Méditation du Lundi 19 Avril 2010

2ième semaine de Pâques // Année C
Actes des Apôtres 6, 8-15 // Psaume 118 (119) // Jean 6, 22-29. Nous sommes au lendemain de la multiplication des pains, nous sommes plus précisément au lendemain du jour où Jésus a nourri la foule avec les pains multipliés ! Pour le pain offert, reçu et mangé gratuitement, les foules accourent, les foules cherchent avec frénésie le multiplicateur. Regardez les efforts et les sacrifices que consentent des vies humaines entières pour la probabilité d’un pain semblable au pain reçu la veille : la foule est restée sur place jusqu’au lendemain, et dès qu’elle a la preuve que non seulement que Jésus n’est pas là mais encore qu’il pourrait même ne pas arriver là où on l’attend, la foule prit les barques et se dirigea vers Capharnaüm à la recherche de Jésus. Jésus est donc bien recherché, mais il n’est pas recherché pour Lui-même, il est recherché pour le pain qu’il a multiplié, pour le pain qu’il peut encore multiplier, il est recherché parce qu’avec Lui, on pourrait ne jamais manquer de pain. Notons et reconnaissons que nous avons à assainir les mobiles pour lesquels nous recherchons souvent Dieu, les motifs pour lesquels nous adorons Dieu, les raisons pour lesquelles nous courrons au devant de Dieu. A quels moments de notre recherchons-nous le Seigneur ? Ayant trouvé Jésus sur l’autre rive, les foules osent d’ailleurs formuler en questionnement leur étonnement, étonnement qui n’est, à la vérité, qu’un joli reproche déguisé et camouflé : « Rabbi, quand es-tu arrivé ici ? » La question porte un non-dit ou un sous-entendu : « Rabbi, quand es-tu arrivé ici [alors que nous, nous te recherchons afin que tu nous donnes encore du pain] ? »
Les sacrifices qui coûtent le plus à l’homme sont malheureusement des sacrifices pour le périssable ; les sacrifices qu’il accepte et supporte avec facilité sont de l’ordre des causes les plus matérielles c’est-à-dire pour la nourriture qui passe et qui est vraiment déjà passée. L’homme est en mesure de se priver de sommeil toute une nuit pour quelques pécules à rassembler, pour un don à recevoir, pour une offre qui lui est promise. Au même moment, le même homme dédaigne et bannit tout effort qui le tend vers un ailleurs, tout effort vers ce qui n’est pas matériel, vers ce qui représente le long terme ou le pour-toujours : « ne travaillez pas pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui se garde jusque dans la vie éternelle… ». La vie chrétienne est une marche avec le Christ, à la suite du Christ pour le Dieu qu’il est. La vie chrétienne consiste à rechercher Dieu parce qu’il est Dieu. Quelque chose de fort se brise dans une amitié où l’ami recherche l’ami pour les dons qu’il lui fait. Toute amitié est très vite asphyxiée par la recherche et la course aux intérêts. C’est Dieu recherché pour Dieu qui réalise les miracles de nos vies, c’est lui qui accomplit aujourd’hui encore des prodiges et des signes éclatants parmi le peuple ; ce Dieu est aux antipodes du Dieu que nous recherchons pour notre profit et pour nos satisfactions. Jésus-Christ n’a jamais été un sac à profits prêt à s’ouvrir toutes les fois où notre intérêt nous draine vers Lui.
Père Frédéric Serge KOGUE

Publié le 19 avril 2010.

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