Dans l’Evangile du jour, Jésus dit aux chefs des prêtres et aux anciens : « Que pensez-vous de ceci ? Un homme avait deux fils. Il vint trouver le premier et lui dit : « Va travailler aujourd’hui à ma vigne. » Il répondit : « Je ne veux pas. » Mais ensuite, s’étant repenti, il y alla. Abordant le second, le père lui dit la même chose. Celui-ci répondit : « Oui, Seigneur », et il n’y alla pas. Lequel des deux a fait la volonté du père ? » Ils lui répondirent : « Le premier. » Jésus leur dit : « Amen, je vous le déclare : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le Royaume de Dieu. Car Jean-Baptiste est venu à vous, vivant selon la justice, et vous n’avez pas cru à sa parole, tandis que les publicains et les prostituées y ont cru. Mais vous, même après avoir vu cela, vous ne vous êtes pas repentis pour croire à sa parole. »
A première vue, on ne saisit pas trop le lien entre la parabole des deux fils et le discours de Jésus sur les publicains et les prostituées. Pourtant, si Jésus enchaîne les deux sans transition, c’est que la parabole concerne les chefs des prêtres et les anciens à qui Jésus s’adresse. Ces derniers sont très bien intentionnés, suivent scrupuleusement la loi de Moïse mais ne croient pas l’annonce de Jean-Baptiste et de Jésus. Ils sont bien comme le deuxième fils qui dit « oui papa » et qui ne va pas à la vigne. Ils sont tellement sûrs d’eux qu’ils ne se remettent pas en question. Jésus veut leur ouvrir les yeux afin qu’ils réalisent qu’ils ne travaillent pas à sa vigne. « Car Jean-Baptiste est venu à vous, vivant selon la justice, et vous n’avez pas cru à sa parole, tandis que les publicains et les prostituées y ont cru » Les publicains et les prostituées sont des pécheurs, comme le premier fils qui refuse d’aller à la vigne. Seulement voilà : ils ont été touchés par Jean Baptiste et se sont convertis. Ce n’est pas parce qu’ils sont pécheurs qu’ils entrent dans le Royaume mais parce qu’ils ont ouvert leur cœur, ils ont écouté la parole de Dieu et l’ont mise en pratique. Faire la volonté du Père, c’est avoir le cœur ouvert pour recevoir la Parole. Il est toujours temps de se convertir. Et comme exemple de conversion, Jésus propose les situations extrêmes : les publicains et les prostituées. Il est clair que le "oui" à Dieu ne se réalise pas du jour au lendemain. Il est l’objet d’un apprentissage, d’un cheminement, d’une conversion, d’une ascèse. A partir de cette attitude vécue dans la foi, tout change et s’éclaire. Le pécheur pardonné mesure ses limites et sa faiblesse, mais il sait qu’il n’est pas seul sur la route. C’est ainsi toujours dans les rencontres de Jésus avec les pécheurs. Nombreuses sont les pages lumineuses de l’Evangile : la rencontre de Zachée (Luc 9. 1 à 10), celle de la Samaritaine (Jean 4. 1 à 42), de la femme adultère (Jean 8. 1 à 11), de l’onction de Béthanie (Jean 12. 1 à 11)... les paraboles de la brebis perdue (Luc 15. 2 à 7) et du fils prodigue (Luc 15. 11 à 32). La surprise sera donc grande pour ceux qui se croient justes de voir les protituées passer devant. C’est une autre parabole du jugement et de la rétribution, en Saint Matthieu. Nous nous souvenons encore de l’étonnement de dimanche dernier face aux ouvriers de la dernière heure, et nous lirons encore de ces paraboles de la rétribution les deux prochains dimanches.
Théodore C. LOKO