Dimanche dernier, l’époux tardait à venir. Voici aujourd’hui une autre parabole de la vigilance : le rappel que le maître reviendra et qu’on ne sait ni le jour ni l’heure. Il faut être prêts !
Avant de partir, le maître nous a confié des talents. De quoi s’agit-il ? Le langage populaire en a fait des aptitudes naturelles. On dit à l’école : “Elle a beaucoup de talent !” Mais dans l’empire romain, le talent était d’abord une unité de poids ; cinq talents d’argent valaient environ un million et demi de dollars.
C’est donc une fortune que le maître a distribuée avant de partir en voyage, une somme importante qu’il nous demande de bien gérer, et surtout, de lui remettre à son retour. Jusque là, il nous fait pleinement confiance.
“Il y a diversité de dons spirituels, ” écrivait saint Paul. Nous prenons ici conscience de nos dons individuels : “Je suis unique et irremplaçable aux yeux du Créateur, avec des occasions, des aptitudes, des qualités adaptées à la responsabilité qui m’est confiée. En fait, les talents représentent le Règne de Dieu qui nous est confié. Notre pire erreur serait d’enfouir un tel trésor par manque de confiance, plutôt que d’y convoquer l’humanité.
Quelle est mon attitude face au talent que Dieu me donne, ce qu’il éveille en moi : joie, méfiance, peur, désir… ? Est-ce que je prête une stratégie cachée au maître ou est-ce que je m’en tiens à ce qu’il dit ? Dieu nous convie à une fidélité créative dans le peu d’espace qu’il nous confie : la famille, le service, la paroisse, le quartier, le village, la région, la nation. Il sait de quoi nous sommes capables et pourquoi il nous met dans des situations concrètes. Les ONG d’inspiration catholique à Rome se donnent de travailler avec les diplomates près le Saint Siège pour changer le monde. Cela demande de la stratégie, des techniques de plaidoyer. Au Bénin, nous avons des mouvements d’intellectuels, personnalités politiques et cadres catholiques. S’agit – il des intellectuels de qualification tout simplement ou des intellectuels de vocation ? Personne ne doit juger. Dieu ne veut pas du spectaculaire mais il insiste pour que nous soyions le sel de la terre, la lumière du monde.
L’absence du maître nous paraît si longue ! On peut penser que “Dieu est mort” ou inexistant, et organiser sa vie comme s’il n’existait pas. C’était le sens des paraboles sur l’arche de Noé, les hommes aux champs, les femmes au moulin, le voleur, le serviteur qui veille, ainsi que les dix jeunes filles.
L’histoire de l’arche de Noé, d’après les chapitres 6 à 9 du livre de la Genèse, commence lorsque Dieu observe la méchanceté et la perversité des hommes, et décide de faire tomber un Déluge sur la terre pour y détruire toute vie, « depuis l’homme, jusqu’aux bestiaux, aux bestioles et aux oiseaux du ciel2 ». Un homme, Noé, trouve toutefois grâce aux yeux de Dieu, car il apparaît « juste, intègre parmi ses contemporains et il marchait avec Dieu3 ». Il est choisi, dans ces conditions, pour survivre et perpétuer sa lignée. Dieu, pour cette raison, dit à Noé de construire une arche et rentre dans des spécifications très précises. Une fois l’arche terminée, Noé monta à bord avec toute sa famille et les animaux, et « ce jour-là jaillirent toutes les sources du grand abîme et les écluses du ciel s’ouvrirent ». La pluie tomba ensuite sans discontinuer sur la terre pendant quarante jours et quarante nuits. Les eaux finirent par couvrir même les plus hautes montagnes, qu’elles dépassèrent de plus de quinze coudées. Toutes les créatures vivantes s’éteignirent, et seuls Noé et les siens purent survivre. Vivement qu’avec nos talents nous puissions entrer dans le plan de Dieu pour le plus grand de l’humanité.
Théodore C. LOKO