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Ce n’est pas en me disant : Seigneur, Seigneur, que vous entrerez dans le Royaume des cieux, mais c’est en faisant la Volonté de mon Père qui est dans les cieux.
C’est une petite prière terriblement exigeante que le Pater. Et, en le récitant, c’est à tout moment que je trouve ma sincérité en défaut. Je dois y réfléchir.
Notre Père ! Le Père commun de l’immense famille où nous sommes tous frères…. Les hommes mes frères ! Pauvre mot galvaudé que je crois vrai – à la cime de ma raison – mais dont la vérité n’est pas rentrée dans ma vie ! « N’appelle pas frère, dit un proverbe du Nord, quelqu’un que tu n’es pas prêt à appeler demain beau-frère. »
Comment oser donner à Dieu le nom de Père, tant que je ne me sens pas le consanguin surnaturel de mes frères, que je ne souffre pas leurs peines, tant que je ne goûte pas leurs joies et que je ne vis pas leur vie ?
Qui êtes aux cieux…. Mes engagements nécessaires dans la vie de ce monde ne peuvent prescrire cette évidence : je suis un exilé en marche vers sa vraie patrie…. Or je tiens par tant de fibres aux pauvres biens que m’offre cette terre que je traverse et que je quitterai sans recours ! C’est tout le chapitre du détachement, qui devrait être l’état normal du chrétien – cet être en continuelle partance…
Que ton Nom soit sanctifié ! Que ton Règne arrive ! Ces « demandes » du Pater ont pris sur nos lèvres un petit air bourgeois de souhaits platoniques. Je dis à Dieu : que votre Règne arrive ! Comme je dis à un ami en le quittant : Bonne santé ! Je le souhaite de tout cœur ; mais si quelque accident vous arrive, je n’y puis rien !
La vérité, je la connais bien. Que le nom de Dieu soit sanctifié, que son Règne arrive, voilà une affaire qui me regarde. Elle m’a même été confiée.
Mon effort, s’il est seul, s’y peut rien. C’est pourquoi je dois demander à Dieu d’y mettre la main. Mais mon effort est nécessaire : depuis la Pentecôte, l’Evangile avance à notre pas. Et la charité dans le monde, c’est l’amour dont nous brûlons qui l’allume, l’entretient et la répand.
Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons ! Ma prière prend ici un air de contrat avec Dieu : Seigneur, voyez ma vie ; de même que je pardonne aux autres, pardonnez-moi.
Mais alors ces restes de rancunes mal guéries, de pardons réticents, d’amertumes mal apaisées que j’aperçois au fond de mon cœur honteux ?... Et si Dieu me prenait au mot ?...
Au fait, c’est ce qu’Il nous a promis : « Il sera usé avec vous de la même mesure dont vous vous serez servis à l’égard des autres. » Mt 7, 2
Il serait facile d’allonger ce triste chapitre de mes petites déloyautés envers Dieu. Je répète à grands cris ; Seigneur ! Seigneur ! Et je ne vois pas le risque que je cours d’être rejeté du Royaume de Dieu, pour ne pas assez faire la volonté du Père.
J’aime d’un amour qui se raconte trop et ne se prouve pas assez. Dieu reste sourd à la prière paresseuse – celle qui ne se nourrit pas de sacrifice et qu’aucune action n’accompagne. C’est dans ce sens que Malègue disait : « Jamais une prière ne compensera une indolence. »
In Comme un veilleur,
de Ludovic GIRAUD
Par Mère Marie Virginie de SOUZA