
Frères et sœurs en Christ, chers amis,
Dieu est plus proche des petits que des sages et des savants. Moïse, en 1ère lecture, se déchaussera en signe de respect envers Dieu. Les artistes le montrent, lui Moïse, déjà âgé, avec sa barbe grise, son cou décharné et ridé, et son pied nu aux veines saillantes, en train d’achever de se déchausser, signe de respect. Il lève la main droite en visière au-dessus de la tête, pour se protéger de la vision céleste : « Alors Moïse se voila la face, car il craignait de fixer son regard sur Dieu » (Exode 3,6). Dieu se révèle aux tout-petits, aux humbles, à ceux-là qui se sont empressés d’accueillir le Christ sans aucun doute intérieur, des gens sans instruction et sans éducation. Les sages et les savants sont des orgueilleux par opposition aux petits. La joie du Seigneur vient exclusivement de ce que les petits ont connu ce que les sages ont ignoré. Qu’est-ce que Dieu a caché aux sages et aux savants ? Il leur a caché au moins le pouvoir de chasser les démons et bien d’autres pouvoirs, il n’y a aucun produit en pharmacie par exemple pour chasser les démons. La condition pour avoir ce pouvoir, c’est de se faire petit, en allant au baptême pour naître de nouveau de l’eau et de l’Esprit. Nicodème avait certainement senti que quelque chose était caché aux sages et aux savants et qu’il pouvait découvrir cela au contact de Jésus. Et on se fait petit en allant au baptême, c’est cela naître de l’eau et de l’Esprit-Saint dont parlait Jésus à Nicodème, qui n’avait pas découvert quelque chose de grand dans le cercle des sages et savants qu’il fréquentait.
Moïse se déchausse devant un buisson qui brûle sans se consumer, un peu comme on se déchausse en entrant dans un temple. Le buisson brûle sans se consumer c’est-à-dire sans fumée et sans que ses branches disparaissent, mais on voit des flammes. Les Pères de l’Eglise n’hésitent pas à considérer la Vierge de l’annonciation comme ce buisson ardent qui brûlait sans se consumer. Le buisson qui brûle sans se consumer c’est l’image de la virginité de Marie, disent-ils : « Rubum quem viderat Moyses incombustum conservatam agnovimus tuam laudabilem virginitatem sancta Dei genitrix », ce qui signifie : « (Dans) le buisson que Moïse avait vu et qui restait non consumé, nous reconnaissons ta virginité digne de louange, sainte Mère de Dieu », qui est le texte d’une antienne des vêpres du jour de la Circoncision. Un autre texte, très fameux à la fin du Moyen Âge et qui a eu une grande influence sur les artistes, Les Révélations de sainte Brigitte, évoque la même interprétation mariale du Buisson ardent. Au Christ demandant à Brigitte ce que signifie le buisson de Moïse qui brûle sans se consumer, la sainte répond : « C’est la Vierge fécondée par le Saint-Esprit qui enfanta sans lésion. » Ainsi, l’image du Buisson ardent qui brûle sans se consumer évoque la maternité virginale de Marie. Elle peut aussi signifier le Christ lui-même qui, malgré ses souffrances et sa mort, n’a rien perdu de sa divinité. Ou encore l’Eglise Catholique traversant le cours de l’histoire sans couler.
Demandons à l’Esprit-Saint de nous donner cette humilité pour entrer dans cette science de Dieu cachée aux sages et aux savants, et pour être sujets ou objets de la louange de Jésus.
Père Hermann Juste NADOHOU-AWANOU