Méditation du Mardi 30 Mars 2010

Frères et sœurs en Christ,
Chers amis,

Dans le deuxième chant du Serviteur en Isaïe que nous avons écouté en 1ère lecture, Dieu établit son serviteur comme lumière des peuples, pour que le salut soit porté jusqu’aux extrémités de la terre par ce serviteur en qui il se glorifie. Et dans l’évangile, nous constatons que cette gloire du serviteur Jésus doit passer par le scandale de la croix. A l’heure de passer de ce monde à son Père, Jésus fut bouleversé au plus profond de lui-même. On peut bien se demander ce qui pourrait troubler Jésus. Est-ce l’imminence de la passion ou le fait que Judas, tout autant proche de lui que les autres, ne pourrait pas bénéficier du salut qu’il apporte ? Ce peut bien être par sentiment de compassion pour Judas qui allait se perdre que Jésus fut profondément troublé puisque la suite de la phrase nous dit qu’il attesta « L’un de vous me livrera ». L’âme du chrétien peut donc légitimement être troublée, non par la souffrance, mais par un sentiment de compassion. « L’un de vous va me livrer ». Mais comme il n’avait pas désigné le traître par son nom, ils sont tous de nouveau saisis de frayeur. Et ils se regardaient l’un l’autre, ne sachant de qui il parlait. Simon-Pierre le vivace qui prenait souvent la parole cherche à savoir par des signes ce qu’il désire par l’intermédiaire de Jean qui se penche sur la poitrine du Seigneur et demande : « Seigneur, qui est-ce ? » Cependant Jésus ne fait pas encore connaître par son nom le traître disciple : « Jésus lui répondit : C’est celui à qui je présenterai le pain trempé. » Cette manière de le faire connaître avait pour but de lui faire changer sans doute de résolution ; et puisqu’il n’avait point rougi de s’asseoir à la même table que son divin Maître, il devait rougir au moins en mangeant le même pain. « Et ayant trempé du pain, il le donna à Judas Iscariote, fils de Simon. » « Et quand il eut pris ce morceau, Satan entra en lui. » Nous devons éviter de recevoir les grâces du ciel dans de mauvaises dispositions « Et Jésus lui dit : Ce que tu fais, fais-le vite. » Et Judas se hâte d’accomplir, sans aucun retard, son criminel dessein. L’Evangéliste ajoute : « Or, il était nuit, » La circonstance du temps fait ressortir la nature et la fin de l’action. La nuit et la complicité avec la nuit. Christ est lumière et il éclaire nos nuits, nos nuits d’angoisse existentielle « Et maintenant le Fils de l’homme va être glorifié ». Il ne s’agit pas ici de la gloire du Fils unique et immortel, du Verbe de Dieu, mais de la gloire de l’homme qui est né de la race de David. La chair qu’il a prise à David est susceptible d’une nouvelle gloire. En effet, Dieu donne l’immortalité à la nature humaine et la croix fera bientôt éclater cette gloire : le soleil s’éclipsa, les rochers furent brisés, et un grand nombre de ceux qui étaient morts ressuscitèrent. Judas part sceller son sort avec les chefs des prêtres et Jésus entrevoit déjà la gloire de sa résurrection en vertu de cette mystérieuse disposition qui le soumet à son Père. La gloire ici n’est donc pas la réunion des louanges, mais notre participation à l’éclat de la splendeur de la divinité, notre participation aux perfections du Père. « Mes petits enfants, je ne suis plus avec vous que pour un peu de temps ; » Il appelle ses disciples, mes petits enfants pour les distinguer des Juifs mais aussi pour leur montrer qu’il les enfante dans l’Esprit-Saint, pour leur montrer l’affection, l’amour qu’il a pour eux. L’expérience humaine prouve en effet que, c’est lorsque nous voyons une personne qui nous est chère sur le point de nous quitter, que nous sentons notre affection pour elle redoubler, surtout lorsque nous la voyons partir pour des lieux où il nous est impossible de la suivre. C’est alors que Pierre qui avait fait signe à Jean de demander à Jésus le coupable, vante l’ardeur de sa volonté et sous-estime ses faiblesses « Seigneur, pourquoi ne puis-je pas te suivre maintenant ? Je donnerai ma vie pour toi ». Mais Jésus le reprend « Le coq ne chantera pas avant que tu m’aies renié trois fois ». Le Seigneur permet la chute de Pierre pour le préparer au gouvernement de l’Eglise, pour lui faire comprendre qu’il ne peut compter sur ses propres forces d’homme à la suite du Christ. Qu’il nous aide à célébrer dignement ses mystères pour sa plus grande gloire et notre salut.

Abbé Hermann Juste NADOHOU-AWANOU

Publié le 30 mars 2010.

Repères