HOMELIE
Textes : Ac 5,27-33 ; Jn 3,31-36
« Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes ». Voilà la lumineuse réponse que Pierre, avec les autres Apôtres, a laissé entendre devant le grand conseil et le grand prêtre, quand le commandant de la garde du temple les a ramenés à l’ordre : « Nous vous avions formellement interdit d’enseigner le nom de cet homme-là, et voilà que vous remplissez Jérusalem de votre enseignement ». Les Apôtres sont désormais décidés à affronter tout ce qui peut constituer obstacle à la réalisation de la mission que le Christ leur a confié. Ils sont maintenant prêts à subir des humiliations, à recevoir des coups de fouets, à être enchaînés, emprisonnés et même mis à mort. Plus rien ne pourrait les faire reculer devant leur ferme détermination à proclamer la résurrection de Jésus, parce qu’ils en ont été témoins, avec l’Esprit Saint que Dieu leur a donné. Les Apôtres à travers une telle détermination expriment la profondeur de leur foi, la foi en Jésus-Christ qui est le gage du salut. Et c’est justement de cette foi qu’il s’agit dans l’évangile.
Saint Jean l’affirme sans ambiguïté : « Celui qui croit au Fils a la vie éternelle ; celui qui refuse de croire en lui ne verra pas la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui ». Pour Jean, celui qui ne croit pas est le croyant juif qui ne reconnaît pas en Jésus le Messie promis par Dieu. Et celui qui se refuse à croire, ne verra pas se réaliser pour lui la promesse de Dieu à son peuple, et cette promesse, c’était la vie en plénitude, fruit de l’Esprit donné aux croyants. La « colère de Dieu » du texte grec signifie un jugement. Jusqu’à la venue de l’Envoyé de Dieu, tout se passe dans la confusion. Lorsque vient la lumière, c’est le jugement : on pourrait sans doute traduire jugement par discernement. Celui qui, dans le monde, vivait déjà selon Dieu, vient à Jésus. Le seul fait d’accepter cette lumière, de se remettre en cause et de remettre le monde en cause, c’est le discernement déjà à l’œuvre. Celui-là est entré dans le monde où l’on fait l’expérience de la réconciliation et l’union avec Dieu. Il n’aura donc pas à passer par un jugement (3.36), dans la lumière de Dieu au moment de la mort. Par contre, ceux qui ne croient pas au Fils restent passibles de jugement. Si pour l’Apôtre Jacques, la foi sans les œuvres est une foi morte, les œuvres aussi expriment la qualité de notre foi, ou mieux les actes que nous posons révèlent l’existence ou non de notre foi en Jésus-Christ.
Mais combien de fois, nous ne perdons pas pieds quand survient une maladie qui semble incurable ; cliniquement impossible d’être guérie. Combien notre foi ne vacille pas quand la souffrance, les épreuves nous assaillent. Nous sommes alors prêts à faire tout ce qu’on nous propose, même s’il est contraire à notre foi. Nous sommes capables de passer de guérisseur en guérisseur en cas de maladie, de consulter le « fa » pour voir d’où vient cette épreuve, de faire des sacrifices quelque soit ce qu’ils nous coûtent. C’est plutôt un accouchement qui devient extrêmement difficile et compliqué, alors que rien ne présageait une telle complication. Tout laisse croire qu’il s’agit d’un envoûtement. Nous sommes témoins de la mort brutale d’un être cher, mort dont les raisons demeurent encore mystérieuses, une œuvre de la sorcellerie peut-être. Non, c’est plutôt d’une injustice grave que nous sommes victime peut-être en famille, dans nos lieux de travail et de commerce, à cause de notre conscience professionnelle, de notre sens de l’équité et de la justice, de notre honnêteté, de notre volonté à donner un témoignage de vie exemplaire…Voilà autant de situations qui nous font douter de Dieu, de la foi en Jésus-Christ. Alors que c’est au cœur même de ces épreuves que nous devons faire l’effort de redécouvrir Dieu. L’Apôtre Pierre nous l’a bien signifié : ce sont les épreuves qui vérifient la qualité de notre foi (1P1, 6.7). Au cœur donc des difficultés, des épreuves de la vie, tenons ferme notre foi. Devant des contraintes qui mettent dangereusement en péril notre foi, devant les adversités venant des hommes, ayons le courage d’affirmer comme les Apôtres « il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes ».
Abbé Anaclet LISBOA