Méditation du Dimanche 28 Février 2010

Les trois récits de la Transfiguration (Matthieu, Marc et Luc) situent cette vision du Christ lumineux juste après la première annonce de la Passion. Comme si, au moment de prendre la route de Jérusalem pour la Pâque et de traverser la faillite de leurs espoirs et de leurs illusions, les disciples avaient besoin d’entrevoir l’issue glorieuse de la crise que Jésus vient de prédire. Au fond, nous sommes dans la situation des disciples quand ils gravissent la montagne de la Transfiguration. Certes, ils sont avec Jésus, mais ils ne savent pas encore où cela les mène. Nous avons nous aussi, au fil de nos existences, des instants de lumière où tout nous paraît clair, évident et même, parfois, éblouissant. Et puis tout retombe dans la banalité du quotidien. Voici, à la fin de notre récit, « Jésus seul », le Jésus de tous les jours. C’est avec lui qu’il va falloir redescendre de la montagne et reprendre la route, comme si de rien n’était. Telle est notre vie, faite d’alternances d’ombres et de lumières. Ombres qui sont parfois nuée lumineuse, parfois nuits de doute ou d’indifférence. Saint Ignace préconise de se souvenir, aux heures obscures, des temps de visite de l’Esprit. Si nous n’y parvenons pas, souvenons-nous qu’à l’heure de la Croix, les disciples ont bel et bien oublié la Transfiguration. Le problème des trois premiers disciples c’est qu’au cours de cette prière de Jésus, ils se sont endormis. Il en sera de même le soir du Jeudi Saint au mont des Oliviers juste avant sa Passion. Il est heureux de voir que les évangélistes n’ont pas cherché à redorer l’image des trois premiers amis de Jésus. Ce sont vraiment des hommes comme nous, avec leurs faiblesses. Nous aussi, nous passons souvent à côté des événements les plus porteurs de sens. Nous pouvons commencer le carême avec les meilleures résolutions. Puis au bout de quelques jours, nous nous endormons dans la routine et les habitudes. Si notre prière est vide, ce n’est pas dû à l’absence ce Dieu. C’est nous qui ne sommes pas présents à lui. Nous avons facilement tendance à nous assoupir et à vivre ce Carême comme les autres jours de l’année. Mais le Seigneur est là ; il veille sur nous et il ne cesse de nous prier pour que nous revenions vers lui de tout notre cœur. Ce dimanche est par excellence un jour de fête, celle de la divinisation de notre nature humaine et de la participation de notre corps corruptible aux biens éternels, qui sont au-dessus de notre nature. Tout en rappelant ce qu’est notre Chemin, notre exode, au travers les événements de sa passion et de sa mort, le Sauveur nous montre que le but de sa venue dans le monde était précisément de conduire tout homme à sa Résurrection, à sa Vie. La contemplation de la gloire divine n’est pas qu’un spectacle extérieur à nous-mêmes. Elle est participation de toute notre vie à la divinisation.

Frère Théodore LOKO

Publié le 28 février 2010.

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