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Oraison funèbre prononcée à l’occasion de l’inhumation de Papa Richard
AYELO, le samedi 26 mai 2012 à Cococodji
Par Justin Coomlan AYELO
Excellence Monseigneur, archevêque de Cotonou,
Honorables membres du conseil de l’Eglise de Cotonou,
Chers Curés venus de différentes paroisses,
Bien cher Curé de la paroisse St Gabriel de Cococodji,
Très chers pères venus du diocèse de Cotonou et d’ailleurs,
Bien aimés religieuses et religieux ici présents,
Chers parents et amis,
C’est pour moi un grand plaisir et un agréable devoir de prendre la parole au nom des familles Adambadji Zanou, Ayélo, Sagbohan et Aïhou Agbomahenna pour prononcer cette oraison funèbre lors de l’inhumation de notre père, grand-père, oncle, … , Richard AYELO, père de l’abbé Mathias AYELO dit précision.
A tout Seigneur tout honneur ! En tout premier lieu, nous remercions l’archevêque de Cotonou pour avoir accepté de faire le déplacement pour célébrer la présente messe en vue de rendre un dernier hommage à papa Richard Ayélo dont le corps est dressé devant nous dans cette église st Gabriel de Cococodji. Nous ne pouvons pas y croire car, aux yeux des hommes la personne de cet homme que nous pleurons est trop petite pour mériter ces honneurs. A peine serait-il connu par les gens ici présents parce que malmené par une terrible maladie depuis près de vingt cinq (25) ans. Nous sommes surtout sensibles à ce geste paternel puisque nous ne pouvons pas espérer, après la mort du révérend père Mathias Ayélo, décédé en France le 12 juillet 2006 dans une piscine alors qu’il maîtrisait bien le lac, le fleuve et même la mer, que ses parents continuent de bénéficier de telles faveurs jusqu’à ce jour. Tout le monde se souvient encore de la ferveur et de la chaleur avec laquelle Marie Agbomahenna Ayélo avait été enterrée par le Vicaire Général, le révérend père Kinkpon, entouré de beaucoup de prêtes, de religieux et religieuses. La foule des fidèles en a été très marquée et, plus particulièrement, nous membres des deux familles. Nous étions loin de penser que ce n’est pas fini d’autant plus que Mathias n’est plus. Merci infiniment, Monseigneur. Yèhwé non gan, éna tchènou mi kaka.
Nous remercions également le Curé, l’abbé Jeannot qui, depuis l’annonce de cette nouvelle, n’a cessé d’échanger avec nous sur l’organisation et la célébration de la présente eucharistie. Nous sommes encore plus touchés parce qu’il s’est fait plus proche de nous en rendant régulièrement visite à papa dès après la mort de maman. Et ce n’est pas fini : pour remblayer le carrefour qui mène à la maison mortuaire avec des voyages de sable que devait déverser le camion berlier, il mobilisa des bras valides, lui-même dirigeant les opérations en pleine culotte. Yèhwénon, éna tchè kaka ! Nos remerciements vont également en direction de tous les pères, religieuses et religieux venus témoigner de leur affection à la famille qui, par ma voix, vous dit un franc merci pour ce devoir de souvenir.
Quant à vous, chers frères et sœurs et amis, venus si nombreux nous témoigner de votre fraternité et de votre amitié, nous vous remercions de tout notre cœur et de tout notre être.
Monseigneur l’archevêque, monsieur le directeur adjoint du cabinet du président de la République, Messieurs les doyens de la faculté des lettres arts et sciences humaines, messieurs les chefs de département, messieurs les professeurs, Monsieur le directeur de l’observatoire du ministère de la famille, messieurs les magistrats, messieurs les chargés de programmes des ONG, messieurs les directeurs centraux, chers élèves et étudiants, auguste assemblée,
Comme un vieillard sentant sa mort venir, Richard AYELO, né vers 1939 ici même à Cococodji, fit rassembler ses enfants le jeudi 29 mars 2012, soit 20 jours avant sa pâque éternelle et leur dit ceci : « Mes fils, je vous remercie pour les divers soins dont j’ai été l’objet de votre part. Tout ce qu’un père peut attendre d’un enfant, vous me l’avez fait. Je vous en remercie infiniment. A présent, je vous bénis de tout mon cœur. Vivez dans la joie et dans la paix. » Pour laisser un tel message, il avait exigé que tous ses enfants fussent là. Humainement, Mathias n’y était pas car il en avait été décidé ainsi. Mais curieusement, il est plus présent dans la vie des parents que quiconque. Nous n’avons pas de fille parmi nous. Toutefois, Mathias a suscité dame François HINKPON pour rester avec son père, sans contrepartie. Elle a tout laissé à Zè pour s’occuper du papa de son père spirituel jusqu’à l’arrêt de son dernier souffle. O mort où est donc ta victoire ? Et quelle foi ! Quel don de soi pour un prêtre qui n’a officié sur terre que pendant trois (3) ans huit (8) mois dix sept (17) jours dont deux (2) ans onze (11) mois à Zè au Bénin et neuf (9) mois sept jours à Palerm en Italie, et quelques jours, sinon neuf, en France. Ya, wi jan ko ni. E na tchè nan wé kaka ! Cet homme que "fofo" Adolph était obligé de tenir pour qu’il délivrât son message, à la fleur de l’âge, était un brave homme, très fort et courageux. Il fallait huit ( 8) personnes pour le charger lorsqu’il veut transporter un bagage de manioc du champ à la maison, sur une distance de 10 kilomètres environ. La famille Attignon se souvient encore de ce bras valide qui aidait leur papa Théodore à ramener ses maniocs d’Agbozounkpa à Cococodji avec vitesse. Même Achille aux pieds légers d’Athènes ne pourrait le rattraper avant destination. C’est pourtant ce même homme que la maladie et la vieillesse ont rendu invalide au travail. Pratiquement, il circulait aux alentours de la maison et beaucoup pouvaient croire qu’il était mort puisque : « L’exil, est le petit frère de la mort. » à en croire Zenzen. O maladie, o vieillesse, ennemies de l’homme ! Cela nous rappelle Don Diègue, le père de Rodrigue dans Le Cid de Corneille, lui qui a essuyé à cause de sa vieillesse, un affront devant le père de Chimène qui lui administra un soufflet.
Chers frères et sœurs,
A l’annonce du décès de Richard Ayélo, père de l’abbé Mathias, des coups de fils nous sont parvenus de Parakou, de Natitingou, de Tanguiéta, de Malanville au Bénin, de Breau en France, de Rôme, de Palerm et de Pomezia en Italie, de Sokodè et de Nadoba au Togo, de la Côte d’Ivoire, du Burkina Fasso, du Gabon…. Chaque personne tenait à nous présenter les condoléances à cause de ce brave prêtre qu’ils ont eu à rencontrer une fois sur leur parcours. Nous ne les connaissons pas mais ils tiennent à nous faire part de leur amertume et de leur désarroi, même si « La mort n’est rien » selon Epicure. Oui ! La mort n’est vraiment rien et il faut apprendre à mourir de son vivant. Eckhart Tolle le confirme : « Le secret de la Vie, c’est de "mourir avant de mourir" et de découvrir que la mort n’existe pas. » Il est alors parfaitement inutile et sot d’en avoir peur et de penser qu’elle représente la sentence ultime pour un homme. Car aux dires de Steve Jobs « La mort est un destin que nous partageons tous. Personne n’y a jamais échappé. Et c’est bien ainsi, car la mort est probablement ce que la vie a inventé de mieux. C’est le facteur de changement de la vie. Elle nous débarrasse de l’ancien pour faire place au neuf. » Ainsi nous devons tous le savoir : « Nous sommes des victimes condamnées toutes à la mort ; nous ressemblons aux moutons qui bêlent, qui jouent, qui bondissent, en attendant qu’on les égorge. » comme le dit si bien Voltaire.
Chers amis,
Richard AYELO, ce tailleur de profession qui faisait la fierté de sa famille dans sa jeunesse, devant ses souffrances atroces, a dû réclamer la mort les derniers moments de son existence. Contrairement à Jean de la Fontaine, auteur du poème « La mort et le bûcheron », il pourrait dire : « Plutôt mourir que vivre. » C’est donc seulement lorsque nous sommes en pleine forme que notre orgueil humain s’étale, se développe et que notre volonté de puissance se manifeste. Seul Dieu donne la vie. Seul, Il la reprend. Il a choisi un espace de trois ( 3) mois dix huit ( 18) jours pour donner un mandat d’arrêt à nos deux parents, notre mère le 29 décembre 2011 et notre père, le 18 avril 2012. Vous étiez ici, dans cette même église, le 14 janvier, pour inhumer notre mère avec nous. Vous voici encore là ce 26 mai pour accompagner notre père Richard dans sa dernière demeure, date d’anniversaire de Mathias, date de son lectorat et enfin date à laquelle il prit le vol pour l’Italie d’où il ne reviendra plus vivant à nos yeux. Nous ne saurions vous en remercier. Akpénami Kaka. Emêtolê, mo no d’êkpè. Ayinon tché lè, ena tchê nou mi kaka. Gbokpanou tché lè, Vikpèédé ? Ena tchè na mi kaka. Cococodji nou lè, Midokou nou mi. Mahi nou mitonlè, Tchigui, Edjinkonè. Zè nou Mathias ton lè, hwi jan ko ni.
Monseigneur l’archevêque, chers prêtres, chers religieuses et religieux, messieurs les inspecteurs des enseignements maternel, primaire et secondaire, messieurs les directeurs des complexes scolaires saint Romaric d’Akassato, et sainte Félicité de Godomey et d’Abomey-Calavi, chers amis,
Nous vous disons un franc et sincère merci pour avoir accepté encore être avec nous pour rendre un dernier hommage à cet homme qui a donné la vie à un prêtre apprécié de tous et qui se fait parler de lui dans des rêves, des visions directes et par les actes qu’il a posés de son vivant. Si c’est ainsi, comme le dit alors Jules Renard : « Nous mettrons toute notre coquetterie à bien mourir. »
Que le Seigneur considère les souffrances de notre père et lui accorde la vie éternelle.
Que Marie, notre Mère, vienne à sa rencontre pour l’accompagner à Jésus, son Fils.