Depuis Mt 16, 21, nous sommes dans les enseignements de Jésus sur l’Eglise. Notre péricope de ce jour traite proprement de la nécessité de la correction fraternelle dans la communauté chrétienne. L’accent ici est pourtant mis à la fois sur la correction elle-même et sur sa dimension fraternelle. Et pour cela, toute une pédagogie est proposée par le Christ mathéen, une pédagogie à trois échelles qui va s’intensifiant dans le choix des témoins. On peut y voir la volonté manifeste, pour le Christ, de ne pas condamner tout de suite le frère fautif, mais celle de chercher les voies et moyens pour qu’il ne persiste pas dans son péché et retrouve toute sa place dans la communauté des frères.
Cette leçon du Christ nous invite à avoir de la retenue dans la condamnation et la diabolisation du frère. Et pourtant, bien souvent, notre vie quotidienne, semble ne pas tenir compte de cette remarque du Maître. Combien de personnes n’effaçons-nous pas dans nos vies quand elles viennent à nous offenser ? On ne veut plus entendre parler d’elles. Si au pire on ne leur rend pas le coup, on les considère comme n’existant plus. On n’ose même pas s’approcher d’elles pour les reprendre et faire la paix. Un autre désastre est que l’on peut voir le frère ou la sœur sombrer dans le mauvais et ne rien dire pour la seule raisons que l’on ne se sent pas immédiatement concerné par son égarement. C’est ainsi que l’on voit des gens qui violent la morale élémentaire de l’Eglise au nez de ses frères et sœurs chrétiens et sans interpellation aucune de la part de ces derniers. On ne veut pas parler pour ne pas essuyer des rebuffades. Le jugement précoce du frère et son exclusion en même temps que nos silences coupables et complices empoisonnent nos communautés et engendrent la crise de confiance et de transparence. Les communautés soudées sont celles qui vivent de la correction fraternelle faite dans la charité et qui ne se hâtent pas de juger mais d’aimer et d’entraider.
Il faut d’ailleurs inventer tous les chemins pour faire comprendre au frère sa faute et l’avertir sur le danger qu’il encourt car une sentence ecclésiale d’exclusion, disons d’excommunication, est ratifiée dans le ciel : « Amen, je vous le dis : tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel ». Même si toutes les démarches échouaient, on ne devrait pas jeter les armes : il faut constamment recourir à la prière et à la volonté du Christ en lui demandant son Esprit non seulement pour la communauté mais aussi pour le frère. Car, celui qui se trompe, s’il est dans l’erreur de bonne foi, même s’il refuse d’écouter la communauté, il ne pourra pas résister à l’Esprit-Saint. Que l’Esprit qui conduit à la lumière de la vérité unisse les communautés divisées par la désobéissance, éclaire les frères et sœurs qui s’éloignent de l’Eglise du fait de leur égarement et garde les chrétiens dans l’unité et la fidélité à
l’enseignement de Jésus.
P. Jean OUSSOU-KICHO