
2 Rois 5, 1-15a // Psaumes 41 (42) et 42 (43) // Luc 4, 24-30.
Il n’est pas rare d’entendre, d’écouter ou de lire un texte d’évangile qui nous fasse plaisir. Et l’évangile nous fait d’autant plus plaisir qu’il caresse nos envies, qu’il conforte nos habitudes et nos aises, qu’il bénit tout ce qui nous concerne. Mais il nous faut comprendre que le destin de l’évangile ne sera jamais d’être orienté pour ou contre l’homme ; l’évangile est Parole de Dieu en nos vies, il est chemin de salut, l’évangile est Parole jetée au cœur de tout homme. Comme tel, l’évangile s’adresse à tous les hommes de toutes situations et de toutes conditions de vie. L’évangile ne se soucie jamais de bousculer ou de déranger qui que ce soit. C’est eu égard à sa position, eu égard aux dispositions de son cœur, que l’homme se sent dérangé, bousculé ou non par l’évangile qui lui est adressé. C’est précisément la scène que relate l’évangile de ce jour : Jésus est à Nazareth, dans son fief pourrions-nous dire ; il y exprime une vérité née d’un constat : aucun prophète n’est bien accueilli dans son pays. Il rappelle que, c’est en vertu de cela que beaucoup de prophètes comme Elie et Elisée ont été envoyés par Dieu ailleurs qu’en Israël. Pour cette parole-là, Jésus s’attire la furie et la foudre de ses auditeurs qui décident de le précipiter de la colline. Cette violence ou ce désir de violence exercée sur Jésus confirme au plus haut point la parole qui lui vaut justement la menace d’être précipité du haut de la colline. La vérité de l’évangile est salut dans la vie de celui qui l’accueille ; c’est seulement la vérité acceptée pour ce qu’elle est et pour ce qu’elle apporte, qui sauve l’homme. Tuer ou bâillonner le prophète ne sert à rien, on ne tue pas la vérité en tuant le proclamateur de la vérité, pas plus qu’on ne tue pas la trahison en tuant le traître. La vérité, elle, transcende l’homme. Il faudrait infiniment mieux encore que les ennemis de la vérité s’acharnent à tuer non pas le porteur ou le proclamateur de la vérité, mais plutôt la vérité elle-même. C’est la condition pour la voir disparaître. Mission impossible face à la vérité qui est insaisissable comme matière. La vérité est immatérielle ; elle est la seule denrée qui subsistera d’âge en âge même si nous nous employons à la faire taire ou à tuer ceux qui nous l’annoncent par leur proclamation ou par les actes de leur vie. Et comme seule la vérité de l’évangile libère, lions-nous d’amitié avec elle pour enfin nous laisser transformer, de l’intérieur par elle. C’est l’unique clef de notre conversion.