Méditation du Mercredi 31 Mars 2010

MERCREDI SAINT 31 MARS 2010

Chers frères et sœurs en Christ,

Chers amis,

Lundi, nous avons entendu le 1er chant du serviteur en Isaïe, mardi, nous avons écouté le 2ème chant du serviteur, et aujourd’hui, nous écoutons le 3ème chant qui annonce les souffrances du serviteur qui reste confiant. Dans l’évangile du jour, trois choses sont à retenir : le sens du traité conclu par Judas, les préparatifs du repas pascal et l’annonce de la trahison de Judas. Nous voudrions mettre en veilleuse la question du type d’assiette dans laquelle Jésus a mangé avec les disciples et la polémique exégétique à propos du prix de vente de Joseph dans l’AT et de Jésus dans le NT, pour découvrir en Jésus les attitudes à copier, et en Judas, les attitudes à rejeter.

Judas l’Iscariote, l’un des douze, c’est-à-dire l’un de ceux qui les premiers ont été l’objet d’une vocation sublime, va maintenant trouver les chefs des prêtres certainement réunis là où il pouvait les voir facilement, un peu comme s’il savait le lieu, la date et l’ordre du jour de la réunion. Il se détache donc du groupe des douze et s’en alla. Qu’est-ce qui l’oriente ? L’amour de l’argent. Puisque dans les versets précédant notre péricope et dont la variante johannique a été lue avant-hier, on le voit protester seul contre la perte du parfum à Béthanie. Et maintenant, il va voir les chefs des prêtres pour savoir à combien ils veulent prendre la marchandise, excusez le terme. "Et il dit aux princes des prêtres : Que voulez-vous me donner, et je vous le livrerai ?" Judas ne fixe pas de chiffre précis, mais il laisse aux acheteurs de déterminer le prix qu’ils veulent y mettre. Quel mauvais commerçant ! Et ces acheteurs semblent établir le prix de la vente sur le nombre d’années que le Sauveur avait passées dans le monde (30ans), mais en fait c’est le prix d’achat d’un esclave en Ex 21" trente pièces d’argent." Le marché conclu pour Judas et son argent empoché, il commence à chercher une occasion favorable pour livrer Jésus. C’est Saint Luc qui nous précisera plus clairement quelle était cette occasion favorable que cherchait Judas pour livrer Jésus : " lorsqu’il se trouverait seul avec les disciples et ne serait pas entouré des foules de peur qu’il ne s’élève quelque tumulte ou trouble parmi le peuple. Ne cherchons pas d’occasion favorable pour livrer voire trahir ni le Seigneur, ni ceux qui sont pour le Seigneur. Ne créons pas de toutes pièces des occasions favorables pour mentir sur ceux qui sont pour le Seigneur.

Matthieu nous relate les Préparatifs du repas pascal. "Or, le premier jour des azymes, les disciples vinrent trouver Jésus, et lui dirent : Où voulez-vous que nous vous préparions ce qu’il faut pour manger la Pâque ? " Le premier jour des azymes est le quatorzième du premier mois, où l’on immole l’agneau pascal ; c’est le jour où la lune est dans son plein, et où il était défendu de conserver de levain. Le premier jour des Azymes, c’est aussi le premier jour de la semaine durant laquelle on fête le Pâque (Mc 14,1) et durant laquelle on mange des pains non levés (azymes). "Les disciples vinrent donc trouver Jésus ce 1er jour des azymes, et lui dirent : Où veux-tu que nous te préparions ce qu’il faut pour manger la Pâque ? C’est la preuve que Jésus n’avait à lui, ni maison ni asile, et je suis porté à croire que le plus grand nombre de ses disciples n’en avaient pas non plus ; car ils l’eussent prié d’y venir célébrer la Pâque. "Jésus leur répondit : Allez dans la ville chez un tel," etc. Un tel, c’est celui que saint Marc et saint Luc appellent le père de famille ou le maître de la maison. Si donc saint Matthieu dit : "Allez chez un tel," c’est de lui-même et pour abréger son récit ; car chacun sait que personne ne peut formuler un ordre de cette manière : "Allez chez untel." Saint Matthieu, après avoir rapporté les paroles du Seigneur : "Allez dans la ville, ajoute donc de lui-même : "Chez un tel," non que le Seigneur se soit exprimé de la sorte, mais pour nous faire entendre qu’il y avait un homme dans la ville à qui le Seigneur adressait ses disciples pour lui préparer la Pâque. Il y a bien une nuance de précision dans cette imprécision. Car il est hors de doute que les disciples du Sauveur ne se soient pas adressés au premier venu, mais à un homme qu’il leur désignait d’une manière spéciale. Pour moi, ce que j’admire dans cet homme, ce n’est pas seulement qu’un homme qui ne connaissait pas Jésus-Christ l’ait reçu chez lui, mais qu’il ait méprisé, en le recevant, la haine générale à laquelle il s’exposait. Il n’a pas été un obstacle pour que le Christ matthéen se conforme à la loi jusqu’au bout ? en mangeant la pâque avec ses disciples, puisque “les disciples firent ce que Jésus leur avait commandé, et ils préparèrent la Pâque."

Et les voilà à table avec Jésus, le soir venu ; le soir, c’est-à-dire le moment où le soleil véritable, Jésus, approchait de son déclin. Judas est donc de retour et se conduisait en tout de manière à éloigner de lui le soupçon de trahison. Et pendant qu’ils étaient à table, Jésus leur dit : « L’un de vous va me livrer » ; « L’un de vous va me livrer », voilà un motif valable pour faire perdre l’appétit à un disciple sérieux. Le résultat, vous le savez ; les disciples furent contristés, et chacun d’eux commença à lui dire : Est-ce moi Seigneur ?", sauf Judas qui mît la main dans le plat avec Jésus. Jésus répond à la question des disciples fort attristés qui demandaient « Est-ce moi ? C’est Celui qui met la main dans le plat avec lui. Remarquez la pédagogie de Jésus, il ne confond point le traître par un reproche sévère et direct du genre « Hé, Toi, Judas, tu vas me livrer, malheur à toi », mais il commence par dire simplement et gravement d’abord « l’Un de vous » pour en appeler au témoignage de sa conscience en sauvegardant la dignité du pécheur, ensuite à une question des disciples, il dit « Celui qui met la main avec moi dans le plat » et enfin à la question de Judas lui-même, il dit « C’est toi qui l’as dit ». Certainement que si le Sauveur l’eût clairement et directement désigné, peut-être que Pierre le fougueux eût pu le mettre à mort sur le champ, ou tout au moins les fils du tonnerre, Jacques et Jean, l’eussent rôti. Chers frères et sœurs en Christ, c’est une ligne de conduite pastorale que Jésus laisse ainsi aux pasteurs et aux futurs pasteurs à propos de la dignité du pécheur à protéger et du péché à dénoncer. Pendant que les disciples fort attristés demandaient au Seigneur « Est-ce moi Seigneur ? », Judas mettait la main dans le plat avec Jésus et c’est après l’exposé du drame et du malheur auxquels s’exposait ce traître pour qui il valut ne pas naître, que Judas hasarde sa question « Est-ce moi Rabbi ? ». La vraie tristesse peut-elle souffrir de retard ? Judas a donc mis du temps à hasarder sa question dans une intention pleine de fourberie, et pour cacher son projet de trahison. Témoignage d’une flatterie hypocrite, ou expression de son incrédulité, puisqu’il ne dira pas comme les autres « Est-ce moi Seigneur », mais « Est-ce moi Rabbi » un peu comme s’il s’excusait de trahir le Rabbi qu’il niait comme Seigneur. Ou bien, il s’exprime ainsi par esprit de moquerie, appelant Maître celui qu’il croyait indigne de porter ce nom. Judas a certainement attendu que sa conscience fût mise à découvert devant lui, pour profiter du secret dont le Sauveur avait comme enveloppé ses paroles, joignant ainsi à son incrédulité une impudence et une félonie, l’autre nom de la ruse, pour se couvrir audacieusement de l’apparence hypocrite d’une bonne conscience. C’est le caractère particulier des hommes parvenus aux dernières limites du mal, de dresser après un repas pris en commun, des embûches à des hommes qui n’ont jamais nourri contre eux aucun sentiment de haine. Tels sont dans l’Église tous ceux qui tendent des embûches à leurs frères après s’être approchés souvent avec eux de la même table du corps de Jésus-Christ. Ne rendons pas présent dans le monde, ces dispositions pécheresses de Judas pour célébrer un bon triduum pascal et pour fêter de joyeuses Pâques dignes du Seigneur. Le Seigneur soit avec vous !

Abbé Hermann Juste NADOHOU-AWANOU

Publié le 31 mars 2010.

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