
DASSA 2011,
Marie rassemble les peuples
Dimanche 21 août 2011 s’est déroulée au pied de la Vierge
la messe de clôture du pèlerinage national.
Présidée
par le Cardinal André
Vingt-Trois, archevêque de
Paris et concélébrée par une
dizaine d’évêques et près de
200 prêtres, la célébration a
drainé plus de 50.000 pèlerins.
Une fois encore, l’expérience concrète de l’universalité de l’Eglise s’est manifestée ce dimanche à la grotte mariale Arigbo de Dassa. Marie nous ouvre à l’Eglise universelle
Il est 7h45mn. Le site marial de Dassa-Zoumé est rempli d’une foule impressionnante, joyeuse, heureuse de participer au 57e rendez-vous annuel dédié à la Vierge Marie. Les organisateurs estiment que près de 50.000 pèlerins sont sur l’aire mariale, et environ 200.000 dans la ville de Dassa selon une source policière. Ces pèlerins viennent de tous les coins du Bénin. Mais aussi de plus loin : Burkina Faso, Cote d’Ivoire, Niger, Nigeria, Togo, France, Italie… Ils font partie d’une délégation envoyée officiellement par leur Eglise ou ils sont venus à titre personnel accomplir une démarche de foi. Qu’importe le lieu de prove-nance. C’est Marie qui les rassemble.
Mère des chrétiens
Marie, mère de tous les chrétiens, rassemble ses enfants, quelles que soient leur origine, leur nationalité, leur culture ; elle les ouvre à l’universalité de l’Eglise. C’est pour symboliser cette unité des chrétiens qu’un lieu a été choisi pour que, chaque année, tous les diocèses du Bénin s’y retrouvent. Certes, chaque diocèse dispose d’un sanctuaire marial. Et pourtant, ils sont venus de partout : Kprèkètè, Zagnanado, Kaboua, Bembèrèkè, Perporiakou, Kika, Dangbo, Lokossa, Cotonou… Afin de pouvoir se sentir membres de cette grande famille qu’est l’Eglise de Dieu au Bénin. Alex Matakoussè, de la paroisse de Kprèkètè, témoigne : « Il n’y a pas de différence entre prier Marie à Badjoudè et ici à la grotte de Dassa. Ici, on se retrouve en famille élargie pour louer la Vierge qui nous comble d’abondantes grâces ». Xavier Fanou, fidèle de Zagnanado, renchérit : « La vie en Eglise famille se mène déjà au niveau de ma paroisse. Et lorsqu’on va en pèlerinage à Kpoto, l’Eglise famille s’élargit. Mais pour moi, c’est important, une fois par an, de venir raffermir ma vie d’Eglise famille à Dassa en priant Marie et en la chantant avec d’autres cultures. »
Marie rassemble par delà les frontières
La « famille élargie » des chrétiens qui se retrouvent à Dassa déborde les frontières du Bénin. Comme le montrent les banderoles qui ornent certains
bus venus des pays voisins. Justine Kaboré, de la paroisse Saint Camille de Ouagadougou (Burkina Faso), explique : « Nous sommes venus demander à Marie de couvrir l’Afrique de nombreuses grâces afin que la paix y règne. Et cette demande de prière, qu’elle soit faite au Bénin, en Terre Sainte ou en France, l’objectif est le même. Il n’y a que le site qui fait la différence ». A Dassa, les fidèles font ainsi l’expérience de leur appartenance à l’Eglise famille de Dieu en Afrique. Une unité qui se fait notamment dans les prières adressées à la Vierge pour la paix sur le continent.
Cyriaque l’a bien senti. Ce Béninois de Davougon vient presque chaque année à Dassa. « Je suis allé à la messe pour la Côte d’Ivoire. C’était très animé, mais aussi très émouvant. On a beaucoup prié pour la paix. C’est une belle chose, d’avoir des messes pour toutes les nationalités. Cela montre l’unité de l’Eglise africaine ». Un pèlerin ivoirien, de la paroisse Sainte Cécile des Deux Plateaux, le confirme : « Nous sortons d’une crise en Côte d’Ivoire. Nous sommes venus pour recevoir le reste des bénédictions que Marie donne au Bénin en cette année jubilaire, pour nous-mêmes, notre pays et pour notre Eglise. Nous avons la joie de nous retrouver avec d’autres peuples. »
Signe de l’universalité
Au sein de l’Eglise famille de Dieu, il n’y a pas de diversité de langues, de cultures. La maternité universelle de Marie rassemble les hommes et les constitue dans une famille unique. C’est ce qui s’observe à Dassa chaque année. En ce lieu, l’Eglise du Bénin
peut vivre son unité et son universalité, elle s’ouvre au-delà de ses frontières nationales.
Cela se traduit de plusieurs manières. Tout d’abord, une attention particulière est portée aux traductions - afin que la majorité des pèlerins puisse accéder au sens de ce qui est proclamé. Ainsi, la catéchèse, assurée cette année
par le Père Yves Djègui et qui portait sur le sens chrétien de la souffrance, était assurée en français, mais aussi en fon, en dendi, en bariba et en yorouba. Les textes du dimanche ont été proclamés en plusieurs langues, et l’homélie prononcée en français a également été traduite en fon, bariba, anglais et yoruba.
L’invitation régulière d’un prédicateur étranger pour présider la messe de clôture témoigne aussi de la volonté d’ouverture du pèlerinage de Dassa. A plusieurs reprises, la messe de clôture du pèlerinage a été célébrée par des évêques ou cardinaux venus de la Côte d’Ivoire, du Cameroun, du Togo, du Nigéria, du Ghana, du Burkina Faso… Mais l’Eglise universelle est plus large que le continent africain. Cette messe a donc été célébrée par un évêque italien en 2006, un cardinal slovaque en 2008... Ainsi que, à deux reprises, par des prélats français : l’archevêque de Paris, le Cardinal Jean-Marie Lustiger en 2004, pour le 50e anniversaire du pèlerinage, et son successeur le Cardinal André Vingt-Trois cette année, à l’occasion du
jubilé des 150 ans d’évangé-lisation du Bénin.
A Dassa, à Lourdes, à Fatima ou dans les sanctuaires dédiés à la Vierge, la foi chrétienne unit les hommes à travers le monde malgré leurs différences d’origines ou de cultures. Comment expliquer que Marie parvienne, tout particulièrement, à nous ouvrir à l’universalité de l’Eglise ? « Au pied de la croix, Jésus dit : ‘femme voici ton fils, fils voici ta mère’ explique le Cardinal André Vingt-Trois. Il donne Marie comme mère à l’humanité. C’est pourquoi Marie rassemble les hommes et les constitue dans une famille unique. Cette maternité universelle de Marie aide les hommes à surmonter leurs différences, à se réunir autour d’elle comme les enfants d’une même famille. Les sanctuaires de la Vierge Marie à travers le monde sont des lieux d’espérance parce qu’ils donnent l’image anticipée de l’unité de l’humanité autour de Marie ». C’est de cela que témoigne Bernard, fidèle de la paroisse Saint Augustin de Ouagadou-gou : « Que ce soit à Lourdes, au Bénin ou ailleurs, ce qui lie les pèlerins, c’est Dieu. C’est une démarche de foi qui montre que nous sommes de l’Eglise famille ».
Le cardinal distingué
Reçu dans l’ordre du mérite du Bénin le lundi 22 août à la présidence de la République, le Cardinal André Vingt-Trois déclare : « C’est un grand honneur pour moi, une grande fierté de pouvoir participer de cette façon à la vie du peuple béninois. »
Témoignages de pèlerins
Valérie ZINSOU et Cyriaque GUÉDÉ « Ce qui m’a beaucoup frappé, c’est la sérénité, la tranquillité, la paix qui émanent des visages qu’on a pu voir à Dassa. Il suffit d’une ficelle par terre et personne ne bouge. Il y a aussi une sérénité, et même une gravité qui émanent de toutes ces paires d’yeux, toutes ces têtes qu’on voit à Dassa. Les fidèles étaient attentifs et participaient aux chants pendant la messe, ils faisaient le silence, pas de bruit alors qu’il y avait autant de monde. Pour moi, ce sont des images fortes. C’est une vitalité, une promesse d’avenir extraordinaire pour l’Eglise du Bénin. Mais aussi pour l’Eglise de France, pour l’Europe, que de sentir cette foi de nos frères et sœurs du Bénin la paix et la profondeur qui émanent de leur regard, leur bienveillance, leur générosité et leur accueil. On a la preuve que des gens qui n’ont pas énormément d’argent sont capables d’une générosité accrue, d’une foi démultipliée et d’une espérance sans faille. Mgr Patrick Jacquin, Recteur de la cathédrale de Paris
I l faudrait que le comité d’organisation du pèlerinage se rende après dans les pays de la sous-région dont les pèlerins sont toujours à ce rendez-vous pour les remercier et surtout recueillir leurs suggestions. Moïsette Alavo, couturière, 31 ans
L ’importance de ce rendez-vous marial nécessite que l’on n’attende pas le mois d’août pour en parler. Mais qu’il y ait une large information sur toute l’année pour susciter la prière et la générosité de tout le peuple béninois. Véronique Amagnidé, commerçante, 62 ans La 57e édition de notre pèlerinage marial annuel a été un succès. Il faut que tout cela serve à créer les archives pour immortaliser aux générations futures les temps forts de ce rassemblement. Je suggère la création d’un site internet et la mise sur pied d’une commission ad’hoc qui se chargera de travailler aux données statistiques de ce rassemblement. Yves Yêho, informaticien, 39 ans
J’ai beaucoup prié. Mais j’aurais aimé aussi voir ce qui se passait à l’autel… Lucrèce Dossou-Yovo, vendeuse, 48 ans
Paul Sossa, enseignant, 42 ans « L’homélie prononcée par le Cardinal André Vingt-Trois m’a personnellement beaucoup touché ».
Valérie ZINSOU et Cyriaque GUÉDÉ