(Année liturgique 2010–2011 : A)
Première Lecture : Apocalypse 11.19—12.6, 10
Psaume : Psaume 45.11, 12, 16
Deuxième Lecture : 1·Corinthiens 15.20–26
Évangile : Luc 1.39–56
Frères et sœurs,
Aujourd’hui, nous fêtons l’Assomption de la très Sainte Vierge Marie et la Parole de Dieu nous éclaire sur l’identité de cette Vierge et le dessein de Dieu sur elle et sur l’humanité. En effet, l’Assomption est un dogme de foi promulgué par Pie XII en 1950 ; ce dogme fut actualisé par Vatican II. Mais quand l’historien tente d’expliquer cette Assomption, il remonte au IVème siècle :
Epiphane avait posé peu avant 377 la question : « comment finit la vie terrestre de Marie ? » cette question improvisée qui n’eut pas d’écho immédiat, du moins à notre connaissance, prend de l’importance lorsqu’on commence à célébrer une fête de la Vierge. Alors un vif mouvement d’intérêt se dessine. Nous comprenons maintenant pourquoi la fête d’un Saint était normalement le jour de sa mort : son dies natalis. Ainsi, la fête de la Theotokos est-elle considérée comme une commémoration du jour où elle sortit de ce monde. On devine la curiosité des fidèles et l’embarras des pasteurs : comment Marie a-t-elle quitté cette terre ? […].
L’effort théologique qui a ainsi commencé au 4ème siècle, connaît un âge d’or au 8ème siècle avec Germain de Constantinople (+vers 733), André de Crète (+740), Cosmas Vestitor, et surtout Saint jean Damascène. Il se poursuit avec sérénité, sans dispute et sans à coup, comme sans pédantisme, dans l’atmosphère liturgique de la fête du 15 août, l’Esprit-Saint guidant la foi de l’Eglise en quête d’explication[1].
La Vierge immaculée, préservée par Dieu de toute atteinte de la faute originelle, ayant accompli le cours de sa vie terrestre, fut élevée corps et âme à la gloire du ciel, et exaltée par le Seigneur comme la Reine de l’univers, pour être ainsi plus entièrement conforme à son Fils, Seigneur des seigneurs, victorieux du péché et de la mort[2].
« L’Assomption de la Sainte Vierge est une participation singulière à la Résurrection de son Fils et une anticipation de la résurrection des autres chrétiens »[3]. La Vierge est l’icône eschatologique de l’Eglise[4]. Cela est bien exprimé dans cette hymne de la liturgie byzantine :
Dans ton enfantement tu as gardé la virginité,
Dans ta dormition tu n’as pas quitté le monde,
Ô Mère de Dieu : tu as rejoint la source de la Vie,
Toi qui conçus le Dieu vivant et qui,
Par tes prières, délivreras nos âmes de la mort[5].
Mais en fait, pourquoi ce dogme de foi ? Comment la Bible nous éclaire-t-elle sur la solennité de ce jour ?
Il nous faut avant tout commencer à nous assurer que « rien n’est impossible à Dieu » et Dieu n’est pas un improviste ; il ordonne tout de toute éternité ; c’est ainsi que, de toute éternité, il avait prévu que pour que l’homme devienne Dieu, il faudrait qu’un peuple-noyau soit préparé (Israël) et que, quand les temps seront accomplis, son propre Fils unique viennent nous conduire à lui. D’ailleurs, qui peut parfaitement nous conduire à Dieu si ce n’est le Fils de Dieu, né de Dieu, lui-même Dieu ? Mais plus encore, qui peut comprendre l’homme afin de le conduire à Dieu si ce n’est un homme, authentiquement homme ? Il fallait donc pour nous conduire à Dieu, UN HOMME-DIEU, vrai homme, vrai Dieu ; d’où la nécessité de Dieu à qui rien n’est impossible de permettre à son Fils unique de rentrer dans l’histoire humaine en prenant chair. Et pour prendre chair, il va naître avec la force de l’Esprit-Saint de la Vierge.
Dieu qui avait son plan de toute éternité a donc préparé une demeure sainte, pure, sans tâche à son Fils : cette demeure, c’est Marie, la Vierge. Et donc de toute éternité, elle fut préparée ; et son fiat libre n’est que la manifestation de la grâce de Dieu qui rencontre l’adhésion totale et sans réserve de Marie, de l’humanité, à son dessein de salut. Cela nous éclaire sur les paroles du Magnificat qui se réalisent parfaitement en la Vierge Marie et nous permettent de comprendre que la DEMEURE PREPAREE POUR LE FILS UNIQUE puisse connaître une assomption, c’est-à-dire être glorifiée en corps et en âme sans connaître la corruption. Car, comme le souligne le Magnificat, l’esprit de la Vierge est un esprit joyeux qui tire sa source de son service humble. C’est pourquoi, tous les âges désormais lui diront heureuse sur terre et au ciel. Et c’est ainsi que le Puissant a fait pour elle de grandes choses en glorifiant son corps. Saint est son Nom ! et sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent. En fait, le cantique de Marie rappelle les béatitudes proclamées par Jésus au début de sa prédication aux foules (Lc 6.20).
La glorification de Marie est un effet salvifique dont la source se trouve être la Passion-Mort et Résurrection de son Fils Jésus-Christ car, comme le dit la 2ème lecture de ce jour, « un homme nous avait amené la mort, et c’est un homme encore qui nous apporte la résurrection des morts. Tous meurent parce qu’ils sont inclus en Adam, et tous sont rendus à la vie quand ils sont dans le Christ. » Marie est bien celle qui, de toute éternité, est dans le Christ selon le dessein du Père par l’action de l’Esprit Saint : elle est donc dans la Vie, elle qui nous a donné la Vie, de toute éternité. Nous comprenons alors mieux la 1ère lecture de ce jour tiré de l’Apocalypse de Saint Jean car la femme dont il est question représente l’humanité coopérant aux plans de Dieu, mais aussi Marie qui donne naissance à Jésus : c’est aussi l’Église qui fuit au désert, c’est-à-dire, qui vit spirituellement retirée du monde et nourrie par la parole de Dieu pendant les persécutions : mille deux cent soixante jours, ou trois ans et demi (Ap 11.11).
En ce jour de grande solennité, nous sommes confortés en l’espérance de la glorification de notre corps et de notre âme. Prions par l’intercession de Notre Dame de l’Assomption pour nous-mêmes et pour nos frères et sœurs en humanité pour que nous puissions grandir dans la compréhension de la foi sur l’identité de la Vierge Marie et le dessein de Dieu sur elle et sur l’humanité.
Bonne fête à tous ceux pour qui ce jour a un sens tout particulier et tout distingué.
Bonne fête de l’Assomption à vous tous, fils et filles de Marie.
In Christo,
Père Adelphe Tadagbé ADAMBADJI
[1] Cf. René LAURENTIN, Cours traité sur la Vierge Marie, P. LETHIELLEUX, 5ème édition, Paris, 1968, pp.59-60.
[2] LG 59 ; cf. la proclamation du dogme de l’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie par le Pape Pie XII en 1950 : DS 3903.
[3] Catéchisme, n°966
[4] Cf. René LAURENTIN, Cours traité sur la Vierge Marie, P. LETHIELLEUX, 5ème édition, Paris, 1968, pp.149-155.
[5] Liturgie byzantine, Tropaire de la fête de la Dormition (15 août).
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