
(Année liturgique 2009–2010 : C)
Première Lecture : Deutéronome 26.16–19
Psaume : Psaume 119.1–2, 4–5, 7–8
Évangile : Matthieu 5.43–48
Frères et sœurs bien aimés,
Au début de ce temps fort de carême, temps de réconciliation par excellence, il nous faut crier en toute confiance vers le Seigneur, non seulement en faveur de nous-mêmes ou de nos amis, mais surtout en faveur de nos ennemis ; c’est alors que nous comprenons l’enseignement de Jésus-Christ dans l’évangile de ce jour : « Vous avez entendu qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu ne feras pas de cadeau à ton ennemi. Mais moi je vous dis : aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent. C’est ainsi que vous serez les fils de votre Père des Cieux, lui qui fait briller le soleil sur les méchants comme sur les bons, et qui fait pleuvoir pour les gens honnêtes comme pour les malhonnêtes ». L’Ancien Testament parlait d’aimer le prochain, et il s’agissait de solidarité entre les membres du peuple de Dieu. Avec l’Évangile il s’agit de beaucoup plus que d’un élargissement : c’est l’entrée dans un monde totalement différent. La solidarité à l’intérieur du groupe s’appuie sur un instinct inscrit dans la nature. Mais les groupes sociaux n’existent et ne trouvent leur identité qu’en s’opposant à d’autres.
Tu ne feras pas de cadeau à ton ennemi. Cela ne se trouve pas tel quel dans la Bible, mais on en a l’équivalent en divers endroits (Dt 7.2). Parlant des ennemis de la nation et non des ennemis personnels, il est demandé de se méfier d’eux, de ne pas les aider (Esd 9.12) et même de les exterminer, plutôt que de partager leurs erreurs.
Si aujourd’hui, en bien des pays, on comprend que l’amour du prochain n’a pas de frontières, il faut bien reconnaître que c’est là un fruit de l’Évangile : Jésus nous a ouvert l’esprit sur l’amour du prochain qui prend pour modèle l’amour universel du Dieu Père. Il suffit d’ouvrir un journal pour voir que cet amour du prochain, quel qu’il soit, et même s’il appartient à un groupe social, ou national, ou religieux en lutte contre le nôtre, reste étranger à la plupart, même des croyants en pays chrétiens. Quand nous comprenons que chaque personne a sa place dans ce monde et que Dieu dirige tout pour le bénéfice de tous, nous voyons comme Dieu et nous sommes parfaits comme le Père est parfait. “Parfaits”, en un sens très réel, bien que gardant beaucoup d’imperfections.
Frères et sœurs, en ce temps de carême, Dieu nous donne la grâce de la perfection ; il nous revient de lui dire, comme dans la 1ère lecture, qu’il est notre Dieu ; et alors, marchons dans ses voies, observons ses préceptes, ses commandements et ses ordonnances et écoutons sa voix, cette voix qui nous appelle à l’amour des ennemis.