
L’évangile que l’Eglise notre mère nous propose en ce jour pour nourrir notre méditation nous situe en plein cœur d’une catéchèse marcienne sur la puissance de Jésus et la puissance de la foi. Après la série des paraboles sur le Royaume de Dieu, l’Eglise veut nous éclairer sur la relation qu’il y a entre la foi au Christ et la puissance de Jésus. C’est pour cela que nous avons une série de miracles qui traite proprement de la foi. C’est dans cette logique qu’il faudrait lire la parabole de la tempête apaisée, avec la question que Jésus pose à ses disciples : « Pourquoi avoir peur ? Comment se fait-il que vous n’ayez pas la foi ? » (Mc 4, 40). Toutes les autres péricopes qui vont suivre, qu’il s’agisse du démoniaque gérasénien, de la guérison de la femme hémorroïsse et du retour à la vie de la fille de Jaïre ou de la visite de Jésus à Nazareth avec l’envoi des douze en mission, sont à lire dans cette logique. La foi peut nous aider à vaincre les forces naturelles qui nous domine et nous font peur ; elle peut libérer l’homme possédé par la légion de courants de pensées qui le détruise un peu chaque jour ; elle peut le sortir de son désespoir face à la maladie et à la mort. Sans elle, Dieu ne peut manifester sa puissance dans nos vies. C’est dans cette foi que la mission de l’Eglise aujourd’hui continue d’être efficace.
En revenant à l’Evangile que nous venons d’entendre, on voit tout de suite qu’il s’agit de deux miracles, l’un étant inclus dans l’autre. En comparant la trame des deux miracles, on comprend qu’ils sont construits sur le même schéma. Une situation initiale qui ferme la porte à toute espérance, une cause humainement sans issu et perdue d’avance. La fillette de 12 ans, est à toute extrémité : les traitements n’ont pu la sauver de son mal. Elle vient même de mourir et il n’est pas nécessaire de déranger le maître. Du côté de la femme hémorroïsse, elle perd du sang depuis 12 ans, et son mal va s’empirant. Aucun médecin n’a pu la délivrer. Elle est ni plus ni moins une candidate à la mort. Pour Jaïre comme pour la femme hémorroïsse, humainement parlant, il n’y a plus d’espoir.
C’est à ce lieu, où la raison, la science, les capacités humaines de l’homme sont au bout de leur effort que la foi au Christ prend le relais et manifeste une efficacité étonnante. La femme qui touche le vêtement de Jésus retrouve ipso facto satisfaction. La fille de Jaïre revient à la vie. La leçon est plus que claire : Jésus se révèle comme le Seigneur pour qui il n’y a pas de situation limite. Il révèle le Dieu qui sort l’homme de son impasse.
Toutefois, la manifestation de la puissance de Jésus dans notre vie suppose d’emblée notre foi. La femme qui perd du sang depuis douze ans et Jaïre dont la fille vient de mourir n’ont pas fait l’expérience de la puissance du Christ sans la foi. « Ne crains pas, crois seulement » dit Jésus à Jaïre. La foi est donc indispensable. Mieux encore, la puissance de Jésus ne se manifeste que dans une assemblée de foi. Remarquons bien que lorsque Jésus est arrivé dans la maison de Jaïre, il n’a pris avec lui que le père et la mère de l’enfant, et ses trois disciples, Pierre, Jacques et Jean. C’est au cœur de la communauté croyante que le Seigneur se manifeste comme le Dieu victorieux de la mort.
A travers ce passage évangélique, nous découvrons donc le rôle que joue la foi au Christ dans nos vies. La foi permet au Christ d’accomplir des miracles, non seulement dans la vie de celui qui croit (la femme hémorroïsse) mais aussi en faveur de celui pour qui le croyant prie (la foi de Jaïre permet à Jésus de redonner la vie à sa petite fille). A nous donc, à la méditation de ce texte, de demander au Seigneur d’augmenter en nous la foi, et surtout de nous donner la grâce de croire en lui dans les situations où la raison nous refuse d’espérer en des lendemains meilleurs.
Cette grâce ne s’obtient que dans la fréquentation des sacrements. Dans une lecture sacramentelle, le conseil que Jésus donne aux parents de donner à manger à l’enfant, pourrait bien faire référence à l’Eglise à qui il a donné le pouvoir de célébrer les sacrements pour la vie des fidèles. Celui qui mange le corps du Christ et boit son Sang, même s’il venait à mourir, vivra éternellement.
Abbé Jean OUSSOU-KICHO