Que peut bien penser dans sa tête ce collecteur d’impôts lorsqu’il entend un passant, du nom de Jésus, l’interpeller : "Suis-moi" ?
Jusqu’ici, il a surtout cherché à amasser de l’argent, à s’enrichir, parfois de façon malhonnête.
Mais, au fond de son cœur, il y a quelque chose qui ne va pas. Une voix interpelle souvent sa conscience : Ce que tu fais : est-ce que c’est vraiment bien ? Est-ce que tu es heureux quand tu as volé ou triché ? Un jour, tu devras mourir : est-ce que tu emporteras tout cet argent avec toi ?
Inconsciemment, Mathieu compare sa vie à celle de ce jeune homme, ce Jésus, sorti de Nazareth, qui semble si heureux, qui attire les foules, qui n’a même pas une pierre où reposer sa tête, mais qui aime les pauvres, les malades, qui, paraît-il, fait même des miracles. Et si c’était lui qui avait raison ? Mathieu n’en dors plus. Il en oublie le soir de compter sa caisse. Ses amis se demandent s’il n’est pas malade.
Et voilà justement que ce Jésus sort de la ville de Capharnaüm et s’arrête devant son bureau. Son regard se pose sur lui, le pénètre jusqu’au fond de son cœur. Un regard qui ne lui reproche rien, mais qui cherche à découvrir en lui cette inquiétude qui le ronge, et qui veut lui donner la certitude d’être aimé.
Devant son regard, Mathieu sent son cœur comme transformé, brulant d’amour. Et voilà que Jésus lui dit : "Suis-moi !" Ce n’est pas un ordre : c’est une invitation à laisser tout le passé, tout ce qui a fait sa fortune, tout ce qu’il croyait indispensable à sa vie, pour découvrir une autre existence dans laquelle il va trouver le vrai bonheur. Sans réfléchir plus longtemps, "l’homme se leva et le suivit !"
Nous pouvons comparer notre attitude de chaque jour avec celle de Mathieu. Il nous arrive souvent de nous dire : lorsque je fais le mal, je ne sens pas la joie en moi. Au contraire, c’est la tristesse, le regret, le remord qui viennent ronger mon cœur.
Alors, notre pensée se tourne vers Jésus. Nous savons que ce qu’il nous demande est difficile, mais nous devinons que sans lui, nous ne pourrons jamais être heureux. Alors, comme pour Mathieu, avant même que nous puissions réagir, Jésus est déjà là, dans notre cœur. Il nous invite à laisser ce péché qui nous détruit et à marcher à sa suite, c’est-à-dire à lui faire confiance pour de bon. N’attendons pas demain, mais dès cet instant, prenons la route que Jésus nous propose pour transformer vraiment notre vie. Et comme Mathieu, qui deviendra non seulement apôtre, mais aussi évangéliste, mettons notre joie à connaître Jésus, à l’aimer et à le faire connaître autour de nous.
Père André Chauvin, SMA