Lundi : méditation
Dans les deux textes de ce jour, c’est bien de la notion du prochain qu’il s’agit ; d’une part, Jonas envoyé en mission pour se faire prochain des ninivites en leur annonçant la conversion et le salut, mais qui se dérobe à sa mission, prend une autre direction ; et d’autre part dans le texte d’évangile, c’est un expert de la Loi qui montre son ignorance de la portée de la Loi sur la notion du prochain. Il connaît la loi mais ne connait pas le prochain que la loi recommande d’aimer. Il demande : « Qui est mon prochain ? » Alors Jésus lui donne la parabole du bon samaritain. Au terme de la parabole, Jésus ne répond pas encore à la question, mais la retourne pour que l’expert de la Loi lui-même réponde : "Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain de l’homme tombé entre les mains des bandits ? " Comme si on me demande « Qui est ton prochain ? » et au lieu de chercher qui est mon prochain, je me demande « De qui suis-je le prochain ? », définissant ainsi le prochain par rapport à moi et à mon devoir envers lui. C’est bien en contexte de devoir que nous sommes : « Que dois-je faire pour avoir en héritage le royaume des cieux ? » Voilà la question de départ. Mon devoir envers le prochain semble là plus important que l’identification du prochain.. Le prochain, est-ce mon voisin ? mon frère ? ma sœur ? mon ami ? mon parent ?.. "Mon prochain" va bien au-delà des liens de parenté, de voisinage, de contrée. "Mon prochain", c’est tout homme, c’est toute femme. Le lien de sang aurait pu retenir le prêtre et le lévite pour qu’ils soignent leur frère juif blessé ou à demi-mort ou l’enterrent s’ils le considèrent déjà comme cadavre, même si la loi le leur interdisait. Pour sauvegarder leur pureté cultuelle, ils sont passés à côté. Si pour le Légiste juif, le prochain, c’est tout fils d’Israël, excepté l’étranger ; pour Jésus, le prochain, c’est également l’étranger dans ses divers sens.
Mais être prochain, c’est alors exercer la miséricorde envers autrui. Exerçons la miséricorde et nous serons prochain des gens. De même qu’on aime à vie celui qui nous a fait du bien, de même, nous devons aimer Jésus qui est venu sauver l’humanité qui gémissait dans le péché, l’humanité rouée de coup par le brigand (le diable) sur le chemin de Jérusalem à Jéricho, sur le chemin de la ville de paix et de lumière (Jérusalem) vers l’obscurité et l’insécurité (Jéricho) ; et ce n’est pas surprenant que cette humanité soit rouée de coup, car en prenant le chemin des ténèbres, elle a dû oublier un instant que les malfrats préfèrent opérer dans l’ombre ou la pénombre. C’est à cette humanité blessée que Jésus donne les premiers soins avant de la confier à l’hôtelier avec deux deniers : le denier de l’ancienne alliance et le denier de la nouvelle alliance. Heureux l’hôtelier qui peut soigner les blessures d’autrui ! Heureux celui à qui Jésus dit : « Ce que tu auras dépensé en surplus, je te le rendrai à mon retour ! » Cet Hôtelier, c’est peut-être cette foule de chrétiennes et de chrétiens, de religieuses et religieux, de prêtres et de gens de bonne volonté qui font l’effort de correspondre chaque jour à la grâce de Dieu et d’aider leurs autres frères en humanité à vivre ainsi. Le Bon Samaritain promet donc de rendre la récompense. Jésus est notre Bon Samaritain. Ou nous sommes le blessé ou nous sommes l’hôtelier. Si nous sommes en condition de blessés, recourons vite au sacrement de réconciliation. Si nous sommes hôteliers, alors nous sommes heureux. Quand reviendras-tu, Seigneur, sinon au jour du jugement pour rendre ce que tu dois ? Heureux ceux qui ont pour débiteur Dieu ! Puissions-nous, nous autres, être débiteurs solvables ! Ce n’est donc pas la parenté qui rend proche, mais la miséricorde, l’amour ; car la miséricorde est conforme notre nature humaine et nous sommes capables de miséricorde et d’amour : il n’est rien de si conforme à la nature que d’aider celui qui participe à notre nature. Jésus l’a fait, faisons de même.
Devant les blessés de la vie, que faisons-nous souvent ? Passons-nous de côté ? Il y a une habitude quelque peu déplorable qui tend à se généraliser dans notre pays ; dès que quelqu’un tombe ou fait un accident de circulation grave, au lieu d’appeler les services de secours, on fouille sa poche pour ramasser ses sous et ses portables. Certains ramassent le portable et rappellent le plus récent numéro des appels émis ou reçus afin d’identifier le blessé, chose appréciable, mais ce n’est pas le plus urgent. Le plus urgent, c’est les premiers soins à donner au blessé soit par nous, soit par les services compétents. Après avoir transporté le blessé à l’hôpital, on peut toujours appeler ses proches. Ou si on ne peut pas le transporter, il faut appeler les personnes de service de secours. D’autres, au lieu d’appeler ou avant d’appeler d’abord les services de secours, appellent les journalistes pour qu’ils viennent filmer l’accident qui s’est déjà produit et les blessés. Là nous fuyons comme Jonas et comme le prêtre et le lévite de l’évangile notre mission d’exercice de la miséricorde, notre mission de serviteurs du bonheur des autres. Que l’Esprit-Saint nous aide à nous faire proche de tout homme sans distinction de sexe, de race, de religion, de nation pour lui assurer les soins physiques, psychiques, spirituels et affectifs nécessaires. « Aime ton prochain comme toi-même », c’est un ordre qui corrige un désordre humanitaire.