
Après la parabole du semeur de dimanche dernier, dans l’Evangile de ce jour, Jésus nous prépare à la vérité amère : un autre semeur existe, celui qui sème l’ivraie dans le champ du Seigneur et l’on ne discerne le blé de l’ivraie qu’une fois la moisson finie...
La malveillance est donc de ce monde et pose le grand problème du scandale du mal. L’ivraie fait partie du champ de blé et du champ de nos cœurs, et il y a, chez nous comme chez les autres, du bon, du moins bon et même du pas du tout bon… C’est-à-dire du bon grain et de l’ivraie. Et nous reconnaissons le bon grain en nous aussi facilement que l’ivraie chez les autres... Jésus accepte cependant la symbiose des cœurs purs et des mauvais. Dieu qui est bon et lent à la colère (Première lecture) accepte que certaines de ses créatures soient capables de se heurter à la volonté du Père, de choisir le mal, de préférer le mal….. Il va même jusqu’à provoquer le scandale en donnant ses préférences aux pécheurs. Pourtant, il n’existe pas de « méchanceté » irrévocable. Et précisément Jésus nous demande de ne pas perdre espoir, ne pas perdre cœur de ne pas opérer de tri ni exclure ceux qui, à nos yeux, ne sont pas dignes. Il nous demande au contraire de supprimer toutes barrières entre bons et méchants, dans un amour qui n’exclut de sa bienveillance pas même l’adversaire et l’ennemi.
Face par exemple au « scandale » qu’est le tremblement de terre en Haïti, face à la souffrance qui déborde toute imagination, nous voulons nous situer comme nous pouvons du côté des victimes, pour ne pas oublier que, où qu’il soit et de quelle nature qu’il soit, le mal est et reste inacceptable, et qu’il ne doit pas, qu’il ne peut pas, avoir le dernier mot.
Mais seul l’Esprit saint vient en aide à notre faiblesse (Deuxième lecture). Un univers purement "naturel", que Dieu ne transfigure pas en le pénétrant de ses énergies incréées, comporte nécessairement la souffrance et la mort. C’est le seul que peut envisager la raison humaine laissée à ses seules lumières. Cependant. Dieu, par sa Parole, nous a révélé qu’il n’a pas créé le monde pour qu’il reste enclos dans les limites de la nature. Celle-ci n’existe que pour être transfigurée par une participation gratuite aux énergies incréées de la Divinité pour resplendir de la gloire divine. Le but de l’action créatrice de Dieu est un monde transfiguré, où il n’y aura plus ni calamités, ni souffrance, ni mort, mais où Dieu sera tout en tous. C’est cet univers définitif, terme du dessein de Dieu, que nous décrit le chapitre 21 de l’Apocalypse : Puis je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre avaient disparu ; et il n’y a plus de mer désormais. Et je vis la Cité sainte, la Jérusalem nouvelle, descendre du ciel d’auprès de Dieu, prête comme une fiancée parée pour son époux. Et j’entendis, venant du trône, une voix puissante qui disait : " Voici la demeure de Dieu avec les hommes : il demeurera avec eux, et eux seront son peuple, et Dieu lui-même sera avec eux. Il essuiera toute larme de leurs yeux ; il n’y aura plus de mort, il n’y aura plus ni deuil, ni gémissement, ni douleur, car le premier monde aura disparu. " Et celui qui siégeait sur le trône dit : " Voici que je rénove toutes choses " (Ap 21, 1-5).
Théodore C. LOKO