Méditation du Mardi 6 Avril 2010

Des pleurs à la reconnaissance du Seigneur.

Le passage évangélique que l’Eglise notre Mère nous donne de méditer en ce deuxième jour de l’octave pascal met devant nous Marie Madeleine à qui le Seigneur apparaît au matin de la résurrection. L’évangile s’ouvre sur Marie Madeleine au tombeau et se referme sur cette même figure, cette fois-ci en tant que « apôtre de Jésus » auprès des onze et des autres disciples. Entre la Madeleine qui reste figée là dehors à pleurer, et celle qui joyeuse s’en va annoncer la merveilleuse nouvelle de l’apparition du Seigneur, il y a d’abord eu la rencontre avec le Ressuscité, rencontre sans laquelle Marie continuerait de pleurer tout la journée durant.

Il me plaît de faire remarquer que le dialogue avec les deux anges et celui avec le gardien se déroulent dans les larmes. Dans les larmes du désespoir, Marie Madeleine n’est pas sensible à la présence mystérieuse de ces deux hommes vêtus de blanc dans le tombeau de Jésus, pas plus qu’elle ne s’émeut à la vue de Jésus qu’elle prenait pour le gardien. Elle ne reconnaît ni les anges ni Jésus parce qu’en elle se trouve le désespoir, la tristesse et l’angoisse manifestes ici par les larmes qui dominent la première partie de l’Evangile. Cela nous enseigne en cette première semaine pascale que la tristesse et les jérémiades nous empêchent de découvrir la présence des amis de Dieu, la présence même de Dieu dans notre vie. Jésus était devant elle, et à cause des larmes, qui jettent en elle le trouble et lui font perdre sa sérénité, elle est empêchée de reconnaître Jésus dans le gardien qu’elle voit. Ces larmes de Marie Madeleine sont encore d’actualité. Beaucoup de personnes, au cœur des événements dramatiques qui les secouent, beaucoup dis-je, emplissent leur vie de larmes et restent pour longtemps inconsolables alors qu’au milieu de leurs souffrances, le Seigneur est plus que jamais présent et veut, par cette présence, changer leur deuil en allégresse. En cette semaine, il convient que nous séchions nos larmes en essayant justement, autant que faire ce peut, de discerner la présence du Seigneur au moment fort de nos douleurs.

Dieu lui-même, heureusement encore, n’est pas présent de manière passive pendant que les peines nous accablent. Lui-même se révèle comme pour venir en aide à la faiblesse de notre humanité. C’est lui qui engage le dialogue et comme si cela ne suffisait pas, l’initiative vient de lui de se faire reconnaître par l’interpellation immédiate, c’est-à-dire, sans intermédiaire, de la femme par appellation du nom de Marie, d’une manière dont lui seul en a le secret, pour qu’on puisse le reconnaître tout de suite sans détour. Marie Madeleine la reconnaît ipso facto comme son Maître. Il ne se révèle pas pour que tout demeure comme avant, pour ne pas mettre en mouvement. Il se révèle et attend de nous une réponse positive. Ici, le Seigneur refuse à Madeleine de vouloir le garder pour elle seule. Elle l’envoie en mission et elle obéit, signe évident de sa participation à la révélation par initiative personnelle et gratuite du Ressuscité à sa personne.

Reconnaître le Seigneur ressuscité et l’annoncer à nos frères, c’est l’objectif que poursuit l’évangile de ce jour. Mais pour y arriver, il a fallu pour le Seigneur guérir Madeleine en ôtant de son cœur et de sa vie l’amertume et la peur (il fera la même chose à l’endroit de ses disciples encellulés, interdits et paralysés par la peur des autorités juives) avec cette touche spéciale que le Seigneur a d’appeler chacune de ses brebis par leur nom. Allons comme Marie Madeleine annoncer à nos frères que Jésus mort est ressuscité pour nous libérer de l’angoisse et ouvrir nos vies à un avenir plus radieux en lui.

P. Jean OUSSOU-KICHO

Publié le 6 avril 2010.

Repères