Lecture : Josué 7….17 ; Evangile : Mathieu 18, 21-34 –19,1
« Aujourd’hui, je vais commencer à te rendre grand devant tout Israël, pour qu’il sache que je suis avec toi comme j’ai été avec Moïse. »
Chers frères et sœurs dans le Christ, bien-aimés de Dieu, la liturgie de la parole de ce jour nous invite au pardon et à la contemplation de la miséricorde de Dieu, lui le seul grand acteur de notre vie. Le passage du Jourdain derrière Josué dans la première lecture, nous montre que Dieu est le seul grand acteur de l’entrée dans la Terre Promise, comme c’était le cas pour la traversée de la Mer Rouge. C’est au moment où les porteurs de l’Arche, sur laquelle repose la gloire de Yahvé touchent les eaux du fleuve, que celles-ci cessent de couler. Et lorsque les porteurs remontent du fleuve, une fois que tout le monde est passé, les eaux reprennent leur cours. C’est la preuve que tout au long de notre vie, Dieu est à l’œuvre : c’est lui qui ouvre la Terre Promise aux Israélites, c’est lui qui accorde ou retire ses bénédictions selon la fidélité ou l’infidélité de son peuple. Dans l’évangile, un homme rejette la supplication de son compagnon et le fait jeter en prison pour obtenir le remboursement de l’argent qu’il lui doit. En soit, la scène est anodine et n’est pas répréhensible. L’homme qui va en prison ne se lamente sans doute pas, il est traité selon le droit. Cet épisode provoque pourtant la colère du maître et notre surprise. Parce qu’un événement très important s’était produit juste avant : cet homme est le serviteur d’un maître qui l’avait dispensé de payer pour une dette énorme. Mais le serviteur semble l’avoir oublié, au point que le roi est obligé de lui rappeler les faits : « je t’avais remis toute cette dette parce que tu m’avais supplié ».
Le maître reprend alors la question au début. Non pas en revenant sur son premier jugement, sinon il aurait fait vendre, comme de juste, l’homme, sa famille et tous ses biens, mais en le livrant au bourreau. Ainsi, le maître choisit une peine éducative, pour que le serviteur mesure dans sa chair le don que son maître lui fait et pour qu’il agisse désormais en conséquence.
L’enseignement le plus essentiel de cette parabole est finalement contenu dans ce qu’elle ne raconte pas. La première rencontre entre le serviteur et le roi se termine en effet sur l’image du maître, saisi de pitié, remettant la dette. On ne voit le serviteur ni se relever, ni remercier, ni exulter. La leçon nous rejoint droit au cœur. Cet événement extraordinaire est passé inaperçu dans la vie du serviteur car il n’a pas su rendre grâce, il n’a pas su se l’approprier dans la louange, il a négligé de l’enraciner dans son cœur par l’action de grâce. Et le voici retourné à sa vie quotidienne sans que rien ne soit transformé. Et sans qu’il puisse transformer la vie des autres. Alors, quand mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ?
Père Janvier AZONHAHIN