Méditation du Lundi 28 Juin 2010

Autant le prophète Amos est radicale dans la 1ère lecture, autant Jésus l’est dans l’évangile du jour. Le prophète Amos bouscule, interpelle Israël sur son infidélité sans mesure, ses injustices sans nombre. L’enseignement de Jésus sur la montagne est terminé, Jésus descend de la montagne, un lépreux profite de son passage, puis un centurion ; et pour ne pas renvoyer directement la foule, Jésus donne l’ordre de partir sur l’autre rive. Et voilà qu’un scribe laisse s’exprimer son admiration pour l’enseignant Jésus qui guérit « Maître, je te suivrai partout où tu iras ». Lui aussi n’est pas moins radicale dans sa décision, mais sa radicalité laisse à désirer, si l’on s’interroge sur les vrais motifs pour lesquels il veut suivre le Christ partout. Il a vu Jésus enseigner et faire des miracles, donc il veut profiter de ses œuvres. Ce n’est pas la personne du Maître qu’il recherche, c’est le gain qu’il espère en retirer qui est plus important. Alors Jésus lui répond " Les renards ont des terriers, et les oiseaux du ciel des nids, mais le Fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête ". Autrement dit « je n’ai pas où reposer ma tête, je veux bien que tu me trouves une place dans ton cœur, que ton amour pour moi soit sans hypocrisie et tu pourras me suivre comme tu le désires, car me suivre, c’est partager ma vie ». Les pères de l’Eglise, devant cette figure de renards et d’oiseaux que Jésus évoque, lisent facilement la ruse légendaire du renard qui en sortant de son terrier ne marche jamais sur un droit chemin, mais préfère les sentiers détournés et aussi l’orgueil ou la vaine gloire passagère de l’oiseau qui vole le plus haut possible, mais lorsqu’il a faim ou est fatigué, il se souvient qu’il y a quelque chose qu’on appelle terre ou arbre (nid) qui peut être utile à son repos. Le disciple de Jésus doit marcher sur des sentiers droits et être à la hauteur de ses contemporains dans l’humilité.
Un autre des disciples de Jésus lui dit : " Seigneur, permets-moi d’aller d’abord ensevelir mon père ". Quelle différence entre le scribe et ce disciple ! Ce disciple suivait déjà Jésus et il ne demande pas s’il doit le suivre, puisqu’il croit déjà que c’est une obligation pour lui de le suivre, mais il demande simplement qu’il lui soit permis d’aller ensevelir son père par sentiment de piété filiale et il appelle Jésus, « Seigneur » contrairement au scribe qui appelle Jésus Maître. La réponse de Jésus est nette « Suis-moi et laisse les morts enterrer leurs morts ». Jésus ne nous commande pas de refuser à nos parents l’honneur qui leur est dû quand ils vont mourir ; il nous apprend à ne rien voir de plus nécessaire que l’affaire de nos intérêts éternels, à nous y appliquer avec toute l’ardeur possible, sans le plus léger retard, quelque inévitables, quelque irrésistibles que soient les attachements qui nous retiennent. Car quoi de plus nécessaire, et aussi quoi de plus facile que d’ensevelir son père ? L’accomplissement de ce devoir ne demandait pas grand temps. Par là encore le Seigneur a voulu nous arracher à une multitude de maux, à la douleur, à l’affliction, et à tout ce qui accompagne de semblables accidents. Après les funérailles, en effet, seraient venus les débats sur le testament, le partage de la succession, les héritages, les disputes inutiles et houleuses sur le déplacement du corps de maison en maison, sur le lieu de l’enterrement et toutes ces agitations successives qui auraient pu l’éloigner considérablement de la vérité et de la vie qu’apporte le Christ. Pourquoi ce disciple n’a-t-il pas plutôt demandé à Jésus de ressusciter son père, de lui redonner vie ? Ou bien c’était trop demander à Jésus à ce moment ? Ou ignorait-il la force de sa puissance ?
" Laisse les morts ensevelir leurs morts’’. C’est une interpellation à découvrir que Dieu est premier, qu’il est le Maître de la vie. Il est le centre de gravité de toute l’humanité, et que lorsque la Vie interpelle, lorsque la Vie se manifeste, on ne peut qu’y adhérer. Le mort serait donc celui-là qui refuse d’adhérer à cette Vie, ou celui-là qui vit mal, dans l’infidélité à Dieu, dans la surdité aux appels de Dieu. Si donc c’est aux morts à ensevelir les morts, nous devons prendre soin des vivants et être des vivants, de peur de ne pas être morts avant que de mourir véritablement. Que l’Esprit-Saint soutienne notre marche à la suite du Christ.

Père Hermann Juste NADOHOU-AWANOU

Publié le 28 juin 2010.

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