Le passage évangélique que nous avons écouté hier était comme un pont entre deux grandes figures de l’Eglise : Pierre et Paul. Alors que toute la première partie du livre des Actes des Apôtres (Ac 1 – 12) est dominée par le ministère de Pierre, la seconde partie (Ac 13 – 28) sera consacrée essentiellement à l’activité missionnaire de Saint Paul. L’une et l’autre figure coopèrent à l’expansion de la Bonne Nouvelle du Salut accordé par Dieu en Jésus-Christ dans la force de son Esprit, cet Esprit qui envoie explicitement Paul et Barnabé en mission. En écoutant la première lecture, on est déjà surpris par le voyage de Paul dans plusieurs régions, avec la joyeuse annonce de l’avènement de Jésus. Son message dans la synagogue d’Antioche de Pisidie est clair : Dieu prend l’initiative du salut du genre humain en choisissant un peuple. Il en est l’acteur principal et multiplie ses prévenances envers un peuple dont il prend soin, jusqu’à lui envoyer un sauveur, issu de la maison de David. Il s’appelle Jésus. Pour Paul, Jésus est le point d’aboutissement de l’œuvre du salut que Dieu a engagé depuis le péché de l’homme. Et c’est cette foi que vous et moi nous partageons, avec une variation plus ou moins grande dans nos convictions.
Il s’agissait pour Paul, comme d’ailleurs pour Pierre au début de son kérygme, de présenter Jésus comme le Messie qui vient sauver le peuple. C’est l’essentiel du message que l’Eglise annonce encore aujourd’hui dans le monde de ce temps. Jésus est l’unique Sauveur de sorte qu’en dehors de lui, Jésus, il n’y a point de salut. Pour nous chrétiens, tous, quelles que soient nos convictions religieuses, ne seront sauvés que par Jésus-Christ, l’unique porte d’entrée dans le Royaume du Père. L’implication immédiate d’une telle affirmation est que l’Eglise dénie l’absolu de la médiation de tout autre sauveur qui ne serait pas Jésus-Christ, restant sauve la liberté de l’Esprit qui pourrait sauver ceux qui adorent Dieu, en esprit et en vérité, avec une conscience pure, même s’ils font fausse route. Affirmer cela n’enlève rien à la valeur des autres religions qui sont des canaux de recherche de Dieu. Affirmer cela, c’est reconnaître la particularité de ce à quoi nous croyons pour un dialogue enrichissant.
Ce Jésus qui nous sauve, a vécu au milieu de nous comme celui qui sert. Il n’a eu de cesse de l’annoncer : « le plus grand parmi vous doit être le serviteur de tous ». Il est le « Maître – Serviteur », l’image de ce Dieu qui se met au service de l’homme et satisfait comme un père à ses besoins. Dieu se met au service de l’homme pour le sauver. Si seulement nous pouvions, nous chrétiens, mettre notre grandeur à servir les tout-petits, si nous savions que le vrai chemin chrétien pour devenir grand est celui d’une vie de service des « moins que rien », nous comprendrons davantage la grandeur de Dieu, lorsqu’il s’incarne, et accepte toutes les humiliations pour nous réconcilier à Dieu. Nous accepterions volontiers de suivre les pas d’un Dieu qui n’a pas eu honte de souffrir pour nous.
Abbé Jean OUSSOU-KICHO
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