Méditation du Jeudi 22 Avril 2010

Frères et sœurs en Christ,

Chers amis,

L’initiative d’attirer vers Jésus appartient exclusivement à Dieu ; et c’est la réponse à cette initiative qui dépend de nous. Dieu attire les êtres humains à lui pour construire avec chacun d’eux une relation durable dont lui seul a le secret. Et seul celui qui est à l’écoute de Dieu peut se laisser facilement enseigner par Dieu pour venir à Jésus. C’est bien ce que nous constatons tant en 1ère lecture que dans l’évangile du jour. Déjà dans la 1ère lecture, l’eunuque découvre, par Philippe envoyé de toute urgence par Dieu, que le serviteur souffrant, dont parle le texte d’Isaïe qu’il lisait pendant son voyage, était Jésus, le Fils de Dieu, mort et ressuscité, l’auteur du salut qui advient par le baptême. Et nous comprenons sa demande « Voici de l’eau, qu’est-ce qui empêche que je sois baptisé ? ». Voilà la demande expresse de quelqu’un qui traverse le désert au cours de son voyage, désert où l’eau demeure une denrée rare. C’est une interpellation pour nous autres qui avons de l’eau en abondance et qui négligeons de baptiser ou de faire baptiser. Ayons à cœur que c’est autour du baptême, naissance d’en haut dans l’eau et l’Esprit (3, 3-5) que s’articule l’annonce du mystère du Fils de l’Homme élevé, en qui tout croyant a vie éternelle (3, 14-15).

Et dans l’évangile, Jésus, après la multiplication des pains, initie, au mystère du Pain de vie, cette foule nourrie de pain et de poisson ; cette foule qui l’avait en effet pris pour ce bon cuisinier magicien multiplicateur de pains, qu’on peut introniser facilement roi pour être sûrs d’avoir à manger quand on a faim, bonjour donc la paresse, bonsoir l’oisiveté ! « Vous me cherchez non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé du pain et que vous avez été rassasiés », avons-nous entendu le lundi et aujourd’hui il nous met devant cette réalité évidente que Dieu seul a l’initiative d’attirer à Jésus « Personne ne peut venir à lui, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire vers moi, et moi, je le ressusciterai au dernier jour. Il est écrit dans les prophètes : ils seront instruits par Dieu lui-même. Tout homme qui écoute les enseignements du Père vient à moi » Jn 6, 44-46. Si donc celui qui est attiré vient malgré lui, c’est qu’il n’a point la foi ; s’il n’a point la foi, il ne vient pas. En effet, ce n’est pas en marchant que nous approchons de Jésus-Christ, mais en croyant ; ce n’est point par un mouvement de notre corps, mais par la volonté de notre cœur. Mais de quelle manière le Père attire au Fils ? Par les œuvres que le Fils fait, et par le témoignage des disciples du Fils. La Fils parle, mais c’est le Père qui enseigne. « Et il est écrit dans les prophètes : Et ils seront tous enseignés de Dieu. » Mais si tous sont enseignés de Dieu, comment expliquer l’incrédulité d’un certain nombre ? Lorsqu’on dit « Tous sont enseignés par Dieu », on peut l’entendre comme plusieurs, ou bien comme tous ceux qui ont la bonne volonté ; un peu comme ce maître de belles-lettres qui est seul dans une ville, on dira qu’il enseigne les lettres à tout le monde, non pas que tous les habitants de la ville les apprennent, mais parce que ceux qui veulent les apprendre n’ont que lui pour maître ; de même nous disons ici que Dieu enseigne à tous les hommes à venir à Jésus-Christ, non pas que tous soient dociles à ses enseignements, mais parce que personne ne peut venir par une autre voie. « Quiconque a entendu le Père, et appris de lui, vient à moi. »

« Je suis le pain de vie » c’est-à-dire le pain qui contient le principe de notre vie, de cette vie présente et de la vie future. Je suis le pain de vie, donc un pain qui donne vie, un pain différent de la manne, pain périssable et temporel mangé par les ancêtres des juifs contemporains de Jésus et qui sont morts. Remarquons la gradation que Jésus fait dans le dévoilement de ce mystère du Pain de vie. C’est tout d’abord le "Pain descendu du ciel." Puis "le Pain de la vie" et enfin, récapitulant les deux, le "Pain vivant, qui est descendu du ciel." À la fin, la dimension eucharistique devient explicite avec l’affirmation de la chair à manger, ce qui va provoquer de nouvelles incompréhensions. Ce pain de vie nous est donné comme pain de la route qui mène du l’arbre de la vie (comme en Genèse) vers le livre de la vie (comme en Apocalypse). Le pain de vie, c’est donc le pain de notre histoire du salut tant personnel que collectif. La seule chose que Jésus nous demande, c’est de croire en lui, de nous attacher à lui pour que circule en nous et entre nous cette vie dont Dieu est la source. Ne négligeons donc pas notre rapport à la chair du Christ à manger.

Que l’Esprit-Saint renforce les liens de notre amitié avec le Christ pour que nous ne pactisions pas avec les forces de mort, mais que nous nous ouvrions à la vie pour l’avoir en abondance et devenir des vivants vivificateurs au contact desquels le Christ est communiqué et non des vivants qui vivotent. Formons une communion et une communauté de vie avec la sainte Trinité dans l’amour, l’unité et la joie parfaite.

Père Hermann Juste NADOHOU-AWANOU

Publié le 22 avril 2010.

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