Première Profession Religieuse de six Jeunes filles

HOMELIE DE MGR EHOUZOU AUX VŒUX SSA OUANDO 2010.

le 27 Aôut 2010, au noviciat des Soeurs de Saint Augustin à Porto-Novo, a eu lieu la Première Profession Religieuse. La messe a été présidée par Monseigneur EHOUZOU, Evêque de Porto-Novo.

Vivre selon la logique de notre consécration

Textes des lectures

1ère Lecture Ben Sirac le Sage 26,1-4 ; 13-16

2ème Lecture II Timothée 2,1-7

Evangile : Luc 7,11-17

Chers Pères concélébrants,

Révérende Mère générale et le conseil,

Bien chères sœurs religieuses,

Chers frères et sœurs en Christ,

Et vous les heureuses du jour,

Je voudrais avant tout saluer les familles de chacune de nos filles qui aujourd’hui se consacrent au Seigneur : les Familles ANAGONOU, DOSSA, AGOSSOU, DJOSSA, DEHOU et HOUHOUI.

Oui chers parents, avec vous nous venons rendre grâce ce matin pour le choix que Dieu a fait de vos enfants : Mariette, Jeanne, Vivienne, Hubertine et Aimine. Nous sommes là ce matin pour bénir et louer le Seigneur pour l’honneur, l’insigne honneur qu’il vous fait en ce jour. Vous êtes honorés par le Seigneur qui en prenant femme dans votre maison, dans votre famille s’incarne chez vous à cause de vos filles devenant ainsi votre gendre : heureux êtes vous, car vous devenez pour Jésus ses beaux-parents. Et comme tels, il vous gratifiera toujours, en signe de dot, de ces bénédictions.

C’est toujours pour moi un devoir paternel et spirituel de célébrer avec les communautés religieuses de notre Diocèse pour leur dire de façon personnalisée et solennelle la gratitude de toute l’Eglise Famille. Vous comprenez donc ma joie de me trouver avec vous ce matin pour cette fête de votre Communauté religieuse. Or, par ses nombreuses membres qui œuvres dans divers domaines d’activités pastorales, la communauté des Sœurs de Saint Augustin n’a pas seulement intégré notre Eglise Famille, en installant le centre de sa fécondité dans notre Diocèse avec le Noviciat où germent et éclosent la vocation de toutes ses membres, votre communauté n’a pas seulement adopté notre Eglise Famille ; elle est délibérément entrée au cœur de l’histoire de ce Diocèse et en nourrit la spiritualité.

La célébration d’aujourd’hui l’illustre particulièrement. Après la grande fête du 15 Août que Porto-Novo a toujours privilégiée et célébrée comme l’occasion d’accompagner des jeunes gens à l’autel du Seigneur, voici en effet que les Sœurs de Saint Augustin nous permettent de prolonger cette allégresse avec la fête annuelle de leur communauté. Vous nous réunissez ainsi autour de la mère de votre saint Patron pour célébrer et méditer sur la vie consacrée comme sur la vie chrétienne en général à partir de son engagement, l’intense engagement de Monique que toutes les générations de chrétiens ont toujours admiré. Les lectures que nous venons d’entendre ont été sélectionnées pour le mettre en lumière. Le texte de Ben Sirac le sage ne fait pas simplement l’éloge de Monique comme une excellente épouse et une femme très pieuse. Ce texte est très suggestif de la vie matrimoniale de Monique, jusqu’à Patricius, son mari qui a pu recevoir le baptême sur son lit de mort, notamment grâce à la bravoure et aux prières de Monique. En regardant le miroir spirituel de ce texte, nos heureuses du jour comme toutes les âmes consacrées se sentent appelées à faire la joie du Christ qui se les a choisies. Puissiez-vous entendre, toutes, cet appel à puiser au cœur des valeurs propres à la femme, la parure spirituelle et morale de votre vie de religieuses. Celle qui est chaste est d’une valeur inestimable. La chasteté évoquée ici est pour moi une allusion au respect des trois vœux par lesquels le Seigneur vous appelle à décupler la valeur de toute votre vie à son service et à celui de vos frères et sœurs.

Nous sommes spontanément frappés par les larmes abondantes versées par Monique pour la conversion qui fera de son Fils l’un des plus dignes fils que l’Afrique ait offert à l’Eglise, saint Augustin. Augustin nous a lui-même expliqué dans ses Confessions – autobiographie hors pair que vous avez dû connaître – (Augustin nous a lui-même expliqué, dis-je, comment sa pieuse mère Monique lui avait fait boire le nom du Christ à même le sein maternel alors qu’il était encore tout petit. Il nous a décrit de façon pathétique comment cette mère très consciente de son devoir matrimonial et maternel l’avait poursuivi sur terre et sur mer, dans la prière et les larmes jusqu’à sa conversion.

Sans entrer dans la vie privée des heureuses du jour, la sollicitude de Monique me renvoie en premier lieu aux familles dont sont issues toutes celles qui se sont engagées dans la Communauté religieuses des Sœurs de Saint Augustin. Aucune vocation n’aboutit sans cette sollicitude assidue d’une mère ou d’un père voire de toute une famille qui veille. C’est dans cette perspective qu’on pourrait entendre ces lignes très denses surtout pour une religieuse : la femme silencieuse est un don du Seigneur. En vous laissant à la vie religieuse, vos familles font obédience à ce don en offrant au Seigneur ce que sa main leur a donné ; elles coopèrent avec la grâce divine qui a été à l’œuvre dans chacune de vos vies. Merci surtout à toutes les familles ici représentées d’avoir fait de leurs filles des femmes bien éduquées, aptes à l’ouverture à l’appel du Seigneur. Oui, celle qui est bien éduquée est sans prix. Puisse le Seigneur le rendre au centuple à tous ceux et celles qui ont contribué à faire aboutir des vocations dans cette Famille religieuse placée sous le patronat du Fils de Monique.

Mais le plus important que nous donne la sollicitude spirituelle de Monique, c’est d’indiquer à toutes les familles dont ces religieuses sont issues que c’est aujourd’hui que commence votre travail, en premier lieu par vos prières mais aussi par votre accompagnement de tout genre. La religieuse est, pour sa famille humaine, une offrande spirituelle devant être continûment entretenue et embellie à l’autel du Seigneur, c’est-à-dire, dans son engagement pastoral.

Mais comment ne pas souligner avec la figure de Monique, qui s’offre aussi directement à toutes les âmes consacrées comme la spiritualité de leur engagement. Ce peut être déjà la douleur spirituelle ressentie au plus profond de vous-mêmes pour cette jeunesse que vous avez la mission d’éduquer et dont vous devez percevoir les égarements et veiller à ramener au Seigneur. Médité avec les filigranes de la vie de Monique, l’évangile vous trace une logique de vie, la logique de votre consécration et de votre apostolat. Vous devez conduire à la rencontre du Christ sauveur ces jeunes gens et jeunes filles qui sont souvent comme morts, ballottés par toutes sortes d’idéologies, enfermés comme dans le cercueil de toutes sortes de misères morales et conduits à la tombe de la marginalisation sociale et de la perdition existentielle ! Ce texte contient aussi l’indication discrète que l’éducation est un engagement de proximité où chacun de ceux et celles qui vous seront confiés mérite cette sollicitude donnée à un fils unique jusqu’à sa résurrection effective sur les chemins de la vie, notamment avec ma rencontre et la connaissance de Dieu.

Un tel charisme ne peut se vivre sans cette fidélité à la Parole du Seigneur et une grande proximité avec lui comme le souligne particulièrement le texte de la deuxième épître à Timothée que vous avez spécialement retenu pour ce jour. En vous accompagnant jusqu’à vos vœux, vos éducatrices et vos supérieures vous ont comme auparavant instruites de cette Parole de Dieu et vous ont confié le trésor incommensurable de la foi : recevez ce matin cette exhortation à en prendre le relais dans toute votre vie. Oui, comme je le disais tantôt à l’adresse de vos parents, c’est maintenant que commence la route et les premières lignes de cette lecture en sont comme les maîtres-mots, qu’au nom de vos supérieures et en mon nom personnel je vous redonne solennellement : Toi donc ma fille, fortifie-toi dans la grâce du Seigneur.

Ce texte rejoint au fond la spiritualité de la croix que j’ai sans cesse insérée au cœur de toutes mes exhortations depuis le début de mon apostolat épiscopal. La résurrection à laquelle vous avez la mission de conduire les hommes et les femmes advient à la suite d’un long cheminement sous la bannière de la Croix du Christ. Ad lucem per crucem, à la lumière de la gloire par le chemin de la croix. La métaphore du cultivateur en est très suggestive. C’est au cultivateur qui travail dur, que doivent revenir en premier lieu, les fruits de la récolte. La fécondité de votre vie consacrée dépendra d’un dur labeur sur tous les plans, notamment humain et spirituel. En vous donnant cette page de saint Paul, vos supérieures vous indiquent l’intense engagement qui est celui de la Communauté des SSA en même temps qu’elles vous exhortent à y prendre votre part personnelle dans l’obéissance et la synergie avec toute la famille de l’Institut. Prends ta part de souffrance, comme un bon soldat de Jésus-Christ. La vie religieuse n’est pas l’accès à une vie de facilité ou de bonheur mondain : elle est faite de souffrance, de toutes ces peines que l’on a choisi, à l’école du Christ, pour ouvrir les chemins de la vie à ceux et celles vers qui Dieu nous envoie.

C’est une vie de dépouillement de tout ce qui alourdit notre élan vers les autres en retardant notre marche à la suite du Christ. La religieuse ne peut s’encombrer des affaires de la vie civile si elle veut donner satisfaction au Christ qui l’a engagée. De même l’athlète ne reçoit la couronne que s’il a lutté selon les règles. Chères filles bien aimées, vous connaissez les règles de cette lutte de la vie religieuse qui vous attend : vos trois vœux vous les rappellent comme en condensé. Le socle ou le support de toutes ses règles demeure l’humilité. C’est par cette humilité que le Christ a pu s’abaisser pour nous tracer le chemin de la rédemption en se dépouillant lui-même jusqu’à la mort sur une Croix. C’est la logique de cette consécration à la vie religieuse que je vous invite et vous encourage à suivre. Ce chemin comporte beaucoup de difficultés mais vous n’y rencontrerez aucune déception de la part de celui à qui vous avez consacré votre vie.

Chères filles heureuses du jour, chères religieuses de l’Institut des Sœurs de Saint Augustin, je vous redis ma joie et mes félicitations au nom de l’Eglise de Porto-Novo qui est en fête avec vous. Avec vous c’est toute l’Eglise Famille de Dieu qui est à Porto-Novo qui est conviée à cette source spirituelle de la mère de votre saint Patron, la spiritualité de sainte Monique.

Publié le 30 août 2010.

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