En ce deuxième dimanche de l’Avent, nous poursuivons notre conversion. << Préparez à travers le désert le chemin du Seigneur. Tracez dans les terres arides une route aplanie pour notre Dieu. Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées, les passages tortueux deviendront droits et les escarpements seront changés en plaine. Alors la gloire du Seigneur se révélera et tous en même temps verront que la bouche du Seigneur a parlé. >> (Première lecture). Voici le début du « livre de la consolation » dont l’auteur, le deuxième Isaïe (du chapitre XL au chapitre LV), est un prophète inconnu du temps de l’Exil. Les Juifs sont dans l’angoisse d’une captivité qui se prolonge : la destruction du Temple et de la royauté, la servitude sous le joug des païens, semblent être les signes d’un châtiment divin irrémédiable. Cependant, Dieu confie au prophète un message d’espérance. Le pardon est proclamé et on annonce la fin de la servitude .
Dans ce contexte, l’Evangile du deuxième dimanche de l’Avent évoque l’impatience qu’éprouve le grand saint Jean-Baptiste, fils d’Elisabeth, elle-même cousine de la Vierge Marie, comme nous l’apprend l’évangéliste saint Luc. La mission de Jean Baptiste était de « préparer les chemins du Messie ». Il a prêché en attirant beaucoup de monde. Il trouve que le Christ est trop discret, qu’il tarde à rendre la justice et à se manifester au monde. Au moment où se passe cette histoire, Jean Baptiste a été interpellé et mis au cachot, parce qu’il avait osé reprocher au roitelet Hérode Antipas sa vie dissolue avec la femme de son frère Hérodiade. On comprend donc l’impatience de Jean-Baptiste, et cette parole qu’il charge deux des siens d’aller porter à Jésus : « Es-tu celui qui doit venir ou devons nous en attendre un autre ? ».
En réalité, Jean Baptiste attend surtout que Jésus manifeste sa puissance pour qu’il puisse, lui, sortir du cachot. Mais comme, plus tard, Jésus sera crucifié, Jean Baptiste que l’on appelle son précurseur, sera exécuté dans son cachot à la demande d’Hérodiade (qui utilise l’effet que fait sur le vieil Hérode une danse particulièrement belle de sa fille Salomé. – Pour le prix de cette danse, je donnerai n’importe quoi, fût-ce la moitié de mon royaume, déclare le vieil ivrogne à qui veut l’entendre. Hérodiade avait la rancune tenace. Elle dit à sa fille : « Profites-en ! Demande lui la tête de Jean Baptiste sur un plateau d’argent ». Aussitôt dit, aussitôt fait. Hérode n’osa pas revenir sur ses serments d’ivrogne).
Nous retrouverons Jean Baptiste dans les Evangiles des deux autres dimanches de l’Avent. Il est celui qui a annoncé la venue du Messie. Il est donc particulièrement lié au temps de l’Avent, qui précède Noël et la venue du Messie Jésus sur la terre. Avec Jean Baptiste, le secret de l’identité de Jésus est déjà levé : il n’est pas le libérateur politique que beaucoup espéraient mais celui qui “baptisera dans l’Esprit Saint.” Le verbe “baptiser” signifie “immerger” ; et comme Jean Baptiste immergeait dans l’eau, la source de vie dans la vallée du Jourdain, ainsi Jésus immergera ceux et celles qui l’accueillent dans l’Esprit Saint, la source intarissable de la vie de Dieu. Toute personne qui accepte son projet a déjà accès à cette source qui jaillit en vie éternelle. La seule condition de l’immersion annoncée par Jean Baptiste est la foi liée au désir de se transformer soi-même et le monde, de manière à instaurer le Règne de Dieu. C’est le sens de la conversion proclamée par Jean. Car le récit, rappelons-le, ne fait que commencer ; Jésus qui vient à Noël sera le Serviteur de Dieu rejeté, brisé et humilié, qui lui ramènera l’ensemble des nations. Une telle perspective oriente déjà les disciples vers le coeur et l’aboutissement de tout le récit : Jésus est celui qui vient donner sa vie afin que tous vivent grâce à lui pour toujours
Théodore LOKO