
Depuis hier, l’Eglise notre Mère nous mettait à l’écoute des dernières Paroles du Christ. Nous sommes ici au Jeudi Saint, la veille de la mort du Christ. Ce dernier nous donne ses plus grandes préoccupations en forme de testament. Hier déjà, il a insisté sur le service des plus petits comme chemin de grandeur véritable. Aujourd’hui, il montre à ses disciples la nécessité de son départ auprès du Père pour apprêter une place à ceux qui auront cru en son Nom. La question de Thomas permet à Jésus de conclure son propos de ce jour par une phrase que nous ne nous autorisons pas à paraphraser pour ne pas courir le risque d’en amoindrir la densité en même temps que la précision. Jésus répond à Thomas en ces termes : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Personne ne va vers le Père sans passer par moi ».
Le chemin suggère la mise en route et s’oppose à la sédentarisation. Comme Abraham, Moïse et le peuple d’Israël, comme tous ses grands prophètes et tous les saints, nous sommes appelés à nous arracher aux séductions de cette terre et à nous mettre en marche à la suite de Jésus sur les chemins de l’Evangile. On ne peut prétendre accueillir le Christ dans sa vie et rester encore sur place. Le chemin tracé par le Christ est celui de sa Parole, de sa présence aux côtés de l’homme, le chemin de l’amour pour l’homme. C’est sur ce chemin qu’il nous faudrait marcher. Or nous ne pouvons prendre le chemin de l’amour pour l’homme quel que soit son état jusqu’à l’amour de l’ennemi, si nous n’accueillons pas la vérité sur Dieu et sur nous-mêmes.
A vrai dire, entre le chemin qu’il nous faut emprunter et la vie nouvelle dans laquelle il nous conduit, il faut passer par le nécessaire couloir de la vérité. Pas n’importe quelle vérité, mais d’abord la vérité sur Dieu. C’est ici fondamentalement que l’homme achoppe dans sa suite de Dieu. Qu’il nous souvienne la grande discussion entre Jésus et les Juifs après la multiplication des pains. Alors que Jésus leur révèle la vérité de la nécessité de manger son Corps et de boire son Sang pour la vie, beaucoup ont cessé de le suivre parce que, disent-ils, ce qu’il dit est intolérable. Qu’il vous souvienne aussi la grande méprise de Pierre et des apôtres sur la vraie figure du Messie lorsque Jésus révèle aux douze qu’ii devra être rejeté, tué et qui le troisième jour il ressuscitera. Pierre n’est pas allé par quatre chemins pour rejeter la probabilité de ce sort pour le Christ. Or, c’est cette découverte du vrai visage du Fils du Père, c’est cet accueil de la vérité sur Dieu qui nous permettra, à notre tour de faire la vérité en nous et autour de nous, de revoir notre être chrétien dans le monde de notre temps.
Le vrai problème réside non pas tant dans l’audace du chemin à prendre, ni dans l’acceptation de la vie nouvelle dans laquelle il nous introduit, mais dans le rejet de la vérité sur Dieu, et donc dans le refus de faire la vérité en nous et autour de nous, dans la réticence – résistance à oser éclairer notre vie par la lumière de la Parole, par le manque de volonté de nous détourner d’un comportement qui ne correspondrait pas vraiment à la vérité de Dieu tel qu’il se révèle et qui nous scandalise, nous choque par l’humilité et l’amour de son cœur.
En ce jour où le Christ s’identifie au Chemin, à la Vérité et à la Vie, demandons-lui d’affermir nos pas sur ce chemin sur lequel il nous conduit. Ce chemin n’est pas toujours droit, ni large ; il est semé d’embûches, de pentes et de montées. Ce chemin est pourtant le plus sûr pour aller au Père. Demandons-lui aussi de nous donner la force de reconnaître et d’accepter qu’il est la Vérité du Père, qu’il est cette Vérité que nous devons héberger dans nos cœurs et manifester dans nos comportements. Sur le chemin qu’il nous trace pour aller au Père, qu’il nous garde fidèles à la vérité de sa Parole pour nous mener dans la vie que le Père nous réserve dans la force de l’Esprit. Amen.
Abbé Jean OUSSOU-KICHO
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