Lecture : Exode32, 7-14 Evangile : Jean 5, 31-47
« Je vois que ce peuple est un peuple à la tête dure. Maintenant, laisse-moi faire ; ma colère va s’enflammer contre eux et je vais les engloutir » Chers frères et sœurs dans le Christ, bien-aimés de Dieu, la liturgie de la parole de ce jeudi de la quatrième semaine de carême nous invite à refaire un tour sur notre fidélité de Moïse à Jésus et à refaire notre expérience du témoignage.
Dans la première lecture, Moïse se révèle notre intercesseur auprès de Dieu. Dieu a sauvé son peuple de la servitude de l’Egypte, il lui a fait traversé le désert, l’a protégé, l’a mis à part. Il a fait alliance avec ce peuple qui n’a pas tardé à prévariquer, en se fabriquant un « veau » d’or. Moïse doit affronter la colère de Dieu et intercéder pour obtenir un pardon inconditionnel. Les Juifs qui interrogent Jésus représentent la partie de nous-mêmes qui, après avoir vu Jésus guérir l’aveugle-né et le paralytique, après l’avoir entendu nous parler de ses œuvres, le contraint de nous répondre sur la vérité de sa parole. Nos lenteurs à croire et à nous convertir se disent toujours dans nos exigences que tout soit justifié.
Mais Jésus, en bonne logique, ne tente pas d’avancer des « preuves » sur la vérité de son discours. Il convoque des témoins : Jean, les œuvres que le Père donne à son Fils d’accomplir, le Père en personne et enfin l’Écriture, qui lui rendent témoignage. Cet appel à témoins opère un déplacement. En effet, il est désormais seulement question d’accueillir sa parole. En appelant ces témoins, Jésus nous oblige à nous situer nous-mêmes par rapport à la vérité de ce que nous sommes. Ce qui compte n’est pas de prouver la vérité du discours de Jésus, mais de trouver la vérité de notre propre écoute.
Pour demeurer dans la parole du Père, pour demeurer dans son amour, il faut accepter d’être nommé et d’être appelé. Accepter d’être soi-même un interlocuteur, de rester tourné vers ce visage, d’entendre la parole adressée. Finalement, notre cheminement de carême ne se résume-t-il pas à renoncer à l’illusion de pouvoir vivre par soi-même ? Les témoins accréditent l’envoyé venu nous révéler le visage du Père, ils nous disent l’impérieuse nécessité de choisir de rester tourné vers le visage aimant qui nous invite à accueillir sa parole de vie.
Ainsi, le Père lui-même rend témoignage au Fils, d’une part par les signes qu’il lui donne d’accomplir et d’autre part par les Écritures. Mais pour recevoir par la foi la parole de Jésus, il y a une condition : aimer le Père. Lui obéir et vouloir le glorifier. En un mot : choisir d’être fils.
Père Janvier AZONHAHIN