Méditation du Dimanche 20 Mars 2011

La Transfiguration de Jésus que nous lisons dans l’Evangile de ce dimanche se situe quelques jours après la profession de foi de Pierre, disant au Christ : “Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant” (Mt 16, 16 ; Mc 8, 29 ; Lc 9, 20). Pierre vient donc d’avoir une révélation intérieure du Père l’instruisant de l’identité de cet Homme qu’on appelle le Christ : il est le Fils de Dieu, le Verbe fait chair. Puis il apprend - sans comprendre - que ce Fils va monter à Jérusalem, souffrir, mourir et puis ressusciter le troisième jour. Aujourd’hui, Pierre reçoit une nouvelle révélation du Père ; mais cette fois il ne la reçoit pas seul, car il s’agit là d’une révélation publique destinée être diffusée “par la parole de deux ou trois témoins” (Mt 18, 16). En effet, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean, et c’est devant eux trois qu’Il est transfiguré sous le regard du Père.

Décrivant le Christ transfiguré, saint Matthieu dit que “son visage prit l’éclat du soleil” (Mt 17, 2). Le visage d’une personne, n’est-ce pas ce qui la distingue principalement de toute autre personne ? Le visage d’une personne est ce qui exprime le mieux sa dignité, son état d’âme, sa noblesse de créature à l’image de Dieu. En tant que chrétiens, quelle image donnons-nous de nous-mêmes ? Que disent de nous nos actes, nos choix et notre comportement politique, social et religieux ?

A l’image du Christ, nos vies sont des montées vers Jérusalem, nos vies sont des chemins de croix : l’Evangile de ce jour nous invite à le reconnaître. Pierre confesse que Jésus est le Messie, le Fils du Dieu vivant, mais l’instant d’après il s’insurge contre l’idée de sa mort : « Dieu t’en garde, Seigneur ! cela ne t’arrivera pas. » La croix est au cœur de toute vie humaine. Et nous sommes tous comme Pierre, parce que nous refusons que ce chemin qui mène à Jérusalem passe par la croix avant de nous mener à la gloire. Nous refusons de suivre ce chemin parce que nous avons peur de la croix, de la souffrance. Et pourtant nous connaissons bien la condition posée par le Seigneur : “Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il porte sa croix et me suive.” C’est ce que Saint Paul nous explique dans la deuxième lecture. Dieu lui même a déjà tracé la ligne. Le design est connu et en cela Abraham nous sert de modèle, lui qui a suivi le plan de Dieu sans le moindre doute (première lecture).

Comme Pierre, nous aimerions figer dans l’éternité les moments heureux de notre vie... Avec Pierre nous sommes tentés de dire : “Seigneur, il est heureux que nous soyons ici ! Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes” au moment où nous contemplons Jésus dans sa gloire, et non pas lorsque nous le voyons suspendu à la croix ou traînant le poids de notre misère. Jésus a eu son heure, nous aurons notre heure nous aussi : il y a dans notre vie des moments où toutes les assurances sautent et où il ne nous reste que la foi nue. Comme saint Thomas, nous disons au Seigneur que nous l’aimons, que nous le suivrons partout et que “nous mourons avec lui” (Jn 11, 16). Le Seigneur sait que ce n’est pas toujours vrai. Mais la bonne Nouvelle, c’est que Dieu est bon, qu’il nous aime, qu’il est plein de tendresse ! Il veut que notre foi grandisse et s’épanouisse pour prendre toute son ampleur spirituelle, sociale, culturelle, communautaire et politique.

Frère Théodore LOKO

Publié le 20 mars 2011.

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