Aujourd’hui, dans nos sociétés individualistes, chacun cherche par lui-même son bonheur et en même temps le veut socialement organisé pour que le plus grand nombre ait accès aux biens de premières nécessité. Le paradoxe se fait jour : on demande à l’organisation de la société, à l’État de passer de la préoccupation des biens de première nécessité au souci de la visée du bonheur individuel que chacun revendique comme devant être cherché par lui-même. Comment vivre une telle contradiction ? Est-ce vraiment au pouvoir politique ou économique de réaliser le bonheur des hommes ?
Les textes de ce jour nous disent ceci : Bienheureux sommes-nous tous quand nous arrivons à vivre l’évangile : quand, par pauvreté d’esprit, nous donnons l’aumône aux nécessiteux ; quand nous préférons être honnête plutôt que de gagner un sou de plus en fraudant ; quand nous préférons dire du bien du prochain plutôt que de le critiquer ; quand nous savons chasser de notre cœur tout rancoeur, toute amertume et toute soif de vengeance ; quand nous regardons les autres avec des yeux innocents, sans préjudices et avec confiance. Les béatitudes nous montrent que Jésus n’est pas venu pour nous juger mais pour nous montrer le chemin qui mène à Dieu. Ne limitons pas notre vie chrétienne à l’accomplissement de quelques règles strictes afin d’éviter le châtiment éternel. Jésus est venu pour nous apporter l’amour, pour que dès aujourd’hui nous commencions à en jouir et à le partager avec d’autres. Le chrétien qui vit ainsi découvre qu’il a dans son cœur le secret du bonheur, que le monde ignore. C’est là qu’intervient la foi proprement dite, la décision et la confiance dans l’invention de sa vie comme réponse à Dieu qui appelle. Manger, prendre sa place dans la vie sociale, travailler, participer à la reproduction de l’espèce, etc. Ces activités que les fourmis ont toutes les apparences d’accomplir instinctivement, les hommes ne s’y livrent pas s’ils ne leur reconnaissent un sens et s’ils ne les investissent de valeurs. De ce point de vue, les hommes sont des êtres de convictions. Le bonheur selon les Béatitudes s’établit dans les choix de Jésus lorsqu’il est confronté à l’opposition qui conteste sa prédication du Royaume et sa filiation à l’égard de Dieu. Le bonheur qu’annoncent les Béatitudes est de ne pas renoncer à la fidélité qui guide l’existence de chacun comme Jésus lui-même ne s’est pas dérobé.
Frère Théodore C. LOKO