Méditation du Samedi 5 Juin 2010

Samedi de la 9ème semaine du temps ordinaire

Par l’Evangile de ce jour, le Seigneur met sous nos regards trois manière de se tenir devant Dieu et nous indique en même temps celle qui plaît le plus à Dieu.

Des scribes qui paraissent plus qu’ils ne sont et profitent malheureusement de leur statut social pour s’attribuer des privilèges, le Seigneur dit : « ils seront d’autant plus sévèrement condamnés ». La sévérité de la condamnation qui plane sur les scribes vient de ce que, étant connaisseurs de la Parole de Dieu, ils devraient être les premiers à donner l’exemple de l’humilité et de serviabilité. Au contraire, bien que connaissant la volonté de Dieu, ils préfèrent mener une vie d’hypocrisie au dehors hautement religieux. Le Seigneur nous invite aujourd’hui à nous méfier d’eux, et nous exhorte en même temps à être plutôt qu’à paraître.

En face des scribes dont le Seigneur fustige et dénonce le comportement, se dresse une autre figure, celle d’une veuve qui passe inaperçue à cause de sa grande discrétion mais que Jésus remarque et dont il fait l’éloge : « Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le tronc plus que tout le monde ». Jésus en donne immédiatement la raison : « Car tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, a pris sur son indigence : elle a tout donné, tout ce qu’elle avait pour vivre ». Alors que les gens riches mettaient dans le tronc de gros sous, Jésus affirme que la veuve, qui y a déposé deux piécettes, a donné plus que tout le monde. Ce que la veuve a donné plus que tout le monde, ce n’est pas tant la quantité de l’argent : c’est son incidence sur la vie qu’elle mène au quotidien. Elle donne tout ce qu’elle avait pour vivre.

Nos contemporains, riches ou pauvres, s’étonneront du comportement à la limite irréfléchi de la veuve. Comment peut-elle donner tout ce qu’elle avait pour vivre ? Et comment ferait-elle par la suite ? Il faut donner intelligemment à Dieu. Ces raisonnements tirent leur origine de notre manière moderne de considérer les biens de ce monde. On pense qu’il faut en posséder beaucoup (donc donner minimumement) pour soi et les siens pour de nombreuses années. C’est après, et seulement après avoir sécuriser notre vie que l’on peut donner à Dieu. Pour eux les riches de l’Evangile qui auraient donné sur leur superflu sont plus raisonnables. Mais ce que l’on oublie bien souvent, c’est la valeur du don du point de vue de Dieu. Dieu n’apprécie pas nos dons comme nous le faisons nous-mêmes. Dieu voit l’au-delà du don. Dieu n’a nullement besoin de nos dons matériels : l’or et l’argent du monde lui appartiennent ; nous ne pouvons jamais lui donner assez. A travers nos dons, nous offrons à Dieu nos vies.

La différence entre la veuve et les riches, c’est que la première, à travers son don, donne toute sa vie. Sa vie risquée dans ce don discrètement fait prend valeur sacrificielle pour Dieu. Elle donne à Dieu sa misère, ses misères, son être. Elle proclame implicitement que tout est à Dieu et que tout vient de lui. En lui donnant tout, elle reconnait Dieu comme sa Providence, son nourricier. Elle pose ainsi un acte de foi et d’abandon à Dieu, Père pour chacun et pour tous. Les riches, au contraire, en donnant le superflu, offre par la même occasion le superflu de leur vie, la part inconsistante et non substantielle de leur vie. Or le Seigneur bénit nos vies à travers nos dons. Du coup, on peut dire que le Seigneur bénit la vie de cette pauvre veuve dans son essence alors que par le superflu de leur don, le Seigneur bénit le superflu de la vie des gens riches. Ne soyez pas étonnés de cette lecture, elle vise en vérité à revoir notre manière de donner.

Mes frères et sœurs, nous pouvons offrir à Dieu ce qui représente à nos yeux notre vie. Pour certains, il ne s’agira pas de l’argent. Peut-être que c’est leur temps. Ils permettraient tout sauf perdre une minute de leur temps pour Dieu. Je les convie à donner leur temps à Dieu, et il les introduira dans son éternité. D’autres croient que pardonner à un frère qui les offense au nom de l’évangile, c’est exposer leur vie. Ils préfèrent se venger par eux-mêmes. Je leur demande de pardonner et de ne pas se venger, à cause de Dieu, et ils verront que leur vie s’épanouira. D’autres encore sont très intelligents et ne veulent pour rien au monde mettre cette intelligence au service de Dieu. Ils préfèrent réfléchir pour gagner des sous et le prestige. Réfléchir sur les choses de Dieu n’est pas rentable. Je leur conseille de mettre aussi leur intelligence au service de la Parole de Dieu, et ils verront que le Seigneur multipliera leurs capacités intellectuelles en leur donnant la connaissance non seulement par la raison mais aussi par la foi. A chacun d’identifier ce qui lui coûte et dont le don constitue un risque réel pour sa survie socio-politique, économique, culturelle, affective, familiale, etc.

A l’exemple de la veuve, et comme l’exprime si bien un chant d’offertoire inspiré de l’évangile et que je paraphrase à volo, donnons à Dieu tout ce que nous avons reçu, et notre Dieu nous le rendra au centuple. P. Jean OUSSOU-KICHO

Publié le 5 juin 2010.

20. Repères