Le passage évangélique qui va nourrir notre vie chrétienne à la suite du Ressuscité en ce jour fait suite à celui d’hier. Aujourd’hui les deux disciples ne sont plus à Emmaüs. Après la reconnaissance du Seigneur à la fraction du pain, ils ont repris tout de suite la route de Jérusalem malgré la nuit pour témoigner, à la suite des femmes que le Seigneur est vivant et qu’ils l’ont reconnu.
Pour nos deux disciples, il pourrait cependant se glisser des incompréhensions qu’en ce jour le Seigneur voudrait clarifier. Celui-là qui a fait route avec eux, bien qu’il soit reconnu enfin comme le Messie en qui ils ont mis tout leur espoir, est-il comme avant sa mort ? N’est-ce pas un fantôme ? Le retour du Christ à la vie, n’est-ce pas sous la forme d’une ombre, puisqu’il disparaît sitôt qu’on le reconnaît. Le rapport qu’ont fait les deux disciples au groupe de Jérusalem pourrait induire dans cette méprise. Le Christ vient au secours de la faiblesse de leur compréhension. Il se fait voir, toucher et il mange pour leur signifier qu’il n’a rien de fantomatique. Il est ressuscité en chair et en os avec son corps et son âme.
Mais attention, Le Christ ne ressuscite pas dans son corps et dans son âme comme seraient ressuscités Lazare et la fille du centurion. Eux reviennent à la vie, de sorte que la mort dans leur cas semble être un accident. Ils continuent de manger et de boire et d’être soumis aux conditionnalités de l’espace temps. Ils mourront ensuite de la même mort que le commun des hommes. Le Christ lui, bien que ressuscité dans son corps et dans son âme, n’est plus soumis à l’espace-temps. Il transcende tout cela. Il ne mourra plus jamais. Il a subi une transformation radicale en sorte que tout ce qui pourrait être marqué de finitude humaine pour le Christ vole en éclat : il a un corps humain spiritualisé. Ce qui fait qu’il peut être ici et là à la fois. Pendant que les « Emmaüssiens » parlent de lui, il est là au milieu d’eux et leur souhaite la paix parce que sa présence dans une communauté comme premier fruit donne la paix qui génère la joie. On comprend donc la joie qui anime les disciples à la vue du Seigneur. On comprend davantage la pertinence des souhaits des mouvements charismatiques quand ils se disent « paix et joie du Christ ». Le Christ en effet n’apporte que la paix et la joie de sorte que l’on peut oser affirmer que là où il n’y a pas la paix malgré les souffrances, il n’y a pas le Christ.
Le Seigneur, pour finir, ouvre l’esprit des disciples à l’intelligence des Ecritures et demande à ses disciples d’être témoins des événements qui l’ont concerné. Après avoir expliqué aux deux disciples ce qui le concernait dans les Ecritures (nous l’avons entendu dans la lecture d’hier), il leur donne l’Esprit qui permet d’entrer dans l’intelligibilité des Ecritures afin d’affermir la foi des croyants et d’amener à la conversion tout homme qui croirait en lui. Les disciples sont donc appelés, à la suite du Christ, à le faire reconnaître par les peuples, à travers une lecture christique des Ecritures. C’est à cela que Saint Pierre se livre dans la première lecture. Et il le fait avec brio. C’est à cela que le Seigneur nous invite aujourd’hui en communauté. D’où l’impérieux devoir pour chacun des fidèles de se mettre à l’école de la Parole de Dieu, pour la méditer à la lumière du magistère de l’Eglise. Pour nous fidèles ordinaires, beaucoup d’effort restent à fournir car nombre de nos chrétiens méconnaissent la Parole de Dieu et deviennent pour ainsi dire la proie facile des beaux parleurs. Prions le Seigneur de répandre sur nous l’Esprit qui nous fera découvrir les vraies modalités de la résurrection du Christ. Que son Esprit habite constamment la communauté des croyants, une communauté qui découvre et annonce le Ressuscité dans et par les Ecritures. Amen
Abbé Jean OUSSOU-KICHO
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