L’Evangile de ce jour nous invite à renter progressivement dans l’action de grâce, une action de grâce qui ne se limite pas seulement à l’extérieur mais qui descend au plus intime de l’homme. Dix lépreux ont en effet vu leur demande de purification exaucée. Il se passe que ces hommes, par leur guérison, se trouve du coup réconcilier non seulement avec eux-mêmes mais aussi à la société dont ils sont exclus. Du coup, ils redeviennent des hommes de droits et non des prisonniers de la maladie. Leur guérison a pour implication immédiate leur intégration à la société, à leur famille naturelle comme à celle religieuse. Pour eux commence une nouvelle vie. C’est ici que la merveille du Seigneur éclate. Dieu travaille à réconcilier les hommes entre eux en dissolvant les clivages socio-culturels qui existent entre eux, Lui qui, faisant fie des distinctions humaines répand sa grâce sur tous, sans aucun mérite de notre part. D’ailleurs Saint Paul l’affirme clairement dans la première lecture de ce jour : « Mais lorsque Dieu, notre Sauveur, a manifesté sa bonté et sa tendresse pour les hommes, il nous a sauvés. Il l’a fait dans sa miséricorde, et non pas à cause d’actes méritoires que nous aurions accomplis par nous-mêmes. ». C’est ainsi que chaque jour le Seigneur fait lever le soleil de sa providence sur tous les hommes du monde entier, les bons comme les mauvais. La création tout entière, et la société des hommes dans leur globalité doit rendre grâce à Dieu pour cela.
Le second niveau de l’action de grâce se situe non plus au niveau du collège des dix mais à celui d l’individu. La gratitude passe du groupe des dix lépreux au seul Samaritain. Parce qu’il est revenu dire merci à Dieu pour sa guérison, le Seigneur a continué en lui l’œuvre immense de sa miséricorde en le guérissant jusqu’aux tréfonds de son être, en le réconciliant à lui : « Ta foi t’a sauvé ». C’est donc la reconnaissance de la bonté du Seigneur qui donne la preuve de notre disponibilité à rentrer dans le salut que Dieu donne. L’expérience du Samaritain reconnaissant me rappelle un autre passage évangélique où Jésus disait : A qui s’est montré fidèle en peu de choses, on confiera beaucoup. A qui s’est montré indigne dans la gestion du peu, on enlèvera même ce qu’il croit posséder ». Le plus incomparable que reçoit ici le Samaritain est le salut dans lequel il est désormais introduit. La comparaison n’est pas à faire entre les deux réalités. Le Samaritain jouit de la plénitude de la guérison, à la fois du corps et de l’âme, tandis que les 9/10 ou les 90% ne se sont limités qu’à l’aspect corporel, estimation qui reflète vraisemblablement l’idée que se fait la masse des hommes du salut qu’apporte le Christ. Tous en effet sont purifiés mais un seul va jusqu’au bout du cheminement spirituel : il découvre en Jésus non seulement un sauveteur d’une situation incommode mais aussi le sauveur de la vie. Son attitude provoque en nous un examen de conscience sur les vraies motivations de nos prières de demandes et surtout sur notre attitude postérieure à la demande. Sommes-nous dans le salut par l’action de grâce ou ailleurs ? A nous de répondre individuellement à cette question pour opérer dès maintenant les réglages nécessaires dans notre vie, pour jouir du salut de Dieu. Que l’Esprit du Seigneur nous y aide.
Amen
Père Jean OUSSOU-KICHO