Jésus et ses disciples se retrouvent dans la région païenne de Tyr et de Sidon. Voici que s’approche une femme dont la foi s’est avérée, au bout du récit, remarquable au point où le Seigneur dise d’elle que sa foi est grande. La grandeur de la foi de cette femme a emprunté le chemin de l’humilité, en surmontant tous les obstacles qui pouvaient l’empêcher d’atteindre son but.
Voilà donc une femme païenne qui, du fait de sa religion, pouvait rester sur ses gardes et ne pas demander secours auprès d’un Juif. Elle se débarrasse plutôt de ce premier obstacle de différences religieuses et culturelles pour prier Jésus de venir au secours de sa fille. Après ce premier obstacle, il lui faut encore affronter le silence, voire l’indifférence de Jésus par rapport à sa requête. Sa cause semble ne pas intéresser le Christ. Pourtant, elle n’a pas cessé de crier sa préoccupation au point où les apôtres, embêtés, plaident au profit de la Cananéenne auprès de Jésus. Ce dernier n’a trouvé pour toute réponse, en territoire non juif, que la proclamation de son envoi chez les brebis égarées de la maison d’Israël. Au regard de nos contemporains, cette phrase est assez suffisante pour faire volte-face et maudire celui-là qui les traiterait avec si peu d’humanité. Mais une fois encore, la réponse de Jésus, loin de décourager la quêteuse de salut pour sa fille, la rapproche davantage de Jésus : paradoxale efficacité de l’humilité qui vient à bout de toutes les barrières. Même la dernière opposition du Christ qui traite à peu de choses près les Païens de petits chiens ne désarme pas la pauvre femme.
Au bout du rouleau, l’humilité extrême de la femme a eu raison de Jésus qui finit par reconnaître la grandeur de la foi de la Cananéenne. Elle a fait montre d’une humilité digne de ceux qui savent que devant le Seigneur, ils ne sont même pas comparables à un petit chien, qu’ils ne sont même pas dignes de se tenir sous la table du Maître. Son humilité est expression de sa foi.
Mes frères et sœurs, cette vertu de l’âme de la Cananéenne nous fait tellement défaut dans notre siècle. Et pourtant, Dieu n’opère jamais rien de grand dans la vie d’une âme qui ne s’humilie pas. Comme la Cananéenne, Marie, que tous les âges appelleront « Bienheureuse », n’a pas manqué de reconnaître qu’elle est l’humble servante du Seigneur. L’humilité est le chemin royal à prendre par chacun de nous pour bénéficier des grâces que le Seigneur nous donne en Jésus-Christ. Comme le dit Saint Paul en d’autres mots : « Lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort ».
P. Jean OUSSOU-KICHO