Méditation du Mercredi 7 Septembre 2011

Est heureux celui-là qui accomplit bien son devoir. Qui le fait mal ou le bâcle est malheureux. Est heureux celui qui mortifie ses membres terrestres et se désolidarise des vices qui ont pour noms, fornication, impureté, passion coupable, mauvais désirs, mensonge colère, emportement, malice, outrage, vilains propos, et cupidité pour songer aux choses d’en haut. Est heureux qui se dépouille du vieil homme pour revêtir l’homme nouveau. Est heureux celui qui recherche les biens d’en haut. Est heureux celui qui vit pour le ciel en revêtant des sentiments de tendre compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur, de patience. Et c’est justement parce que le bonheur n’est pas une réalité statique, mais dynamique qu’il faut le chercher et le rechercher. Saint Ambroise, en face des quatre béatitudes de l’évangéliste Luc et des huit béatitudes de Matthieu, dit que les huit renferment les quatre, comme aussi les quatre comprennent les huit et conclut que Luc a voulu tout ramener aux quatre vertus cardinales (la justice, la force, la prudence, la tempérance) et que Matthieu, dans les huit béatitudes, nous donne la signification mystérieuse du nombre huit, car ce nombre huit est la perfection de notre espérance, et comprend aussi toutes les vertus. Les deux Évangélistes mettent la pauvreté en tête des autres béatitudes ; en effet, elle est la première et comme la mère des vertus, parce que celui qui méprisera les choses du temps, méritera celles de l’éternité, et s’il veut obtenir la gloire du royaume des cieux, il faut nécessairement qu’il se dégage de l’amour du monde qui le presse de toutes parts. Heureux celui qui se sait pauvre, heureux celui qui sait qu’il n’a pas tout et qui ne compte pas que sur lui-même. Peut-être est-ce cela l’humilité : savoir désirer, savoir recevoir, accueillir, et vivre sa vie comme un chemin et une quête. Et ce chemin ne mène pas seulement au bonheur, il est le bonheur.

C’est Louis PERNOT, qui comparant les Béatitudes de Luc à celles de Matthieu, constate que Luc ne cite pas les quatre béatitudes positives, celles que nous préférons : « Heureux ceux qui ont le cœur pur, les miséricordieux, les artisans de paix et ceux qui sont doux. » Il ne garde que les quatre béatitudes négatives : « Heureux ceux qui sont pauvres, ceux qui pleurent, ceux qui ont faim et soif, et ceux qui sont persécutés » et discerne une mauvaise traduction lorsqu’on dit « Malheur à vous » Cela dit, les quatre « malheur à vous » que Luc adjoint au Béatitudes semblent inconcevables. « Bénissez et ne maudissez pas... » a dit lui-même le Christ. Or une étude du texte original montre que ce « malheur » qui revient plusieurs fois n’est que le fait de nos traducteurs. Il ne se trouve pas dans le grec. Le mot employé, « Ouaï », comme son correspondant hébreu « Hoï », ne veulent rien dire, ce sont des cris, comme « Aïe » en français. Voilà ce que dit Jésus : « Aïe aïe aïe vous les riches, prenez garde, vous risquez l’immobilisme et de vous tromper d’objectif. » Et contrairement à ce que nos traductions laissent penser, ce « Hoï » n’est pas forcément négatif, il se trouve ainsi en Ésaïe 55 où il est traduit positivement, dans un passage proche de nos Béatitudes : « Oh (Hoï) vous qui avez soif, venez vers les eaux, sans argent, sans rien payer... » Autrement dit : « Attention, ne restez pas sans rien faire, approchez, venez à Dieu. » Il est vrai que la pauvreté ou l’épreuve aussi recèle une tentation : celle de se décourager, de ne plus vouloir rien faire.

L’amour est la base de chaque béatitude. En effet, de la pauvreté à la persécution en passant par la miséricorde, la douceur et la pureté de cœur, chacune des béatitudes apporte sa note au chant de l’amour pour toujours, au chant de la joie à jamais : " Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse." Avant d’être un enseignement, un programme, une exigence, les béatitudes sont, sur les lèvres de Jésus, l’annonce du don de Dieu, dans les termes mêmes de la promesse. C’est la Bonne Nouvelle, qui ne peut être reçue "que dans la joie ". Les béatitudes, un message de joie, puisqu’elles sont proclamation d’une BONNE NOUVELLE. Quand Jésus invite au bonheur, c’est au prix d’un retournement profond de nos attitudes et de la conversion à un bonheur différent. Jésus n’a pas cherché à nous endormir avec des promesses d’un bonheur acquis à bon marché. C’est pour cela qu’il attire notre attention sur les risques de perte de bonheur, en disant « Malheureux ». Ce n’est donc pas pour nous maudire. Le Royaume existe bel et bien pour les pauvres, les purs, les affligés, les faiseurs de paix, les ajustés à Dieu... les humbles, les miséricordieux... C’est pour eux que Dieu a inventé un bonheur à la mesure de son cœur.

Que l’Esprit-Saint nous donne d’être de ceux-là que Dieu rend heureux.

Père Hermann Juste NADOHOU-AWANOU

Publié le 7 septembre 2011.

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