Méditation du Mercredi 22 Juin 2011

« Méfiez-vous des faux prophètes qui viennent à vous déguisés en brebis, mais au-dedans ce sont des loups voraces ». On peut en dire autant du faux chrétien. En face de cette incapacité des institutions traditionnelles (rois, juges etc) à discerner la vraie prophétie, de quels moyens peut-on disposer pour reconnaître le vrai prophète et démasquer le faux ? Un premier critère est le comportement. Mais en fait faudrait-il savoir ce qu’est un prophète.

Discerner le faux prophète du vrai n’est pas chose aisée. Le seul critère que le Christ énonce est ce fruit auquel on reconnaîtra le faux prophète : il viendra habillé en brebis, alors que c’est un loup vorace. La brebis se remarque par quatre caractères selon saint Thomas : d’abord l’adoration ou la vie de piété, ensuite la justice et la miséricorde, puis la pénitence et enfin l’innocence. Et tous ces caractères s’enracinent dans la foi et sont présentes dans la vie de foi d’Abraham « Abraham eut foi dans le Seigneur, et le Seigneur estima qu’il était juste ».

De quatre façons aussi, on peut identifier le faux prophète : premièrement, par la fausseté de l’enseignement ; deuxièmement, par la fausseté de l’inspiration ; troisièmement, par la fausseté de l’intention ; et quatrièmement, par la fausseté de la vie (hypocrisie). On doit se garder des faux prophètes parce que la vraie prophétie a pour objet le Christ. Toute prophétie est relative au Christ. Il n’existe d’autre moyen de discernement de la vraie prophétie que la parole du Christ. Le faux prophète se remarque par une certaine incohérence entre son discours et ses actions. Son cœur médite une chose, sa bouche dit une autre, son action manque de cohérence avec son discours. Il confond, manipule et ment à tous points de vue, politique, économique, scientifique... De cette figure du faux prophète, apparaît une façon vulgaire mais peut-être juste de considérer le prophète, celui-là dont la parole se réalise ou mieux celui-là par qui la parole de Dieu se réalise, celui-là par qui la parole de Dieu prend chair. Un portrait-type du prophète le présente comme cet homme indépendant à l’égard des pouvoirs, qui jouit d’une liberté de parole, marqué par un refus de complaisance vis-à-vis des puissants et des autres, une méfiance profonde devant les illusions, une rectitude éthique et une cohérence entre discours et actes, un refus d’une parole qui rassure à bon compte ; et, surtout, une parole qui pousse à la lucidité sans compromission et qui, au delà des apparences, s’attache à mettre en lumière les enjeux cachés en invitant à faire les choix qui sont pour la vie.

Le vrai prophète peut nous bousculer mais c’est pour nous mettre en contact avec Dieu et la gratuité est l’une des marques de l’authenticité de sa prophétie. Dans la Bible, les vrais prophètes n’en manquent pas : Elie, Elisée, Jérémie, Ezéchiel Joël, Michée, Amos, Sophonie et autres qui se reconnaissent à leur récit d’envoi en mission. Leur vie prouve qu’ils ont reçu un mandat divin pour la mission et qu’ils sont envoyés vers les hommes. Ils sont des gens moralement au point. Le critère de moralité n’est donc pas négligeable pour une prophétie crédible, puisque là il s’agit de la fidélité à l’alliance de Dieu et à l’esprit de la Torah.

Seigneur, préserve-nous des faux prophètes et garde-nous d’être de faux prophètes pour nos frères et sœurs.

Père Hermann Juste NADOHOU-AWANOU

Publié le 22 juin 2011.

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