On ne peut pas ne pas se laisser remplir de consolation et de joie à la lecture de cet extrait du prophète Isaïe (Is 35, 1-10) où Dieu lui-même s’occupe de renverser les situations. Alors que le pays Edom est puni pour ses prétentions orgueilleuses, le Seigneur habille de gloire et de splendeur Jérusalem : c’est une véritable re-création : le mal n’a plus droit de cité, l’homme est restauré dans sa dignité.
On comprend du coup ici le vocabulaire très imagé et très vivant de l’écrivain sacré quand il voit que le désert, le pays aride, redore la splendeur et la verdeur du Liban, que les défaillances ou déficiences humaines (physique, intellectuelle, morale, spirituelle…) soient corrigées, que les broussailles deviennent des roseaux… La description est chargée de vie et de lumière avec un refrain de joie, d’allégresse, d’exaltation-exultation avec pour point culminant de son expression le tout dernier verset qu’il me plaît de vous faire lire : « Ils reviendront, les captifs rachetés par le Seigneur, ils arriveront à Jérusalem dans une clameur de joie, un bonheur sans fin illuminera leur visage ; allégresse et joie les rejoindront, douleur et peine s’enfuiront ».
Ces verbes au futur ont connu leur présent dans le peuple d’Israël pendant le retour de l’exil. Et aussi important que cela soit dans l’histoire du peuple d’Israël, cette joie que Dieu accorde à son peuple n’est que figure du bonheur dans lequel Jésus nous introduit depuis son incarnation. D’ailleurs, à peu de différences près, on perçoit spirituellement, une symétrie entre la première lecture et l’Evangile. Cette prophétie de Dieu dans l’Ancien Testament se réalise pleinement dans le Nouveau. Dans la péricope évangélique, Jésus guérit un paralytique ; il le remet debout, il le remet en route. Il lui fait quitter sa position statique pour créer en lui le dynamisme du mouvement, par la marche et la mise en route. Et surtout, Jésus atteint jusqu’à l’intime de ses faiblesses et de son immobilisme : il le guérit dans son âme par la rémission de ses péchés ; il purifie sa volonté de ses velléités.
Jésus est donc celui-là que Dieu envoie pour « re-créer » un homme nouveau à son image par la guérison des cœurs et des corps. La stupeur qui débouche sur l’action de grâce de la foule à la fin de l’Evangile, en correspondance au verset conclusif de la première lecture, est l’expression de la conscience que les hommes prennent de la proximité de Dieu et la nécessité pour eux de rendre gloire à Dieu.
Après lecture et méditation personnelles de ces textes d’une richesse spirituellement insondables, c’est le moment pour nous de faire nôtres les sentiments qui furent ceux des fils d’Israël et de la foule témoin de la guérison du paralytique : laisser notre espérance envahir par une joie légitime d’action de grâce à Dieu. Et pour cela, mettons notre confiance en Dieu qui s’occupe de nous plus que nous-mêmes, lui qui viendra panser nos blessures et verser la joie dans nos vies.
Et si mes frères et sœurs, nous faisions encore un pas en avant, un saut de la foi, en nous convainquant que le bonheur que Dieu nous donne sur cette terre n’est lui aussi qu’une figure du bonheur eschatologique, quand Dieu sera tout en tous ? Comment exprimerions-nous notre joie en ce moment ?