d’hier et de demain. Le prêtre assume les peines et les épreuves de l’Eglise. Le prêtre communie tout autant à la joie de l’Eglise, partageant le bonheur de l’Eglise, Une, Sainte, Catholique, Apostolique. Aimer l’Eglise, c’est aimer les dispositions de l’Eglise. Aimer l’Eglise, c’est aimer l’histoire de l’Eglise avec ses lumières et ses ombres, ses laideurs et ses beautés, ses noirceurs et ses éclats… On ne peut pas se dire serviteur de l’Eglise et se dédire l’instant d’après en la raillant, en l’accablant. Aimer l’Eglise, c’est lui faire confiance. Dans son livre Benoît XVI, l’héritier du Concile, l’historien Jean CHELINI rapporte ce qui suit : « [Le Pape] Pie XII, sur le point de proclamer le dogme de l’Assomption, consulte les théologiens allemands, enseignants de Munich, qui y étaient hostiles. Le maître de Ratzinger, Gottlieb Söhngen se prononça contre l’éventualité de la proclamation, mais déclara qu’il se soumettrait si elle était adoptée : il disait : ‘je me souviendrai que l’Eglise est plus sage que moi et je lui ferai plus confiance qu’à ma propre science’ » Aimer l’Eglise, c’est en effet arriver à comprendre que l’Eglise n’est pas la somme des qualités et des défauts des hommes et des femmes qui la constituent ; l’Eglise est plus sage que nous ; sage d’une sagesse qui lui vient de son expertise en humanité une sagesse qui lui vient de ce qu’elle est l’institution la plus vieille au monde du haut de ses 2000 ans ; l’Eglise mérite confiance. L’amour de l’Eglise est constitutif de l’état et de la vie du prêtre ! Il faut d’abord aimer l’Eglise pour la faire aimer !

Abbé Frédéric Serge KOGUE

Publié le 1er avril 2010.

20. Repères